Jean et Marie : Un amour de village à l’épreuve des rêves de la ville Jean n’a jamais rêvé de quitt…

Journal de François

Je nai jamais eu envie de quitter mon petit village de Bourgogne pour aller vivre à Paris. Jaimais lespace, la rivière, les champs à perte de vue, la forêt où je me promenais depuis tout petit, et bien sûr les gens du village. Depuis quelques années, javais décidé de reprendre la petite ferme familiale, délever des cochons, de vendre la viande à la boucherie du coin, et qui sait, si ça marchait, développer un peu laffaire. Je rêvais parfois, le soir en rentrant de létable, dune grande maison à moi, bien solide, dune voiture décente pour linstant, cétait juste une vieille Peugeot, mais elle roulait. Toutes mes économies, et largent de la vente de la maison de ma grand-mère que jaimais tant, étaient passés dans mon projet.

Mais surtout, javais un rêve secret : épouser Camille, la plus belle fille du village, et lui offrir la place de maîtresse de maison. On sortait déjà ensemble, mais elle voyait bien que mon commerce nétait pas encore bien lancé, que je navais pas dargent à dépenser, et que la maison était à peine amorcée, juste des fondations et quelques murs dressés.

Camille était jolie comme un cœur, le genre de beauté rare que tout le monde remarque. Pourtant, elle ne simaginait pas une vie de travail et deffort.

« Ma beauté, elle est précieuse, disait-elle à ses amies lors de leurs promenades dans les vignes. Je ne vais pas me fatiguer à la cultiver. Jai juste à trouver un homme qui prendra tout en charge pour moi. »

Chantal, sa meilleure amie, lui disait souvent : « Tu sais, François construit sa maison, il a déjà une voiture, il faut juste lui laisser le temps, il ne va pas devenir riche du jour au lendemain. »

Camille, quant à elle, répondait en bougonnant : « Moi, je veux tout, et tout de suite. Quand est-ce quil va se décider, François ? Il na rien »

Je savais que Camille ne maimait pas autant que je laurais souhaité, mais jespérais quavec le temps, son amour viendrait. Tout aurait pu bien se passer si Charles nétait pas venu passer lété au village. Charles, un Parisien, fils dun haut fonctionnaire, plutôt beau garçon, est arrivé avec son copain en vacances chez sa grand-mère, qui avait une vieille maison ici. Il semblait un peu hautain avec les filles du pays, sennuyait ferme lors des soirées à la salle des fêtes, jusquà ce que Camille fasse une entrée remarquée.

Au départ, Camille ne regardait pas ce « citadin » de Charles. Mais, quand elle apprit que sa famille était fortunée et bien placée à Paris, elle se tourna immédiatement vers lui. Charles, de quelques années plus âgé, avait de la répartie, parlait avec assurance, savait plaire aux femmes et ne lui offrait que les plus beaux bouquets, commandés spécialement chez le fleuriste de Mâcon, livrés jusque dans le village. Elle apprécia la différence.

Moi, je bouillonnais de voir Camille recevoir les fleurs de Charles.

« Arrête daccepter ses bouquets, tu me fais du mal, » lui fis-je remarquer, mais elle en riait.

« Ce sont juste des fleurs, enfin, ne sois pas si jaloux ! »

Jallai voir Charles pour lui demander, poliment mais fermement, de ne plus faire la cour à Camille.

Il éclata de rire. Entre nous, les choses tournèrent mal, et il fallut que mes amis interviennent pour nous séparer. Après ça, quelque chose sétait brisé entre Camille et moi. Elle mévitait, moi aussi je lui en voulais. Mais elle savait bien que Charles ne serait là que pour un mois après, fini.

« Il faut que je me débrouille Je dois attirer Charles, partir avec lui à Paris Ici, au village, il ny a rien à espérer, » pensait-elle.

Par une chaude après-midi daoût, alors que ses parents étaient partis vendre leurs produits sur le marché de Dijon, elle invita Charles chez elle. Elle fit exprès de calculer lheure de retour de ses parents. Les deux étaient ensemble dans la chambre quand les parents arrivèrent. Camille, décoiffée, semmitoufla hâtivement dans son peignoir, Charles eut à peine le temps denfiler un pantalon, et cest ainsi que ses parents les trouvèrent.

Son père, un homme sec et direct, demanda dun ton tranchant : « Quest-ce qui se passe ici ? »

Camille baissa les yeux, Charles, mal à laise, balbutiait.

Son père conclut aussitôt : « Bon. Charles, maintenant tu vas devoir épouser notre fille. Sinon, tu verras de quel bois je me chauffe. Viens, on a à parler. »

Nul ne sut ce quils se dirent, mais le lendemain, le père de Camille emmena les jeunes gens à la mairie pour déposer les papiers du mariage, et la mère de Camille commença à préparer le déménagement vers Paris. La nouvelle se répandit dans tout le village comme une traînée de poudre. Jétais effondré, mais, par orgueil, je fis bonne figure auprès de tous.

Charles, quant à lui, sen voulait déjà.

« Mais quelle idée jai eue de succomber au charme dune villageoise ? Elle nest pas si naïve que je pensais, bien calculatrice au fond. »

Mais Camille rêvait déjà à une vie de luxe à Paris.

« Tant pis, je vais laimer, fonder une famille, et il verra, il sera content de mon choix ! » pensait-elle. Mais elle avait peur de laccueil que lui réserveraient ses futurs beaux-parents.

Contre toute attente, les parents de Charles furent ravis que leur fils ramène une jeune femme du terroir, simple et jolie. Ils en avaient assez des Parisiennes superficielles que leur fils leur présentait dhabitude. Camille savait cuisiner, tenir la maison, ce qui séduisit tout de suite la mère de Charles, Madeleine, et le père, Jacques.

