La Casa de Papel : Le Casse du Siècle

Lise, on va être en retard!

Papa, attends, jarrive! Lise sautillait sur une jambe pour enfiler une chaussette.

Ses chaussettes étaient amusantes. Dépareillées. Une rose, une verte. Sa tante, Camille, les lui avait offertes, avec des baskets tout aussi bigarrées. Elle disait que cétait la mode maintenant.

Lise faisait confiance à Camille. Sa tante était une vraie fashionista. Elle répétait que si la nature n’avait pas été généreuse avec ton physique, il fallait se démarquer autrement.

Pour ce qui est du physique, Lise nétait pas daccord avec Camille. Peu importait de ne pas ressembler aux standards actuels de beauté. Brune, toute mince, aux yeux gris, Camille avait une présence si éclatante que Lise se moquait en marchant à ses côtés dans les rues parisiennes.

On te remarque pas, hein! Regarde, tout le monde se retourne sur toi!

Qui ça? Camille sarrêtait, cherchant autour delle.

À chaque fois, Lise éclatait de rire. Au fond, Camille avait gardé son âme denfant, même si elle était plus âgée que sa nièce. À côté delle, Lise se sentait presque adulte.

La naïveté de Camille la sidérait.

Il ma dit quil maimait bien! Lise, je ne sais pas quoi faire!

Et toi, tu laimes?

Beaucoup! Mais il me fait peur!

Pourquoi?

Il est trop beau. Toutes les filles du bureau lui courent après. Et pourtant, il me regarde, moi Nimporte quoi!

Camille, tu es magnifique et intelligente! Pourquoi tu ne lui plairais pas?

Cétait purement rhétorique. Peu importe combien Lise sefforçait de briser la carapace du manque de confiance de Camille, rien ny faisait. Lise enrageait, parfois jusquaux larmes, impuissante.

Ma fille, cest dur de combattre tout ce quon ta inculqué depuis des années, disait Paul, le père de Lise, en secouant la tête.

Qui a fait ça, papa? Pourquoi faire dune belle fille une fille pleine de doutes? Tu ne mas pas éduquée comme ça!

Non, moi, non. Tu as eu de bons profs.

Et Camille? Tu parles toujours de mamie sans jamais le dire clairement.

Que veux-tu que je dise? Que ma mère a mal élevé son enfant? Ce nest pas facile à entendre. Tu es grande, tu sais aussi ce que cest, le respect des parents. Ta grand-mère ma élevé seule, sans père, jusquà ce que Pierre arrive. Lui, je lai toujours aimé. Il ma appris lessentiel et a toujours su se faire respecter. Il na pas trop laissé ta grand-mère interférer avec mon éducation, il disait que les hommes devaient élever les hommes.

Mais pourquoi il na pas fait pareil avec Camille, alors?

Il a essayé. Mais là, son principe sest retourné contre lui. Camille est une fille, et ta grand-mère la élevée à sa façon, persuadée davoir raison. Ne la juge pas trop durement, elle avait ses raisons.

Lesquelles, papa? Quand je vois Camille, jai envie de pleurer! Elle est merveilleuse mais si hésitante, malheureuse, elle a peur de tout! Des gens, surtout Pourquoi?

Tu sais, ta grand-mère a toujours eu peur pour Camille. À être en panique, à la tenir par la main jusquà la fin du collège. Je ne sais pas pourquoi, elle sétait mis en tête que quelque chose lui arriverait. Camille a été très difficile à avoir pour ta grand-mère. Elle a passé presque toute sa grossesse à lhôpital. Je men souviens. Pierre me faisait des bouillons, du jus de grenade, il allait au marché acheter du foie frais. Peut-être que cest là que jai compris comment il laimait et comment un homme doit se comporter.

Je ne me souviens pas, papa Mais je me rappelle du cheval à bascule quil ma fabriqué.

Eh oui, il la bricolé en tattendant. Il était déjà malade à cette époque, mais il voulait finir à temps.

Il est où?

Au grenier. Quand jaurai des petits-enfants, je le ressortirai.

Papa!

Quoi? Un jour ou lautre, tu me rendras grand-père!

Pas demain la veille!

Ouf! Me voilà rassuré!

Papa!

Quest-ce que jai dit encore?

