Je montais sur léchelle pour tailler les branches mortes du vieux poirier dans notre jardin près de Reims, lorsque soudain mon chien, Gustave, sest mis à aboyer avec force, tirant sur le bas de mon pantalon pour minciter à descendre : dabord, jai cru quil avait perdu la tête ou quil voulait jouer, et quil allait finir par me faire tomber de léchelle.
Jai cherché à lécarter, et jai même haussé le ton contre lui, mais quelques secondes plus tard, il sest passé quelque chose dinattendu.
Jétais à mi-hauteur de léchelle, le sécateur en mains, prêt à couper les vieilles branches sèches qui menaçaient de tomber sur la terrasse. La matinée était étrange depuis laube : le ciel bas était recouvert de gros nuages gris, lair immobile, saturé dhumidité, comme avant une grosse averse. Je sentais lorage approcher, mais je voulais vraiment terminer ce travail, car ces branches devaient être coupées depuis longtemps.
Javais posé léchelle contre le tronc, bien vérifié sa stabilité. Javais grimpé quelques échelons, prêt à attaquer la première branche, quand jai senti distinctement que quelquun tirait sur mon pantalon par derrière.
Je me suis retourné, mi-surpris, mi-amusé.
Gustave essayait de grimper à léchelle à ma suite. Ses pattes glissaient sur les barreaux métalliques, ses griffes crissaient, et il me fixait avec de grands yeux, presque paniqué.
Quest-ce qui te prend, mon vieux ? ai-je lancé avec un sourire nerveux. Descends dici.
Jai agité la main pour le faire reculer, mais il na pas bougé. Au contraire, il sest approché plus près, a posé ses pattes avant sur lun des échelons et ma attrapé le bas du pantalon avec ses dents.
Il tirait avec force.
Je me suis brusquement retourné, failli vaciller.
Non mais tu deviens fou ? Lâche, Gustave ! ai-je lancé, un peu fâché.
Mais il persistait, me tirant vers le bas, bien ancré sur ses pattes, aboyant de plus belle comme pour mavertir dun danger imminent.
Au début, ça ma agacé, mais en le regardant jai compris que ce nétait pas du jeu. Jamais Gustave ne sétait comporté ainsi. Il y avait quelque chose dinhabituel dans son regard.
On aurait dit quil essayait de me prévenir.
Jai essayé de remonter un peu, mais il sest de nouveau jeté sur mon pantalon, tirant si fort que par réflexe, jai attrapé léchelle à deux mains.
Avec un soupir, jai commencé à descendre.
Assez, ai-je maugréé. Si tu continues, je vais tenfermer.
Il a baissé la tête, visiblement penaud, mais je lai quand même conduit dans le chenil au fond du jardin et fermé le portillon. Je pensais pouvoir enfin finir tranquillement.
Mais cest à ce moment-là que tout a basculé, et que jai compris, non sans frayeur, pourquoi Gustave sétait acharné à mempêcher de monter Pour découvrir la suite de cette histoire étonnante, lisez le premier commentaire
Je suis revenu à léchelle et ai posé le pied sur la première marche. À ce moment précis, jai entendu un craquement sec juste au-dessus de moi.
Un bruit sourd, comme si le bois se brisait. Instinctivement, jai levé les yeux. Jai vu une grosse branche morte se détacher du poirier.
Elle tombait tout droit là où ma tête se trouvait linstant davant. La branche fracassée a heurté le sol, explosé en plusieurs morceaux, passant à quelques centimètres à peine de ma jambe.
Jai senti mes jambes se dérober, je suis resté planté près de léchelle, bouche bée devant cette masse de bois brisée, le cœur battant à tout rompre, comme sil résonnait jusque dans mes tempes.
Cest seulement à ce moment-là que jai compris. Gustave ne voulait pas me déranger. Il voulait me sauver.
Il avait pressenti le danger avant moi. Peut-être avait-il perçu un craquement dans larbre ou senti que cette branche menaçait de tomber. Je me suis retourné vers le chenil.
De lautre côté du grillage, Gustave mobservait, ses yeux emplis dattention, la queue battant doucement, comme sil attendait que je comprenne enfin.
Je me suis approché, ai ouvert la porte et me suis accroupi à ses côtés. Immédiatement, Gustave sest blotti contre moi.
Je lui ai entouré le cou de mes bras, et je lui ai soufflé à loreille :
Tu mas sauvé la vie, mon pote.
Depuis ce jour-là, jai toujours respecté son instinct.