Adèle, dans ses trente-cinq ans, croyait qu’elle ne connaîtrait jamais le bonheur féminin, mais dans ce rêve étrange et surréaliste, le destin en disposa autrement Ils se rapprochèrent quand ils approchaient tous deux de la quarantaine. Bernard était déjà veuf depuis trois ans. Adèle n’avait jamais été mariée, mais elle avait donné naissance à un fils. Comme on le dit dans les villages, elle avait accouché pour elle seule. Dans sa jeunesse, elle avait eu des relations avec un bel homme aux cheveux noirs nommé Jacques, qui avait promis de l’épouser et avait charmé la jeune Adèle. Elle s’était laissée prendre aux promesses qui se révélèrent vides comme la brume du matin. Comme il apparut plus tard, ce prétendant venu de Paris était déjà marié.
Jusqu’à elle vint même la femme légitime de Jacques, telle une ombre, pour supplier que la jeune fille ne brise pas une autre famille. L’inexpérimentée Adèle céda. Mais elle décida de garder l’enfant.
Ainsi se passa-t-il. Adèle mit au monde Mathieu. Et le fils devint pour elle la seule consolation et le seul réconfort. Mathieu était bien élevé, étudiait avec application. Après l’école, il entra à l’université d’économie. Bernard rendit visite à Adèle plusieurs fois. Il proposa de vivre ensemble. Pourtant la femme hésitait, bien que Bernard lui plût. Adèle se sentait d’une certaine façon honteuse de son propre fils et de l’idée d’être enfin heureuse. Un soir, Mathieu décida de parler à sa mère. Il dit qu’il n’était pas contre : « Moi, maman, je ne vivrai plus à la maison de toute façon. Oncle Bernard est un homme fiable. Pourvu qu’il ne t’offense pas. L’essentiel pour moi est que tu sois heureuse. » Le fils de Bernard n’était pas non plus contre.
Ainsi ils commencèrent à vivre. Ils se marièrent, organisèrent une petite fête. Adèle travaillait à la bibliothèque du village, et Bernard était agronome. Ils faisaient tout ensemble. Ils géraient le ménage, élevaient du bétail, cultivaient le potager. Ils s’aimaient et se respectaient l’un l’autre, dommage que le ciel ne leur ait pas accordé d’enfants communs.
Les deux fils se marièrent, ils virent naître des petits-enfants. À chaque fête, ils préparaient des cadeaux pour les enfants et les petits-enfants. Des œufs frais de la maison, du lait, de la crème fraîche, du porc et du poulet. Aux jours de fête, de nombreux invités se rassemblaient dans leur maison. Alors Bernard et Adèle s’asseyaient à table, se réjouissaient. Et ils étaient ravis d’avoir avec qui célébrer.
Seulement le soir, quand le couple âgé se mettait au lit, chacun pensait tout bas : partir de ce monde le premier Et ne jamais se sentir seul.
Les années prenaient leur dû. Et un jour, le malheur se glissa comme une brume silencieuse Le matin, Adèle se sentit mal, les couleurs s’effaçant alors qu’elle commençait à préparer la soupe dans la cuisine. La femme âgée s’effondra. Bernard, aidé des voisins, appela une ambulance. Les médecins dirent qu’Adèle avait été frappée par un accident vasculaire cérébral. Toutes les fonctions étaient en place, sauf une. Adèle ne put plus marcher. Mathieu avec sa femme vint rendre visite à la mère. Il donna de l’argent pour les médicaments, et repartit.
Bernard loua une voiture ; quand sa femme fut libérée de l’hôpital, ils la portèrent avec un voisin dans la maison.
« Tout ira bien, consolait-il sa femme, tu n’as qu’à vivre. Même si tu restes assise et me parles. Seulement vis. Et je saurai tout faire. Ne me quitte pas, ma colombe ! »
Bernard soignait bien sa femme. Au bout d’un mois, elle s’installa dans un fauteuil. Elle l’aidait à la cuisine. Ils continuaient à tout faire ensemble. Ils épluchaient les pommes de terre et les carottes, triaient les haricots. Ils cuisaient même le pain. Le soir, Adèle et Bernard discutaient de la façon dont ils vivraient ensuite. L’hiver approchait. Et Bernard n’avait plus la force de couper le bois.