Paul esquivait les protestations de Lise avec humour, soulagé. Dans cette famille, la simplicité nexistait pas. Plus jeune, Camille appelait leur appartement «la maison de papier».

Pourquoi de papier, Camille?

Lycéen élancé, boutonneux et débordé, Paul trouvait toujours un moment pour discuter avec sa petite sœur, qui lamusait beaucoup.

Parce quelle ressemble à ta tulipe, celle en papier! Regarde comme elle est belle mais si je fais ça

Camille plaça la tulipe sur sa paume et laplatit dun coup sec.

Pourquoi tu fais ça? Paul sursauta.

Elle est creuse à lintérieur. Refais-en une, sil te plaît!

Tu la casseras encore?

Non, regarde, je vais te montrer.

Camille bourra lintérieur de la tulipe de pâte à modeler, peinant face au petit trou à la base, jusquà ce que la fleur ne puisse plus se déformer.

Tu vois? Elle ne se froissera plus. Elle reste en papier mais maintenant, elle est solide. Notre maison : il ny a pas de pâte à modeler dedans.

Paul, impressionné par la profondeur de la réflexion de sa sœur si jeune, tournait la fleur dans tous les sens.

Cétait Alix, sa voisine de classe, qui lui avait appris à les fabriquer. Sérieuse à première vue, Alix avait toujours besoin de tripoter quelque chose en classe.

Jai les doigts qui me démangent, je narrive pas à rester sans rien faire.

Ses mains fines faisaient naître des oiseaux, des grenouilles, des bouquets. Les profs connaissaient et acceptaient cette habitude dAlix : cétait une excellente élève. Paul récupérait ses œuvres pour les offrir à sa sœur, au ravissement de Camille.

Comment elle fait ça?

Si tu veux, je lui demande de te montrer.

Oui!

Paul négociait alors avec leur mère pour sortir Camille au parc. Inviter Alix à la maison ne lui viendrait pas à lidée : il savait que sa mère napprouverait pas.

Laurence, leur mère, était dune sévérité extrême. Paul laimait, parfois il justifiait son autorité par sa peur de tout pour ses enfants.

Paul! Pense à ton avenir, tu es seul responsable. Je tai mis au monde et élevé, cest déjà beaucoup. Jai encore Camille. Nattends rien de Pierre, il nest pas ton père.

Paul ne discutait pas. Pourtant, il savait quen cas de coup dur, Pierre serait là. Pour lui, cétait un vrai père, même étranger au sang. Il nétait pas dupe : les discussions que sa mère menait en labsence de Pierre auraient été immédiatement interrompues si Pierre avait entendu quelque chose.

Lun et lautre voulaient bien faire; simplement, ils ne voyaient pas les choses de la même manière. Là où Pierre misait tout sur laffection, Laurence croyait en la rigueur, la peur

Laurence craignait tout et nimporte quoi. «On ne sait jamais» disait-elle sans arrêt. Quand Camille était née, cette phrase était devenue son mantra.

Que quelquun fasse du mal à Camille, on ne sait jamais!

Laurence ne faisait confiance à personne, ni aux camarades, ni aux profs, ni aux entraîneurs. Seule la famille suffisait.

Pourquoi cette obsession? Paul ne le comprit que plus tard. Laurence courait partout, changea demploi pour avoir des horaires compatibles avec les sorties décole de Camille, passa son permis pour ne jamais la laisser seule. Paul aidait, mais bientôt, il avait sa propre vie.

Et dans sa vie, il y avait Alix. Puis leur fille à eux, qui stupéfia Laurence lorsquelle devint grand-mère avant les vingt-cinq ans de son fils.

Paul, pourquoi? Si jeune, si inconsidéré! Tu nas pas ton diplôme bac+5 encore! Laurence tremblait dans sa cuisine.

Maman, je ne suis plus un bébé. Jassume. Alix attend un enfant. Mon enfant.

Mais tu pouvais empêcher ça Il y a encore dautres options

Arrête, maman. Ne va pas plus loin. Jen ai déjà trop entendu. Je comprends que tu sois bouleversée, alors réfléchis à ce que je tai dit.

Paul quitta la cuisine, salua sa sœur puis entra dans la chambre de son beau-père, gravement malade depuis six mois déjà.

Pierre lui serra la main plus fort que dhabitude, puis glissa les clés de son appartement dans sa paume.

