La fiancée d’un autre : L’incroyable histoire de Valère, jeune animateur parisien à succès, tombé ép…

19 juin

Je naurais jamais cru un jour me retrouver dans une pareille situation. Cest avec une étrange ironie que je couche ici mes pensées, car je repense au chemin que jai parcouru et à la tournure inattendue des événements Pourtant, il y a quelques années, rien ne me prédestinait à cela.

Jai longtemps été « lanimateur à la mode » dans tout Lyon et ses environs. Pas besoin de publicité ni daffiches : mon prénom, Hugo Martin, circulait de bouche à oreille entre voisins, familles et collègues. Animer un mariage ? Pas de souci ! Présenter un anniversaire ? Jarrivais ! Je me suis même retrouvé une fois à organiser la fête de fin dannée dans une école maternelle, charmant à la fois enfants et mamans !

Tout avait commencé quand mon ami denfance a célébré son mariage à Villeurbanne. Leur maître de cérémonie les avait abandonnés, « parti boire un coup de trop », comme on dit chez nous. Pas le temps de chercher quelquun dautre, jai pris le micro, pensant faire au mieux. Javais fait du théâtre amateur au lycée François Truffaut, participé au spectacle de la Fête de la Musique, été membre du club comique à la fac. Mon improvisation a eu un tel succès que, dans la salle, deux invités sont venus à la fin me demander danimer leur propre fête.

À cette époque, mon « vrai » métier ne rapportait pas grand-chose. Assistant chercheur à lInstitut des Sciences Appliquées de Lyon, je touchais à peine 1 500 euros par mois, et ce nouveau rôle danimateur ma permis de gagner parfois dix fois plus que mon salaire. Peu à peu, lidée de rester derrière un bureau ma quitté. Jai mis de côté largent pour acheter du matériel de qualité micros, platines, lumières et me suis lancé à mon compte. Jai ouvert une auto-entreprise, et suivi des cours de chant au conservatoire de la Croix-Rousse. Très vite, je suis devenu « animateur-chanteur », trois soirs par semaine chanteur dans un restaurant près des quais du Rhône.

À trente ans, sans trop me vanter, on peut dire que jétais bel homme, réputé, et financièrement à laise. Les filles ? Il me suffisait de sourire. Aucune envie de me fixer. Pourtant, autour de moi, mes amis commençaient à bâtir leur vie, avoir des enfants, et lidée dun foyer commençait à me chatouiller sérieusement. Mais avec qui ? Je voulais la femme idéale, pas une conquête passagère.

Un jour, jai plaisanté auprès de mon ami Fabien : « Il faut rencontrer une ado, la façonner à son image, et lépouser à ses 18 ans ! » Cela ma même poussé à accepter des galas de fin décole afin dobserver, discret, la nouvelle génération. Mais rien. Les jeunes filles daujourdhui ne rêvent plus comme avant, elles me semblaient bien lointaines de mes attentes romantiques.

Et puis un jour, le destin, ou plutôt un bon vieux coup de théâtre à la française, a frappé.

Tout a commencé par un coup de fil dune femme qui mexpliqua, très poliment, être envoyée par des connaissances : « Nous aurions besoin de vous comme maître de cérémonie pour un mariage Etes-vous libre le 17 juin ? Pouvons-nous nous rencontrer ? »

Notre rendez-vous a eu lieu au Café des Jacobins. Cette femme, prénommée Sylvie, était à couper le souffle. Habillée avec élégance, sûre delle, un ton posé. Elle mindiqua avec clarté la liste de ses attentes Jétais fasciné. Non seulement belle, mais brillante ! Je lui donnais trente ans à peine Mais en parlant, elle évoqua son passé de cheffe de scoutisme, ce qui signifiait quelle devait approcher la quarantaine. Nous avons passé en revue chaque détail, et je lui ai fait signer un contrat une habitude, pour avoir lesprit tranquille vis-à-vis des impôts.

Son téléphone vibra : « Ah, voilà mon fiancé, il vient me chercher. Vous voulez quon vous raccompagne ? » Je refusai, mais décidai de les accompagner dehors, envahi par une jalousie sans fond. Je mimaginais déjà un homme de son âge mais non ! Un jeune gars débarqua, pas plus âgé que moi. « Sylvie, tout va bien ? » Elle sourit et monta dans la voiture. Il madressa une poignée de main chaleureuse : « Ah, cest vous Hugo, lanimateur ? Enchanté, Sylvie narrête pas de parler de vous. Je mappelle Lucas, le futur marié. »

Jaurais voulu lui asséner un coup de poing, effacer ce sourire béat. Mais jai pris sur moi, et me suis contenté dun « Enchanté ».

Dès lors, jen ai perdu le sommeil. Je guettais la moindre occasion dappeler Sylvie, de croiser son regard, dentendre sa voix. Fabien, toujours moqueur : « Où sont passées tes petites prétendantes de lycée, alors ? » Je haussais les épaules : « Quelle importance ? Sylvie, cest la femme idéale ! »

Mais que garder de cette passion interdite ? Sylvie allait se marier. Je nosais rien lui avouer, rongé à la fois par mes sentiments et par un sentiment déchec. Plusieurs fois, jai voulu annuler ma prestation, me fichant dêtre « le meilleur animateur de Lyon », mais nai jamais eu ce courage au fond, je voulais la revoir, ne serait-ce quune dernière fois.

Deux jours avant la cérémonie, Sylvie débarqua chez moi, prétextant quil fallait « peaufiner le déroulé ». Les locaux de mon entreprise étant en travaux, elle vint directement à mon appartement. Nous avons parlé longtemps, ri à gorge déployée. Une complicité sinstallait, presque joyeuse, presque dangereuse. Après avoir réglé le dernier détail, jai proposé un verre de champagne. « Pour que le mariage soit parfait ! »

Elle a accepté dun sourire, nous avons trinqué. Je ne saurai jamais si cest leffet du champagne ou simplement de la fatalité, mais je lai embrassée. Et, à mon immense surprise, elle ma rendu mon baiser Le reste appartient à la nuit.

Le lendemain matin, je me suis réveillé hagard. Loreiller portait son parfum Javais du mal à croire à ce qui venait de se passer. Jai composé son numéro. Elle, dune voix légère, presque insouciante : « Salut Hugo ! Excuse-moi dêtre partie comme une voleuse, mais imagine le programme : la veille du mariage, je file, tout le monde mattend ! »

Je bredouillais : « Alors, la cérémonie, elle a lieu ? »

« Bien sûr ! Pourquoi ne pas avoir lieu ? Tout va parfaitement bien ! »

Comment pouvait-elle être si froide ? Jétais perdu. Saboter la cérémonie ? Mais avais-je vraiment envie dêtre avec une femme si cynique ? En vérité, oui. Tout simplement oui.

La veille du grand jour, jarrivai tôt au Salon des Lumières. Les décoratrices me lançaient des œillades Et puis, soudain, Sylvie entra, radieuse : « Jai filé juste après la mairie, pour venir te voir, » lança-t-elle en riant. Jétais abasourdi.

« Attends, Sylvie, tu nétais pas censée te marier aujourdhui ?! »

Elle me fixa, interloquée, puis éclata de rire. « Moi ? Tu te fais des films, toi ! Cest ma fille, Élodie, qui se marie ! Elle vit à Paris et vient seulement darriver. Tu mas cru la mariée, toi ? »

Cest là que tout est devenu clair. Sylvie navait jamais parlé delle à la première personne. Lucas ne lappelait jamais que « Madame » Comment avais-je pu me tromper à ce point ! Ridicule, vraiment. Je pris enfin mon courage à deux mains : « Et toi ? Tu es libre ? » Quand elle me fit oui de la tête, les mots sortirent tout seuls : « Épouse-moi ! Sil te plaît »

Le mariage de sa fille fut fabuleux et, oui, jétais au sommet de mon art. Au moment des remerciements, Élodie et Lucas sont venus me féliciter : « Merci Hugo ! Cette soirée était magique. » Sylvie est arrivée, souriant de toutes ses dents : « Allez, allez, laissez-moi moccuper de lui. »

Rapidement, la nouvelle sest répandue dans la famille que jallais épouser une femme de neuf ans mon aînée. Curiosité dabord, puis, une fois quils ont croisé Sylvie, tout le monde fut unanime : « On ne pouvait QUE tomber amoureux dune femme pareille ! »

Aujourdhui, Sylvie et moi savourons notre bonheur, et nos familles se sont rejointes. Si jai retenu une chose, cest que la vie ne ressemble jamais à ce quon avait prévu. Lamour, le vrai, ne suit aucun plan. Mieux vaut laisser tomber les idées reçues et savoir reconnaître la chance quand elle nous sourit, même si elle a, parfois, neuf ans davance.

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