La Fée Enchantée

Et quand je serai grande, je deviendrai une fée !

Ma petite Camille, pourquoi une fée ?

Parce que je le veux !

Camille sauta des genoux de sa mère, où elle recevait des félicitations pour ses cinq ans, et ébouriffa la jupe de son tutu rose.

Maman, toutes les fées sont belles et intelligentes ! Et puis, elles savent tout faire ! Moi aussi, je pourrai !

Bien sûr, ma chérie ! répondit Amélie en tendant les bras pour lenlacer. Mais Camille séchappa, faisant tournoyer ses boucles folles.

Et le gâteau ?

Il arrive bientôt ! Va jouer avec les autres enfants, je tappellerai, daccord ?

Daccord !

Les boucles mal disciplinées de Camille sautaient sur ses épaules pendant quelle filait avec les autres. Amélie sourit, songeuse.

Quelle volonté ! Et si lucide ! Combien denfants à cet âge savent exactement ce quils veulent ? Je ferai tout, moi aussi !

Il ne faut pas briser sa foi, cest tout dit Claire, la meilleure amie dAmélie. Beaucoup dadultes sempressent de casser les rêves, de parler de lucidité, de parcours long et sinueux, alors quil suffit dy croire avec son enfant. Moi, avec ma petite Chloé à lécole de danse…

Oui, oui, ta Chloé est merveilleuse ! Allez les filles, vous maidez ? Il est temps de découper le gâteau. Amélie tourna légèrement sur ses talons et fila vers la cuisine.

La grande maison résonnait des voix enfantines. Le parquet était jonché de confettis bariolés et de restes de ballons éclatés. Un bouquet de tulipes fatiguées, abandonné dans un coin, tira une grimace à Amélie en passant. Sa mère, Hélène, avait commandé ces fleurs pour sa petite-fille. Hélène vivait maintenant ici, mais auparavant, elle ne venait chez sa fille quen de rares occasions, préférant veiller sur Camille depuis chez elle.

Je suis mal à laise chez vous, ma chérie. Jai peur de casser quelque chose, de salir. Cest trop somptueux pour moi.

Maman, tu exagères ! sagaçait Amélie. Nous navons que ce que nous pouvons nous permettre ! Paul travaille jour et nuit, moi aussi. Alors, on a bien le droit de se faire plaisir.

Pourtant, je suis plus sereine chez moi.

Comme tu voudras. Limportant, cest que Camille soit heureuse.

Hélène sest occupée de sa petite-fille dès la naissance.

Je nai pas le temps, maman. Amélie appliquait son maquillage à la hâte, avant de partir bosser. Si je marrête, tout ce quon a construit ces cinq dernières années fondra. Ma priorité, cest lavenir de Camille.

Mais na-t-elle pas plus besoin de toi maintenant, tant quelle est petite ?

Maman, ne recommence pas ! Qui soccupera de mon enfant, si ce nest moi ? Qui lélèvera, qui laimera ?

Et Paul ?

Tu te moques de moi ? Oui, il sen occupera aussi. Mais cest un homme. Un jour il est là, le lendemain il peut partir ailleurs. Et alors ?

Doù te viennent ces idées, ma fille ? Il a quelquun ?

Comment je le saurais ? Tu crois que jai le temps dy réfléchir ? Peut-être oui, peut-être non. Avec la grossesse et tout le reste, jai complètement décroché de la vie. Il faut que je me rattrape, maman. Et tu maideras, non ?

Évidemment, ma chérie. Hélène penchée sur le berceau Elle est toute petite Toi, tu étais plus robuste.

Eh bien, elle grandira.

Camille était fragile, maladive. Les rhumes se succédaient, et Hélène avait fini par ne plus paniquer, appelant tout de suite « son » pédiatre. Amélie, toujours affairée, navait pas le temps.

Maman, elle na pas 40 de fièvre ! Soigne-la, jai une réunion !

Camille enlaçait le cou tiède de sa grand-mère, enfouissant son nez dans son épaule en geignant.

Ça ira, mon trésor. Je vais te préparer un jus, tu vas dormir, tu verras. Tu veux une histoire ?

Sur la fée ?

Si tu veux, ma puce.