On fera la paperasse cette semaine. Ta sœur et ta mère garderont la maison à la campagne. Les prix du terrain grimpent, bientôt ils construiront un lotissement, elles ne seront pas sans rien. Quant à vous, il faut que tu aies un vrai foyer à offrir à ton enfant. Tu comprends, fiston?

Oui, papa. Merci

Pierre ne connut jamais Lise. Elle naquit une semaine après sa disparition, un départ silencieux, sans un dernier souffle.

Sans rien demander à personne, Paul prit la direction de la famille. Camille respira enfin. Elle savait que Paul gardait la petite tulipe de papier sur son étagère, au-dessus du bureau.

Pourquoi? Camille caressait les pétales, devinant la pâte à modeler séchée à lintérieur.

Elle mempêche de devenir creux. Elle me rappelle ce que je dois faire.

Cest-à-dire?

Remplir votre vie de plus que du vide. Pour Alix et Lise, et aussi pour toi et maman.

Cest difficile, Paul Elle ne técoutera jamais.

Jessaie au moins.

Oui tu peux essayer Camille soupirait, changeant de sujet.

Elle craignait plus que tout un conflit entre Paul et leur mère.

Après la mort de Pierre, Laurence avait comme fermé une porte. Camille ny comprenait plus rien. Paul, lui, savait ce que cela voulait dire perdre un père. Il se rappelait parfaitement les cris, la vaisselle cassée, les sanglots de sa mère. Il savait trop bien ce qu’était être envoyé au coin, recevoir tour à tour des gifles ou des baisers éperdus.

Il avait construit sa carapace.

Tes costaud, mon fils. Rien ne tatteint. Moi je pleure, toi jamais une larme! Tu nas pas de cœur? me réconciliait-elle enfin.

Paul se souvenait, faisant tout pour préserver Camille du même sort. Mais il savait quil ne fallait surtout pas vivre sous le même toit quelle. Alix était fragile, elle aussi, délicate comme ses petits papiers pliés.

Mon fils, tu vois? Heureusement que Lise va bien! La pauvre Alix, un cœur malade si jeune Et tu cours entre ton boulot et la maison. Le choix, dans la vie, cest tout le bon choix

Paul serrait les dents :

Maman, tais-toi! Sinon, on va se disputer!

Mais non, mon fils ! Je suis franche, cest tout.

Trop Paul récupérait sa fille gardée par sa mère, parfois oubliant de demander à Camille comment elle allait.

Mais Camille ne se plaignait jamais. Elle avait hérité du caractère de Pierre : taciturne, sérieuse, renfermée pour tous sauf Paul et leur mère.

Pourtant, avec Laurence, la relation était fragile, lamour et la confiance posés sur une glace fine, prête à craquer.

Alix disparut cinq ans après la naissance de Lise. Un matin, elle ne se réveilla pas. Paul, se préparant pour la journée, eut un mauvais pressentiment : le sifflement de la bouilloire, le chat affolé, la tasse brisée. Il sut, dès la porte de la chambre, que le pire était arrivé. La terre sarrêta de tourner. Lise.

Il marcha lentement jusquà la chambre de Lise. Le chat en peluche restait sur loreiller, mais Lise avait dormi chez sa grand-mère. Paul serra la peluche et hurla de douleur.

Le temps sarrêta pour lui durant deux mois. Il errait entre le travail, la cuisine, la garderie. Lise, comme sentant la détresse, restait collée à lui. Elle ne posait pas de questions sur sa mère. Paul ny prêta dabord pas attention, jusquau jour où il la surprit, parlant doucement à la photo dAlix posée près du lit. Il comprit alors que Lise savait tout.

Il la recueillit dans ses bras, les joues mouillées:

Qui ta dit?

Mamie. Elle dit quil ne faut pas parler de maman parce que ça te fait mal.

Il la serra si fort quelle gémit.

Pardon, ma chérie! Tu peux me parler de maman, nimporte quand! Nécoute que moi, daccord?

Quand Lise explosa en larmes, Paul comprit ce que son silence lui avait coûté à elle aussi. Il sen voulut terriblement de lavoir laissée seule face à sa peine.

La colère grandit encore lorsquune nuit, Camille vint frapper à sa porte.

Il avait couché Lise, resté assis dans la cuisine à caresser le chat, dans une pénombre étouffante.

Il sursauta au bruit discret de la sonnette il nattendait personne.

