Катерина nous a quittés… Ses fils sont venus de la ville au village pour les funérailles. – “Eh bien, il était temps qu’ils se montrent,” murmuraient les voisins.

Cest fini pour Catherine Ses fils sont venus de Paris jusque dans le petit village pour les obsèques.
Bah, au moins ils sont venus cette fois, murmuraient les voisins den face. Ils ont quand même accompagné leur mère jusquà sa dernière demeure.

Une fois la cérémonie terminée, les fils et leurs familles commençaient déjà à préparer leur départ. Cest à ce moment que la tante Lydie, la sœur de Catherine, est entrée dans la maison.
Tante Lydie, on va devoir partir, lança laîné, Paul. On doit fermer la maison. Vous devriez rentrer vous aussi.

Rentrer où ?! sétonna Lydie. Mais je suis chez moi ici ! Je nai nulle part ailleurs où aller.

Tout le monde la regardait avec de grands yeux, sans savoir quoi dire.

Tu sais, Rita et Dimitri se sont mariés, et sont venus sinstaller chez la mère de Dimitri, à Lyon.

Cétait un petit mariage, tout simple. Ils avaient décidé déconomiser pour autre chose, et pas pour acheter une maison tout de suite.

Avant ça, chacun vivait de son côté : Dimitri habitait avec sa mère, et Rita, elle, était en foyer. Chez elle, cétait compliqué : sa mère, toujours dehors, à faire la fête Elle ne vivait plus avec sa famille depuis longtemps. Quant à son père, elle ne l’a jamais connu.

La mère de Dimitri a voulu leur laisser un peu despace. Elle a posé ses congés et filé chez sa sœur Catherine, à la campagne, du côté de Bresse. Elle y venait souvent, profiter un peu. Catherine vivait seule, son mari était décédé des années auparavant, et ses deux fils ne venaient quasiment jamais. À peine sils lappelaient de temps en temps

Ils pourraient au moins décrocher le téléphone, pensait souvent Catherine. Mais bon elle ne quémandait jamais rien. Elle se débrouillait toute seule, et parfois un voisin venait laider, ou bien cétait Lydie ou son neveu qui passaient.

Quand Dimitri nétait pas encore marié, il venait souvent avec sa mère aider Catherine. Mais désormais, il avait sa propre vie. Elle craignait quil loublie, tout comme ses propres fils lavaient fait. Ils navaient même pas emmené leurs femmes rencontrer leur mère, à part le jour du mariage. Pas de petits-enfants encore non plus, sous prétexte que ce nest jamais le bon moment.

Ah, Lydie ! Ma sœur chérie ! dit Catherine en laccueillant dans sa vieille maison de pierre.

Elles étaient bien ensemble, tu vois. Depuis leur naissance, elles navaient presque jamais été séparées, puis un jour Lydie était montée à Paris, elle sétait mariée là-bas. Catherine, elle, était restée au village. Les deux avaient perdu leur mari la même année et navaient jamais refait leur vie.

Tu garderas la maison pendant mes congés, dit Lydie. Jai encore une semaine à tenir ! Au fait, Dimitri ne vient pas ? Il aurait pu débarquer avec sa jeune épouse à la campagne. Ils sont partis en lune de miel, tu crois ?

Pas du tout, répondit Catherine. Ils gardent leurs économies. Ils ont fait un mariage discret, juste la mairie, cest tout. Tu sais, Rita na presque pas de famille. Sa mère bref, elle fait sa vie de son côté. Rita, elle, a pris son indépendance très jeune. Je laime beaucoup, cest une chouette fille.

Mais pourquoi tu ne les as pas invités ?

Je voulais leur laisser du temps, tu sais, pour shabituer lun à lautre, sans moi dans les pattes. Javais peur que Dimitri ne se marie jamais, imagine : il a trente ans ! Mais heureusement, cest fait. Quils vivent tranquillement.

Tu exagères, ils sont déjà proches. Et puis, pourquoi rester en ville pour une lune de miel ? Il pourrait venir présenter sa femme à la tante, non ? Invite-les ! La maison est grande, et sils naiment pas, ils pourront repartir facilement

Alors finalement, Dimitri est venu avec Rita deux jours plus tard. Lydie était ravie, tu ten doutes. Ses propres fils à elle, ils ne venaient jamais, malgré toutes ses invitations.
Je suis tellement contente de vous voir ! Les miens, pfff ils nont jamais le temps, ils sont tellement « occupés » soupira Catherine.