Le joli livre aux images vives avait été rapporté de Londres par Paul.

Mais Paul, cest en anglais ! Hélène feuilletait les pages illustrées.

Et alors ? Elle shabituera à dautres langues. Avec ton expérience à la fac, tu pourras lire ça les yeux fermés, non ?

Jy arriverai, oui. Il faudra commencer plus tôt les langues avec elle.

Les journées entre balades, petites peines ou grandes joies de Camille meublaient désormais la vie dHélène, qui sen réjouissait. Enfin, une raison de vivre à nouveau.

Depuis quAmélie avait terminé la Sorbonne et sétait mariée, Hélène avait limpression de traverser un brouillard. Sa fille manquait toujours de temps pour la voir. Elle regrettait ces soirées où Amélie, revenue de la fac, sinstallait sur le petit canapé de la cuisine, ramenait les jambes sous elle et sirotait un thé à la menthe en racontant sa journée. Toute la vie dHélène tenait alors dans ce sourire, ce tableau.

Elle avait eu Amélie à dix-neuf ans. Un mariage précipité avec un camarade de promo, rapidement sans amour, fini après un an. Seule restait la petite, unique vestige dune passion que la vie navait plus jamais offerte à Hélène. Quand Amélie a eu deux ans, la mère dHélène est tombée malade, et douze années furent englouties : une mère clouée au lit, la mémoire qui seffrite, un enfant à élever Qui pensait à lamour ? Devant le miroir, Hélène détournait les yeux. Jamais belle, même pas mignonne, mais les lignes franches de son visage marquaient la mémoire.

Ce que la nature navait fait quesquisser chez la mère, flamboie chez la fille. Hélène se mordait les lèvres pour ne pas sourire. Réussie, vraiment réussie. À elle de faire en sorte que cette beauté sépanouisse. Elle a tout offert à Amélie : danse, musique, anglais et même italien. À la fin du lycée, Hélène pouvait se vanter davoir élevé une fille parfaite, à un détail près : Amélie était dune intransigeance féroce dès quil sagissait de ses intérêts.

Maman, il me faut ces escarpins. Je ne peux pas aller à mon premier entretien avec les anciens. Faut que je brille !

Hélène cédait ses économies pour les vacances. La mer ? Tant pis, lessentiel, cest Amélie.

Le mariage avec Paul fut laboutissement de ses efforts. Des larmes douces perlaient quand Hélène voyait sa fille, radieuse, arriver au bras du jeune banquier dans ce restaurant chic du Marais. Paul ne la séduisit pas vraiment, mais chacun a sa pensée, se rassurait Hélène sa fille le lui disait :

Maman, ce mariage est un partenariat, pas que des sentiments. On sest mis daccord. Un mariage arrangé, cest plus solide.

Tu crois ?

Bien sûr.

Et, sur quoi, cet accord ?

Nous sommes partenaires, à part égale. Je ne réclame rien davant le mariage. Et ce quil attend de moi, cest simple.

Quoi donc ?

Donner un fils. Alors le contrat sera renégocié à mon avantage.

Ça me semble si bizarre

Cest moderne, maman. La France change, le mariage aussi.

Du moment que tu es heureuse.

Elles nen parlèrent plus. Amélie séloigna, prise par lentreprise montée par Paul, puis lutte contre des problèmes de santé qui lempêchaient de remplir la condition-clé.

Larrivée de Camille fut une surprise.

Voilà pourquoi il ne faut jamais croire les médecins Trois fois, maman, trois fois ils ont dit que cétait un garçon ! Tu la trouves garçons, toi ?

Mais une fille, ce nest pas mal !

Mais non ! Simplement Je ne my attendais pas. Je suis déçue, cest tout.

Tu auras un fils, Amélie, mais plus tard.

Espérons

Mais quelque chose se coinça. Des médecins, des cliniques à nen plus finir Aucun résultat. Elle finit par avouer :

Jai tout essayé, maman. Tout.

Peut-être devrais-tu te consacrer à celle que tu as déjà ?

Maman !

Qui a dit que le père ne peut aimer quun fils ? Camille est merveilleuse. Garde-la près de toi.