Peut-être que les enfants nous prendraient pour passer l’hiver chez eux, et au printemps et en été nous pourrions nous débrouiller seuls
Le week-end, Mathieu arriva avec sa femme. La belle-fille Isabelle, après avoir examiné toute la pièce, conclut :
Il va falloir vous séparer, mes tourtereaux. Nous prendrons maman la semaine prochaine. Laisse-moi préparer la chambre. Et nous viendrons.
Et moi ? murmura Bernard d’un ton gêné. Nous ne nous sommes jamais séparés. Les enfants, comment est-ce possible.
Eh bien, c’était avant, quand vous aviez la force pour le ménage et pouviez vous occuper de vous-mêmes, mais maintenant tout est différent. Que ton fils te prenne aussi. Personne ne vous prendra ensemble.
Mathieu et sa femme rentrèrent chez eux. Bernard et Adèle soupirèrent amèrement, et réfléchirent à ce qu’il convenait de faire ensuite. Chacun d’eux, en s’endormant, rêvait de ne pas se réveiller, afin de ne pas voir tout cela.
Le week-end suivant, les deux fils arrivèrent. Ils se mirent à rassembler les affaires. Bernard s’assit près du lit d’Adèle. Il la regardait sans arrêt, se remémorant leurs jeunes années. Et il pleurait Il se pencha vers sa femme malade. Et murmura :
« Pardonne-moi Adèle, que tout se soit passé ainsi pour nous Quelque part nous avons failli dans l’éducation des enfants. Ils nous séparent comme des chatons inutiles. Pardonne. Je t’aime ».
Adèle voulut caresser la joue de son mari avec sa main, mais elle n’avait plus de forces Bernard partit, essuyant ses larmes avec sa manche. Et, assis dans la voiture, il ne les essuya plus
Puis le fils avec sa femme et le voisin se mirent à emporter Adèle, l’enveloppèrent dans une couverture et commencèrent à la sortir de la maison dedans les pieds en avant. La femme malade pensa que c’était très symbolique dans la logique du rêve Adèle ne résista pas, elle n’était plus là quand Bernard partit. Et la femme malade ne voulait que ne pas survivre jusqu’au soir.
Une semaine passa. Par un beau jour d’automne, justement à la Toussaint, leur rêve se réalisa. Adèle et Bernard se retrouvèrent dans l’autre monde.Adèle, dans ses trente-cinq ans, croyait qu’elle ne connaîtrait jamais le bonheur féminin, mais dans ce rêve étrange et surréaliste, le destin en disposa autrement Ils se rapprochèrent quand ils approchaient tous deux de la quarantaine. Bernard était déjà veuf depuis trois ans. Adèle n’avait jamais été mariée, mais elle avait donné naissance à un fils. Comme on le dit dans les villages, elle avait accouché pour elle seule. Dans sa jeunesse, elle avait eu des relations avec un bel homme aux cheveux noirs nommé Jacques, qui avait promis de l’épouser et avait charmé la jeune Adèle. Elle s’était laissée prendre aux promesses qui se révélèrent vides comme la brume du matin. Comme il apparut plus tard, ce prétendant venu de Paris était déjà marié.
Jusqu’à elle vint même la femme légitime de Jacques, telle une ombre, pour supplier que la jeune fille ne brise pas une autre famille. L’inexpérimentée Adèle céda. Mais elle décida de garder l’enfant.
Ainsi se passa-t-il. Adèle mit au monde Mathieu. Et le fils devint pour elle la seule consolation et le seul réconfort. Mathieu était bien élevé, étudiait avec application. Après l’école, il entra à l’université d’économie. Bernard rendit visite à Adèle plusieurs fois. Il proposa de vivre ensemble. Pourtant la femme hésitait, bien que Bernard lui plût. Adèle se sentait d’une certaine façon honteuse de son propre fils et de l’idée d’être enfin heureuse. Un soir, Mathieu décida de parler à sa mère. Il dit qu’il n’était pas contre : « Moi, maman, je ne vivrai plus à la maison de toute façon. Oncle Bernard est un homme fiable. Pourvu qu’il ne t’offense pas. L’essentiel pour moi est que tu sois heureuse. » Le fils de Bernard n’était pas non plus contre.
Ainsi ils commencèrent à vivre. Ils se marièrent, organisèrent une petite fête. Adèle travaillait à la bibliothèque du village, et Bernard était agronome. Ils faisaient tout ensemble. Ils géraient le ménage, élevaient du bétail, cultivaient le potager. Ils s’aimaient et se respectaient l’un l’autre, dommage que le ciel ne leur ait pas accordé d’enfants communs.