Trempée, cheveux collés par la pluie, Camille entra aussitôt, le serra aussi fort que lui sa fille auparavant.

Camille! Quest-ce qui tarrive?

Jai mal Camille tituba et Paul la porta au canapé.

Les urgences mirent longtemps à arriver. Camille dormit chez lui, sur le matelas de la chambre denfant.

Au matin, Paul scruta ses bras, marqués decchymoses.

Quest-ce que cest?

Camille tenta de cacher les traces sous les manches du t-shirt trop large de Paul.

Camille?

Je ne veux pas en parler.

Il faut, Camille, sinon je ne pourrai pas taider.

Ses grands yeux gris se remplirent aussitôt de larmes.

cest maman? Paul osa. Il devinait la réponse.

Camille hocha silencieusement la tête, puis serra les mains de son frère, posant son front dedans.

Me renvoie pas chez elle. Sil te plaît, pas maintenant. Jai peur, Paul

En la réconfortant, Paul réfléchissait fiévreusement. Sil explosait, les choses dégénéreraient vite. Il comprenait: la mère avait franchi la ligne.

Dis-moi tout. Et je ferai tout pour que tu ne pleures plus. Tu me fais confiance?

Un instant de silence, puis Camille acquiesça enfin, se raidit, droite, le regard fixé devant elle. Elle ressemblait à Pierre à cet instant, et Paul sentit lobligation de ne pas faillir à la promesse faite à ce dernier.

Maman a découvert que je voyais Léon. Tu te souviens de lui?

Le cheveux en bataille? Paul lui fit passer une tasse de thé. Bois.

Je ny arrive pas. Je ten prie, cest lui. On a juste été voir un film deux fois, on sest promenés dans le parc laprès-midi. Il na même pas essayé de membrasser!

Chut, je comprends. Mais quest-ce qui sest passé avec maman?

Elle ma crié dessus! Secouée comme un prunier Elle a hurlé des choses Camille se recroquevilla, sanglotant. Pourquoi elle me fait ça? Quest-ce que jai fait de mal? Je lui ai toujours obéi ! Elle a dit que jallais tomber enceinte comme toi Pardon, jaurais pas dû Je dis nimporte quoi

Camille éclata en sanglots désespérés. Paul, perdu, ne sut que faire. Puis, la voyant si semblable à Lise dans ces instants, il la prit sur ses genoux, la serra fort, épongeant ses larmes grognon, tendre :

Oh, quelle inondation! Je laisserai plus jamais personne faire du mal à Camille! Tu mentends?

Les grands yeux gris relevés sur lui, il répéta fermement:

Personne. Même pas maman. Jai promis, tu sais? Et tu crois que je peux manquer à ma parole?

Camille fit non de la tête, reniflant.

Voilà. Il ma appris à toujours tenir mes promesses, Pierre. Tu veilles sur Lise pendant que je vais voir maman?

Ne fais pas ça! Camille bondit.

Si! Paul la fit sasseoir, lui fourra le reste de sandwich dans la main. Termine, puis va te laver le visage. Tu ne vas pas effrayer ma filleur, hein!

La conversation avec Laurence fut explosive. Elle hurlait, exigeait que Camille revienne, puis sanglotait, réclamant quon lui «rende sa vie». Paul attendit quelle se calme.

Maman, Camille reste chez moi.

Dun geste calme, il la coupa avant toute protestation.

Pour linstant. Il faut quelle souffle. Toi aussi.

Mais ses cours! Ses examens! Paul, cest la fin du trimestre!

Maman, tu tentends? Tu ne las même pas cherchée cette nuit. Et si elle nétait pas venue à moi?

Je pensais quelle était là!

À force de tout vouloir contrôler, tu oublies quon nest pas des objets. Tu vois pas quon est vivants?

Mais quest-ce que tu racontes?!

Quand as-tu parlé avec moi en mère, pas en chef? Quand tes-tu souciée de comment jallais, moi, après Alix? Oui, tu maides beaucoup, mais avec moi, tu parles comme à un employé. Et avec Camille, pareil. On nest pas tes subordonnés. Tes sûrement un super manager, mais comme mère là, permets-moi de juger : tu passes complètement à côté! Même maintenant, alors que ta fille pleure à lautre bout de Paris, tu ne penses quà ses examens ou à garnir létagère de trophées. Ça suffit! Camille a moi. Même si elle rate son bac, je paierai ses études et elle aura son diplôme. Tu savais quelle rêve dêtre vétérinaire? Pas médecin vétérinaire. Elle le VEUT! Elle le sera. Je te le garantis!