Amélie réfléchit. Peut-être avait-elle raison.

Ça veut dire que Camille doit rester à la maison.

Amélie

Pas de discussion. Elle passe trop de temps chez toi.

Mais elle est habituée chez moi !

Elle aura toujours sa grand-mère. Je ne veux pas dune nounou inconnue, tu restes. Et si tu venais vivre chez nous ? La maison est grande.

Non ! Hélène refusa. Mais je veux être présente, comme avant.

Bien sûr, la vie décida linverse. À la première fièvre, Hélène dut emménager temporairement.

Tu vois, maman, ici tout est parfait. Et puis la petite est sous tes yeux.

Installée dans la chambre damis, Hélène acquiesça sans vraiment y croire.

Oui Camille est là

Elle se concentrait sur Camille et regardait ailleurs dans la grande maison où, elle le sentait, les liens du couple se tendaient douloureusement. La gamine, éternellement décoiffée, courait déjà de pièce en pièce.

Mamie, cest plus grand quà ton appartement ! lançait Camille, tourbillonnant. Je peux avoir un chien ?

Je ne sais pas, mon ange. Demande à tes parents.

Pourquoi pas toi ? Ce nest pas un peu ta maison aussi ?

Non ma chérie. Ici tes parents décident. Moi, chez moi, je peux interdire ou autoriser. Mais ici, non.

Même pas interdire ?

Tout dépend renverser du lait au petit-déjeuner, je peux. Mais un chien

Je comprends.

Camille, songeuse, sinstalla sur le sol. Hélène se méfia. Ce regard, Amélie lavait, enfant, avant dobtenir exactement ce quelle voulait.

Jen parlerai à papa ! Camille se releva, décidée.

Le soir même, elle entra dans le bureau paternel.

Tu maimes ?

Paul, déconcerté, observa cette toute petite intruse. Il la voyait peu et leurs échanges étaient limités à “Bonjour petite !”. Aux demandes dHélène, il répondait dun signe de tête, mais oubliait aussitôt. Là, il fut pris au dépourvu.

Bien sûr Tous les parents aiment leurs enfants.

Non, pas tout le monde. Juste toi et moi.

Tu veux quoi ? Une nouvelle poupée ?

Non ! Je veux un chien !

Un robot ?

Les yeux sombres de Camille sarrondirent.

Pourquoi un robot ? Non, un vrai chien !

Paul soupira, ôta ses lunettes et massa larête de son nez.

Grand ?

Pas forcément. Mais gentil.

Choisis, et dis-moi. Tu lauras, ton chien.

Amélie naccepta pas. Ils se disputèrent à huis-clos, ignorant que Camille écoutait derrière la porte. Hélène, la tension montée, coucha sa petite-fille plus tôt, puis regagna sa chambre, sans savoir quelle faisait semblant de dormir.

Ce nest pas une peluche ! Un chien demande des soins !

Il y a ta mère, la femme de ménage Tu peux payer plus. Là où il y a un enfant, il y a place pour un chien.

Le vétérinaire ? Les concours ? Les soins ?

Il y a plein de vétérinaires à Paris. Prends un bâtard, tu nauras pas de concours. Amélie, tu veux quoi ? Je ne vois pas ma fille, mais offrir un chien, ça je peux. Pourquoi pas ?

Parce que cest une responsabilité. Et lhabitude de la facilité

Et alors ? Si on peut tout lui donner, pourquoi pas ?

Amélie se tut. Camille se releva, rassurée. Elle aurait son chien.

Un spitz miniature arriva deux jours plus tard. Deux mois après, à peine une semaine après lanniversaire, Camille et Hélène repartirent vivre à lappartement dHélène. Amélie, bouleversée, buvait ses cafés serrés en silence, disparaissant librement toute la journée.

Mamie, pourquoi on part encore ?

Ce nest pas pour deux jours, Camille. Cest pour longtemps cette fois.

Hélène non plus ne comprenait pas tout. Suite à la fête, Amélie entra, ramena la vieille valise dHélène, la posa au centre de la pièce.

Prépare-toi, maman. On sen va. Et prends les affaires de Camille. Je nai pas le temps.

Hélène, effrayée devant le regard de sa fille, ravala sa question.