Rita, elle, était comme un poisson dans leau au village. Ça lui rappelait les vacances de petite chez sa grand-mère. Quand elle était morte, Rita avait quinze ans. Après, il avait fallu se débrouiller toute seule, bosser en même temps que les études

Catherine bossait dur. Lydie profitait de ses vacances, cuisinait pour tout le monde. Dimitri, lui, a réparé la clôture derrière la grange, remis le toit du vieux poulailler en état. Rita, elle, passait son temps au potager à bêcher dès laube.

Laisse-moi faire, Rita, disait Catherine. Ma retraite commence bientôt, j’aurai tout le temps de men occuper. Repose-toi !

Ça ne me gêne pas. Jadorais le jardin quand jétais petite. Et puis, vous, profitez de vos vacances.

La quinzaine est passée en un éclair. Les invités sont repartis à Lyon, et Catherine est restée seule. Tout était terminé, et le vide lui pesait Le soir, elle déprimait un peu. Elle a appelé son fils aîné.

Tout va bien, maman ?
Oui, oui, rien. Je voulais juste savoir comment tu vas. Si jamais vous vouliez passer me voir
Pas possible, on est débordés. Appelle plutôt mon frère, il devait annuler son séjour à la mer.

Même discours du côté du cadet. Ils préféraient les plages de Nice à deux jours chez leur mère Tant pis. Dimitri lui promettait de venir souvent.

Les années sont passées. Dimitri et Rita ont acheté un appartement à Lyon. Ils venaient souvent dans le village, filaient un coup de main à la tante. Parfois, leurs enfants passaient toutes leurs vacances dété avec les deux grands-mères, Catherine et Lydie, qui étaient à la retraite.

Catherine na jamais vu ses autres petits-enfants. Son cadet a bien un fils, mais ce nest pas le sien : il a épousé une femme avec un enfant. Quant à laîné, il était toujours trop occupé pour avoir des enfants, puis après cétait trop tard. Voilà jamais le temps pour leur mère, ni pour devenir papa. Ils débarquaient une fois tous les trois ou quatre ans. Et ça devait suffire, hein maman ?

Heureusement que Dimitri, sa femme et sa sœur étaient là.

Cest comme ça quils ont vécu, jusquà ce que Catherine tombe malade. Elle a passé des examens, il fallait de largent. Elle a appelé son second fils. Elle lui a tout expliqué.

Oh, maman tu nes jamais allée en cure de ta vie, cest pas la peine de commencer maintenant ! Au village, les pierres aussi, elles aident à guérir. Repose-toi chez toi.

Finalement, cest Dimitri et Rita qui lui ont payé la cure thermale. Ils ont même invité Lydie à partir avec elle, que les deux sœurs profitent ensemble.

Catherine sest éteinte quatre ans plus tard. Ses fils sont venus dans le village pour lenterrement.
Au moins, ils sont là maintenant, murmuraient les voisins à voix basse. Ils ont au moins accompagné leur mère pour le dernier adieu.

Le jour du départ, les fils avec leur famille étaient prêts à retourner à Paris. Dans la maison, il ne restait que tante Lydie, avec la famille de Dimitri.

Tante Lydie, euh On va partir nous. Il faudrait fermer la maison. Vous devriez y aller, vous aussi, commença laîné, un peu gêné.

Partir où donc ? sétonna Lydie. Je suis chez moi ici. Je nai nulle part ailleurs où aller.

Ils la dévisageaient, sans comprendre.

Cétait la maison de maman ! riposta le cadet. Elle nous appartient à présent. On va la vendre. Si vous voulez prendre un souvenir, une petite vase ou un service à café, servez-vous. Tout le reste, on sen débarrassera.

Gardez donc ce que vous voulez de Catherine, mais la maison, elle me la donnée quand elle est tombée malade. Juste après sa cure. Cétait sa volonté.

Quoi ? Mais nous sommes ses fils !

Ah, maintenant vous vous souvenez delle ? Où étiez-vous quand elle allait mal ? Vous nêtes jamais venus la voir, pas une seule fois. Fils, vraiment !

Les fils sont repartis. Ils nont même pas cherché à se justifier. Plus rien ne les reliait ici, ni la maison, ni même un coup de fil.

Lydie sest installée définitivement dans la maison de sa sœur. Elle loue son appartement à Paris et aide la famille de son fils. Eux, ils viennent tout le temps, ils sépaulent. Il ne manque que Catherine

Mais elle reste là, toujours présente dans leurs souvenirs, un peu partout autour deux.

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