« Viens, Camille, fais comme chez toi, ma chérie, ne sois pas timide, » lui disait chaleureusement Madeleine.

Camille sappliqua à être la parfaite maîtresse de maison dans leur grand appartement de quatre pièces. Lambiance lui plaisait, elle se sentait acceptée, presque aimée. Charles finit aussi par la trouver moins calculatrice quil ne lavait cru.

« Elle ma certes bien coincé avec ce mariage, mais on dirait vraiment quelle veut quon soit heureux » pensait Charles, qui pourtant doutait que ce fût possible. Ils étaient trop différents. Mais Camille ne posait pas de questions, peut-être se sentait-elle coupable Et elle navait aucune envie de retourner au village.

Charles imaginait déjà comment il profiterait de la vie après leur mariage ; dans la capitale, il avait beaucoup damies. Mais un soir, Camille déclara, lors dun dîner en famille : « Je suis enceinte, nous allons avoir un bébé »

« Félicitations, Camille, nous attendions ce moment avec impatience ! » sexclama Madeleine, ravie à lidée dêtre grand-mère. Charles comprit alors que toute tentative déviter cette responsabilité serait vaine.

Le mariage fut célébré, les parents leur offrirent un appartement entièrement meublé. Après la cérémonie, Camille remarqua bien que Charles nétait pas ravi à lidée dêtre père.

« Ce nest pas grave, pensait-elle, quand notre enfant naîtra, Charles changera, il comprendra ce quest le bonheur. » Mais elle ne savait pas encore que lâme de son mari était tourmentée.

Charles multiplia bientôt les sorties nocturnes, expliquant : « Mon travail mamène sans cesse en déplacement… » Camille le croyait, ne soupçonnant rien, mais désormais, il disparaissait régulièrement des nuits entières. Elle préparait des bons plats pour lattendre, rangeait la maison, et la tristesse lenvahissait doucement. Elle pensait à son village, à ses parents, à Chantal, et, de plus en plus souvent, à moi.

Elle commença à douter de son choix. À la question de savoir si Charles laimait, il éludait habilement. Madeleine voyait bien que sa belle-fille nétait pas heureuse, mais elle savait que Charles nétait pas lépoux idéal.

La naissance de leur fils fit la joie générale. Charles, touché sur le moment, retrouva vite ses vieilles habitudes. Le bébé pleurait la nuit, Camille narrêtait pas. Charles sagaçait, trouvait toutes les excuses pour sortir, dormir ailleurs. Lorsquil rentrait, il sentait le parfum dautres femmes, parfois des traces de rouge à lèvres sur ses vêtements, et devenait grognon, criant sur Camille, parfois la bousculant.

Il ne parlait de sa femme à personne. « Et puis quoi ? Elle na même pas le bac, elle vient de la campagne Je ne vais pas la traîner partout. Et quand notre fils grandira, elle ne trouvera sûrement quun petit boulot Il faudra bien que je subvienne à tout. Finalement, les pensions alimentaires couteraient moins cher. »

Charles avait une maîtresse régulière à Paris, Catherine, qui avait son propre appartement, de largent, ne voulait surtout pas denfants. Charles sy sentait bien, loin du chaos du foyer.

« Catherine, si tu savais comme jen ai marre du bazar à la maison Je naime pas ma femme, et même le gamin commence à ménerver. Camille est jolie, mais cest la campagne Franchement, tout ça me fatigue. Je nose même pas la présenter à mes collègues, elle na jamais vu autre chose que des tracteurs et des vaches. »

Camille devina peu à peu la vérité. Elle comprit quelle ne connaîtrait jamais la vie de famille quelle espérait. Elle soupçonna la présence dune autre femme. Les absences de Charles, les odeurs, les traces compromettantes Lambiance était électrique, leur vie à deux impossible.

Dans la détresse, elle appela sa mère pour se confier, mais celle-ci répondit sèchement : « Personne ne ta forcée à épouser Charles. Nous pensions que tu choisirais François Tu as fait ton choix, maintenant il faut lassumer. Quand tu en auras assez, tu pourras revenir, mais ce sera définitif »

Camille se sentait perdue. Un soir, alors que Charles était sous la douche, elle fouilla dans son téléphone. Ce quelle lut la bouleversa ; des messages sans équivoque avec Catherine, et même une inquiétante suggestion dendormir le bébé avec un sédatif pour pouvoir sortir plus vite

Le cœur battant, Camille mappela à la hâte.

« François, il faut que tu viennes. Jai peur pour mon fils »

Jarrivai rapidement, et la pris sous mon aile. Nous récupérâmes quelques affaires, et repartîmes ensemble vers mon village natal.

Charles ne rentra que le lendemain soir et découvrit labsence de Camille et de son fils. Il appela ses parents, qui lui répondirent : « Non, Camille nest pas chez nous, tu crois quelle a disparu ? Tiens-nous au courant »

Charles répondit soudain, soulagé, presque heureux : « Laissez, maman, inutile de prévenir la police. Quelle vive sa vie, elle et le petit »

Le temps passa. Camille divorça de Charles et, quelques mois plus tard, accepta de mépouser. Nous habitions ma grande maison de campagne, et bientôt, la famille sagrandit de nouveau. Enfin, Camille comprit que le vrai bonheur nétait pas dans le luxe ni à Paris, mais dans la simplicité, lamour et la fidélité.

Ce que jai appris de tout ça ? Parfois, il faut laisser partir ceux quon aime, et sils reviennent, cest quils ont compris où se trouvait leur vrai bonheur. Au fond, rien ne vaut la sincérité du cœur et la chaleur dun foyer.

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