Je fais vite, ma chérie.

Le soir même, le thé dAmélie posé sur la table, Hélène chercha à croiser le regard dAmélie recroquevillée.

Ne demande rien, maman. On divorce.

Hélène étouffa un cri, regarda la porte. Camille regardait un dessin animé plus loin.

Il en aime une autre. Et il a eu un fils

Amélie cacha son visage dans les genoux. Hélène voulut la serrer mais sarrêta en voyant sa fille rire nerveusement.

Je croyais que tu pleurais

Même pas. Cest raté, maman.

Pourquoi Paul quitta sa famille resta un mystère. Il eut au moins la décence de rendre le divorce rapide, sans scandale. Six mois plus tard, Amélie acheta et rénova un grand appartement dans limmeuble voisin, et la vie suivit une nouvelle routine, plus étroite, moins douce, mais compréhensible.

Camille grandit, brillante, obstinée. Tout devait tourner autour de ses envies. Amélie avait baissé les bras, cédant à tout ou presque.

Amélie, ce nest pas sain.

Maman, de quoi tu te plains ? Elle a de la ténacité, elle se défendra toujours.

Ce nest pas tout. Elle a besoin de sa mère aussi.

Elle ta, toi.

Tant mieux. Mais toi, il en faudrait encore

À quoi bon ? Elle ne mécoute pas.

Justement. Il faut lui apprendre le « non ». On ne peut pas tout avoir.

Je veux quelle comprenne quelle peut tout avoir. Je préfère être son amie que son Cerbère.

Hélène baissait les bras : à quoi bon insister ? Camille et Amélie avançaient de concert.

Les rares fois où Amélie emmenait Camille faire les boutiques :

Tu dois être au top, malgré la nature. De beaux vêtements, un bon maquillage et tu rayonneras toujours. Retire ce mascara bas de gamme, tiens.

Mais cétait un cadeau.

Tous les cadeaux ne se gardent pas. Respecte-toi, Camille.

Hélène, impuissante, essayait parfois de tempérer lesprit de la jeune fille, avec peu de succès. Camille, diplômée du lycée, entra à la faculté comme sa mère et sa grand-mère. Vite débordée par la vie étudiante, elle devint rare à la maison. Hélène apprit, la dernière, la grande nouvelle.

Quoi, mariée ? Avec qui ? Sa tasse favorite lui échappa des mains.

Philippe chantonna Camille, sasseyant en tailleur sur le canapé. Mon Philippe !

Cest qui, au moins ?

Un prof, mais pas le mien. Il enseigne dans la même fac !

Il

Il est jeune, mamie, ne fais pas ces yeux.

Hélène apprit par Amélie que Philippe était marié.

Comment Elle porta la main à la tête. Et tu acceptes ça ?

Quel est le problème ? Cest sa femme que ça doit embêter, pas moi. Moi, cest Camille qui compte. Elle veut cet homme.

Amélie Seigneur, où ai-je failli ? On ne défait pas une famille !

Il nest pas une marionnette, maman ! On ne « prend » pas un homme.

Amélie écarta sa mère, lui tendit un verre deau.

Pense au bonheur de ta petite-fille, pas à une étrangère.

Sera-t-il seulement possible, ce bonheur ? Hélène finit son verre et le jeta contre le mur.

Le mariage fut morne. Les parents de Philippe refusèrent de venir. Paul, exilé à Lyon, esquiva par un virement pour un appartement. Amélie meubla sans consulter Camille, qui sen moquait.

Maman, regarde ! Ce voile ! Je le veux !

Il sappelle « Fée », celui-ci.

La vendeuse montrait la traîne à Amélie, déjà résignée à choisir.

Tu te souviens, tu voulais être une fée ?

Oui ! Aujourdhui, je le deviens. Ma vie sera fabuleuse !

Tout ira bien répondit Amélie, les doigts crispés sur la dentelle.

Hélène faillit pendant la cérémonie, fit appeler un taxi et repartit.

Je ne veux pas gâcher votre fête.

Avant de partir, elle embrassa la petite-fille qui trépignait dimpatience à côté du marié, un pigeon blanc tremblant en main. Hélène se figea : Camille ressemblait à ce pauvre oiseau, prêt à senvoler au moindre relâchement.

Que puis-je faire, Seigneur ? Donne-moi la force, jen aurai besoin

Moins dun an plus tard, Camille se séparait de Philippe. Presque aussitôt après la naissance de leur fille. Sa rivale, une ancienne camarade de fac, attendait déjà un enfant de Philippe. Un jour, enceinte, Camille passa au campus pour des papiers et surprit son mari enlacé avec lautre. Elle recula sans bruit, avant de claquer la porte si fort que les vitres vibrèrent.

Quest-ce quil se passe ?

Il faudrait désinfecter la salle. répondit-elle. Il y a des cafards.

Récupérant ses affaires, elle appela son père à laide.

Tu baisses les bras ? Tu ne comptes pas réagir ? Amélie restait dure.

Pourquoi faire, maman ? Quel sens ? Peut-être que, comme celle qui était avant moi, jai voulu trop de choses. Peut-être que ce nest pas « juste » darracher à une autre ce qui nétait pas à moi. Et maintenant, voilà.

Tu nas pas honte de parler ainsi ? Tu sembles un enfant vexé.

Non, maman. Je ne suis plus une enfant. Je suis une fée déchue Les ailes, ça ne tient plus.

Amélie continua de parler, mais Camille nécoutait plus. Il fallait réfléchir à lavenir.

Hélène pliait des petites robes en essuyant de temps en temps ses larmes, surveillant son arrière-petite-fille.

Ce nest rien ma belle, ta maman est forte. On va sen sortir

Amélie ne vint pas. Hélène lui laissa les clés, mentionna vaguement les plantes à arroser, puis haussa les épaules : lessentiel, cest toi, ma fille.

Des années ont passé. Une jeune femme marchait lentement sous les tilleuls dun vieux square parisien. Sa fillette, qui courait tantôt devant, tantôt saccrochait à sa main, lui ressemblait comme deux gouttes deau.

Regarde ce quon a fabriqué à lécole aujourdhui ! La petite fouilla dans le sac tenu par sa mère et en sortit une baguette ornée dune étoile cabossée en papier alu. Oh, elle est toute chiffonnée

Cest quoi, Léonie ?

Une baguette magique ! Comme la fée. Mais elle a un pli.

Et alors ! Camille redressa létoile, secoua la baguette. Tu vois ? Elle marche encore, rien de grave.

Comment tu sais quelle marche ? Quest-ce que tu as demandé ?

Que tout se passe bien pour nous. Que tout le monde soit en bonne santé.

Ça ne marche pas Léonie baissa la tête. Mamie est à lhôpital

Oh non. Elle est rentrée à la maison.

Cest vrai ? Léonie sauta de joie.

Bien sûr. Quand on rentrera, elle nous attendra.

Donne-moi la baguette ! À mon tour ! Elle larracha à sa mère, murmura de nouveaux vœux.

Tu as souhaité quoi ?

Je ne dirai pas !

Ce nest pas du jeu ! rit Camille, remettant en place une mèche bouclée de sa fille. Moi, je tai dit mon vœu.

Daccord, un seul : que nous restions toujours ensemble Léonie chuchota presque, et Camille se mit à genoux.

Léonie Tu parles de mamie ?

La fillette hocha la tête.

Je ne peux pas te le promettre. Je ne suis pas tout à fait une fée, tu sais. On reste ensemble le plus longtemps possible. On saime même quand on nest pas dans la même pièce, pas vrai ? Quand tu vas à lécole, quand je travaille, on pense lune à lautre, tu es daccord ?

Léonie acquiesça, brandissant sa baguette.

Alors je recommence mon vœu. Daccord ?

Tout ce que tu veux, ma puce.

Que mamie guérisse complètement, et que nous soyons ensemble longtemps, très longtemps. Cest possible, maman ?

Camille se redressa, lissa sa jupe, et acquiesça très sérieusement.

Cest le meilleur vœu. Allons montrer ta baguette magique à mamie. Elle aura sûrement un vœu, elle aussi. Car après tout, cest elle la vraie fée.

Vrai ?

Bien sûr ! La plus merveilleuse des fées.

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