Les deux fils se marièrent, ils virent naître des petits-enfants. À chaque fête, ils préparaient des cadeaux pour les enfants et les petits-enfants. Des œufs frais de la maison, du lait, de la crème fraîche, du porc et du poulet. Aux jours de fête, de nombreux invités se rassemblaient dans leur maison. Alors Bernard et Adèle s’asseyaient à table, se réjouissaient. Et ils étaient ravis d’avoir avec qui célébrer.
Seulement le soir, quand le couple âgé se mettait au lit, chacun pensait tout bas : partir de ce monde le premier Et ne jamais se sentir seul.
Les années prenaient leur dû. Et un jour, le malheur se glissa comme une brume silencieuse Le matin, Adèle se sentit mal, les couleurs s’effaçant alors qu’elle commençait à préparer la soupe dans la cuisine. La femme âgée s’effondra. Bernard, aidé des voisins, appela une ambulance. Les médecins dirent qu’Adèle avait été frappée par un accident vasculaire cérébral. Toutes les fonctions étaient en place, sauf une. Adèle ne put plus marcher. Mathieu avec sa femme vint rendre visite à la mère. Il donna de l’argent pour les médicaments, et repartit.
Bernard loua une voiture ; quand sa femme fut libérée de l’hôpital, ils la portèrent avec un voisin dans la maison.
« Tout ira bien, consolait-il sa femme, tu n’as qu’à vivre. Même si tu restes assise et me parles. Seulement vis. Et je saurai tout faire. Ne me quitte pas, ma colombe ! »
Bernard soignait bien sa femme. Au bout d’un mois, elle s’installa dans un fauteuil. Elle l’aidait à la cuisine. Ils continuaient à tout faire ensemble. Ils épluchaient les pommes de terre et les carottes, triaient les haricots. Ils cuisaient même le pain. Le soir, Adèle et Bernard discutaient de la façon dont ils vivraient ensuite. L’hiver approchait. Et Bernard n’avait plus la force de couper le bois.
Peut-être que les enfants nous prendraient pour passer l’hiver chez eux, et au printemps et en été nous pourrions nous débrouiller seuls
Le week-end, Mathieu arriva avec sa femme. La belle-fille Isabelle, après avoir examiné toute la pièce, conclut :
Il va falloir vous séparer, mes tourtereaux. Nous prendrons maman la semaine prochaine. Laisse-moi préparer la chambre. Et nous viendrons.
Et moi ? murmura Bernard d’un ton gêné. Nous ne nous sommes jamais séparés. Les enfants, comment est-ce possible.
Eh bien, c’était avant, quand vous aviez la force pour le ménage et pouviez vous occuper de vous-mêmes, mais maintenant tout est différent. Que ton fils te prenne aussi. Personne ne vous prendra ensemble.
Mathieu et sa femme rentrèrent chez eux. Bernard et Adèle soupirèrent amèrement, et réfléchirent à ce qu’il convenait de faire ensuite. Chacun d’eux, en s’endormant, rêvait de ne pas se réveiller, afin de ne pas voir tout cela.
Le week-end suivant, les deux fils arrivèrent. Ils se mirent à rassembler les affaires. Bernard s’assit près du lit d’Adèle. Il la regardait sans arrêt, se remémorant leurs jeunes années. Et il pleurait Il se pencha vers sa femme malade. Et murmura :
« Pardonne-moi Adèle, que tout se soit passé ainsi pour nous Quelque part nous avons failli dans l’éducation des enfants. Ils nous séparent comme des chatons inutiles. Pardonne. Je t’aime ».
Adèle voulut caresser la joue de son mari avec sa main, mais elle n’avait plus de forces Bernard partit, essuyant ses larmes avec sa manche. Et, assis dans la voiture, il ne les essuya plus
Puis le fils avec sa femme et le voisin se mirent à emporter Adèle, l’enveloppèrent dans une couverture et commencèrent à la sortir de la maison dedans les pieds en avant. La femme malade pensa que c’était très symbolique dans la logique du rêve Adèle ne résista pas, elle n’était plus là quand Bernard partit. Et la femme malade ne voulait que ne pas survivre jusqu’au soir.
Une semaine passa. Par un beau jour d’automne, justement à la Toussaint, leur rêve se réalisa. Adèle et Bernard se retrouvèrent dans l’autre monde.