Je t’ai conseillé de t’arrêter après le troisième enfant. Je t’ai même acheté des pilules spéciales,…

Je t’avais conseillé de t’arrêter après ton troisième enfant. Javais même acheté des pilules spéciales, espérant que tu réfléchirais à deux fois avant de continuer. Mais il semble que tous mes efforts se sont perdus dans le brouillard du matin.

Tu comptes faire combien denfants encore ? demanda ma belle-mère, sa voix oscillant comme la cloche d’une église vide.

Ne soyons pas sarcastiques Es-tu si contrariée que Pierre tait parlé de ma grossesse ? répondit Agnès dun calme étrange, comme si elle flottait sur un nuage de brume.

Évidemment ! Je tavais dit de ralentir après le troisième. Je tai même offert ces pilules, comme un talisman contre la tentation. Et voilà mes souhaits ont disparu comme la buée sur le miroir. La belle-mère se lamenta, les mots tombant comme des feuilles mortes.

On connaît ton avis, mais nous ne voulons pas aller contre le fil de la nature, dit Agnès, sa voix légère comme du pollen dans lair.

Vous vous moquez de moi ? Alors nattendez plus rien de moi ! sécria Marie, le visage tordu sous un masque de colère pastel.

Agnès allait répondre, mais soudain, le téléphone vibra, comme une cloche mystérieuse dans un village endormi.

Marie navait jamais soutenu ses enfants. Elle ninvitait jamais ses petits-enfants à découvrir les forêts enchantées, ne leur offrait ni cadeaux ni chocolat sauf lors des anniversaires magiques. Du côté des euros, Agnès et Pierre étaient deux arbres robustes, indépendants. La troisième grossesse avait poussé Marie à insister pour un avortement, mais le couple avait refusé, et finalement Marie sétait laissée charmer par sa petite-fille, comme par une luciole dans la nuit. Puis Agnès fut à nouveau enceinte ! La femme tentait de voiler son malaise derrière la tapisserie familiale, espérant que la bonne humeur tiendrait bon sous les assauts du vent.

Pierre avait un poste confortable qui ramenait de belles sommes, et Agnès travaillait à mi-temps depuis son appartement où les murs changeaient de couleur selon ses humeurs. Quand sa petite entreprise commença à fleurir, elle engagea une assistante, une ombre douce pour laider avec les enfants. Tout aurait pu tournoyer sans accrocs, neût été lhumeur de Marie, qui dès le début navait pas aimé sa belle-fille et avait rêvé, dans le brouillard de laube, que son fils divorcerait dAgnès. Mais ce rêve se dissipa comme une bulle de savon dans le jardin. Les enfants arrivèrent, un après lautre, comme des oiseaux migrateurs.

Selon Agnès, Marie refusait le quatrième petit-enfant, car cela signifiait que largent de Pierre coulerait dans la rivière familiale, et non plus dans le petit moulin doré de sa mère. Marie avait vécu comme une reine Pierre payait ses soins dentaires, lui offrait des week-ends au spa, rénovait son doux appartement parisien. Maintenant, elle sentait lhiver approcher : plus de rivières deuros. Marie était inquiète, redoutant de devoir fermer les portes de ses plaisirs.

Agnès tentait de se blinder contre ce vent glacial de négativité, mais elle sentait que la lumière du matin saffaiblissait. Pourtant, rien ni potion ni pilule, ni sort lancé dans lescalier ne pouvait changer la décision dAgnès et Pierre. Il y aurait un quatrième enfant, même si le monde se perdait dans le brouillard.

Comment doit-on apprivoiser une mère qui sinsinue sans fin dans les labyrinthes des choix de ses enfants, comme un chat silencieux sur les toits de Paris ?

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