Tu nas pas ce droit, Paul! Je suis sa mère!

Et tu penses que ça t’autorise à la briser? Tout à coup, Paul retrouva calme et distance. Non, devant lui, ce nétait plus la tigresse, mais une femme perdue. Son assurance s’était envolée.

Paul lui posa les mains sur les épaules, plongea son regard dans le sien :

Maman, tu veux finir seule? Je ne te menace pas. Mais si ça continue, tu ne nous reverras plus jamais. Nous, on sen sortira. Je laisserai jamais tomber Camille. Mais toi… Réfléchis!

Il lembrassa sur le front et, deux étages plus bas, seffondra sur une marche familière.

Combien de fois il avait couru sur ce vieil escalier? Il ne savait plus. Aujourdhui, il ne sentait plus la force de monter ou descendre. Il compta machinalement les marches.

Combien dannées à courir sans savoir? Étrange.

Le téléphone le sortit de sa torpeur. Debout, au sommet de lescalier, il recompte les marches et rentre chez lui, certain désormais de la marche à suivre.

Sa stratégie était la bonne. Laurence ne tint pas deux jours avant de venir tenter une réconciliation avec sa fille.
Ce fut long.

Camille ne trouva pas la voie du pardon facilement. Cinq ans encore, leurs relations ressemblaient à détranges montagnes russes.

Laurence faisait tout pour saméliorer; elle savait maintenant que ses enfants nétaient plus de petits enfants et ne lattendraient pas. Dans sa tête résonnait: «ils sont deux, ensemble, et moi?»

Camille passa son diplôme, fut engagée dans une excellente clinique. Lise riait de voir son père soupirer chaque fois que sa tante ramenait un nouveau «patient» à la maison.

Camille! Cest quoi, ce serpent?!

Un python, Paul. Mais regarde comme il est doux! Essaie de le caresser! Voilà! Cest pas si terrible. Ce nest que temporaire, son maître le récupère la semaine prochaine. Georges sennuie tout seul!

Georges? Il a même un nom, maintenant?

Bien sûr!

Lise riait et menaçait de suivre lexemple de sa tante.

Hors de question! Paul hurlait dun air faussement indigné.

Leur routine, les visites, la vie. Camille traversait les jours comme en apnée. Lise suppliait son père de la présenter à un de ses amis, mais rien ny faisait.

Enfin, la nouvelle tomba.

Je veux vous présenter mon compagnon, dit Camille timidement, les yeux baissés. Mais promis pas de rires!

Camille, on en pleurerait presque! Lise la serrait fort.

La basket droite, égarée la veille par un patient à poils, fut retrouvée sous le lit parental, et Lise, lenfilant à la va-vite, déboula dans lentrée.

Prête!

Sans blague! Paul eut un sourire sceptique. On nest plus pressés, de toute façon. Camille ne nous pardonnera pas dêtre en retard.

Papa, arrête! On a encore une demi-heure!

Sur lallée du jardin du Luxembourg, ils repérèrent la petite troupe de loin.

Papa, regarde, cest lui? Lébouriffé?

Le chuchotis de Lise était si voyant que Camille fronça les sourcils, agitant un index menaçant.

Léon.

Paul.

Poignée de main, sourire, acquiescement.

Lise.

Lébouriffé! Léon éclata de rire, regardant sa fiancée. Camille, souris-moi! Cest comme ça que je taime. Et ces baskets Jen veux des comme ça!

Lise échangea un regard complice avec Paul puis comprit enfin, en lisant le regard de sa tante. Le gris sévère avait laissé place à de largent, lumineux. Cétait si beau quelle en resta bouche bée, battant des mains, au grand étonnement de Léon.

Quoi? On est tous un peu fous dans cette famille. Il va falloir thabituer.

Tu me rassures! Je vois que je vais vite faire partie du collectif? Cest comme ça que je dois dire?

Non, Léon: notre famille, tout simplement, lança Lise, glissant son bras sous celui de son père.©

Auteur: Ludmila Lavrova.

Rating
( 1 assessment, average 5 from 5 )
Like this post? Please share to your friends: