La femme âgée se tourna vers Robert et lui adressa des mots qui lui glacèrent le dos : « Aujourd’hui sera une belle journée ensoleillée. Nous aurons tout le temps de faire quelque chose. »

Mercredi, le calme enveloppait le wagon où je voyageais en train, presque vide en cette fin de matinée. À la prochaine gare, une dame âgée est montée et s’est installée à côté de moi, une odeur de terre et de légumes flottant autour delle, preuve quelle se rendait sûrement, comme moi, à son jardin dans la campagne de Provence. Tant de souvenirs de ma chère épouse, disparue, mont assailli. Nous allions toujours ensemble cultiver notre petit coin de terre, mais après sa longue maladie, javais évité cet endroit, la solitude et la tristesse me submergeant à chaque détour.

Le train sest arrêté, et la dame sest tournée vers moi, me lançant ces mots qui mont glacé le dos : Aujourdhui, il fera un grand soleil. Nous aurons tout le temps de faire quelque chose de beau. Cétait exactement la formule que mon épouse aimait dire. Surpris, jai hoché la tête et nous avons entamé une conversation paisible, évoquant la mauvaise récolte de lannée, la rudesse hivernale et nos espoirs pour les saisons à venir.

En descendant du train à Avignon, je me suis aperçu que je navais jamais croisé cette dame auparavant. Nous avons marché ensemble jusquà larrêt de bus, puis chacun a pris sa route. Lorsque je suis arrivé dans mon jardin, dans le Vaucluse, jai constaté que la végétation avait pris le dessus pendant mon absence, la nature reprenant ses droits. Pourtant, ce petit échange sur le chemin mavait regonflé, et lenvie dexplorer ma parcelle sest installée en moi.

Avec une énergie nouvelle, jai commencé à retourner la terre et à arracher les mauvaises herbes. La satisfaction de retrouver la fertilité du sol ma convaincu de conserver mon terrain, du moins pour linstant. Jai profité dune pause sur un banc rustique, dégustant un sandwich au jambon et un thé chaud. Les pivoines se balançaient doucement, et les pommes sous le jeune pommier éveillaient en moi une douce nostalgie.

Mon humeur sest considérablement améliorée ; désormais, je compte venir plus souvent. En cueillant des champignons dans la forêt voisine, jai eu limpression quun poids quittait mon esprit. Jai décidé de persévérer dans le travail de la terre, car il mapporte du bonheur et un nouveau sens.

Sur le trajet du retour, jai retrouvé la dame, prénommée Églantine, qui partageait volontiers ses pommes et riait en parlant du labeur au jardin. Églantine ma conforté sur le fait que la vie moffrait encore de belles années et ma encouragé à considérer le jardinage comme une source de joie, une façon de donner du sens à mon quotidien. Descendant à ma gare, jai regardé le soleil couchant et, pour la première fois depuis longtemps, un sourire naturel sest dessiné sur mon visage. La tristesse ne pesait plus sur mes épaules.

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