Je suis venue te rendre visite, tu m’as manqué, mais les enfants me semblent être de parfaits étrangers.

Les parents sinquiètent toujours pour leurs enfants. Parfois, ils sont déçus par leurs filles adultes. Voici lhistoire de la maman, aujourdhui, vue à travers mon journal.

Jai élevé trois enfants. Ils ont tous grandi et mènent désormais leur propre vie, loin dici. Mon fils aîné, Marc, habite avec sa famille à Montréal. Il m’envoie des photos et des cartes pour les fêtes. Je garde précieusement tous ces souvenirs et il marrive de les feuilleter, par nostalgie.

« Tu nous manques beaucoup, mon grand. Peut-être pourrais-tu venir nous voir ? On aimerait tant rencontrer nos petits-enfants et ta femme, » lui ai-je écrit récemment.

Ma fille du milieu, Laurence, est mariée à un officier de larmée. Ils déménagent très souvent pour suivre ses affectations, élevant leur fille dans différentes villes de France. Parfois, ils viennent nous rendre visite. Mon mari, Philippe, respecte beaucoup son gendre et se réjouit que notre fille ait trouvé un bon mari.

Quant à ma benjamine, Camille, la vie na pas été tendre avec elle. Elle sest mariée jeune, a eu un fils, puis son mari la quittée. Suivant mon conseil, elle a quitté notre village pour tenter sa chance à Lyon. Là-bas, elle a décroché un emploi de couturière en usine et a emmené son fils, Luc, avec elle.

Un matin, jai eu envie daller la voir. Jai demandé à Philippe sil pouvait se passer de moi une semaine.

« Tu crois que tu peux te débrouiller sans moi ? Jaimerais tant rendre visite à Camille et voir comment elle avance. »

Il ma raccompagnée jusquà la gare. Tant pis sil doit porter les sacs et se débrouiller seul, il comprend ce que je ressens pour mes filles. Pendant des heures, je suis restée assise dans ce vieux wagon de seconde classe. Cette perspective de revoir ma fille après trois ans memplit de bonheur.

Arrivée à la gare, jai appelé Camille. Elle ma répondu, un peu surprise : « Maman, tu aurais pu prévenir ! Je suis au travail, je ne pourrai venir te chercher quen fin de journée. »

« Oh, pardon, je voulais te faire une surprise », ai-je répondu. « Tu crois que je peux patienter ? » Elle a dit oui, alors jai attendu puis jai décidé de partir à pied jusquà chez elle.

Cest Luc, mon petit-fils, qui ma ouvert. Grand pour son âge, il me rappelle Philippe, jeune homme, par sa stature.

« Bonjour mon grand ! » Je me suis penchée pour lembrasser, mais il sest dégagé habilement : « Mamie, tu aurais pu venir plus tôt, je tattendais. Jai dû ranger la maison et mettre la table pour taccueillir. Maman est rentrée plus tôt du travail, elle a commencé un pot-au-feu et des côtelettes de porc pour toi. »

Mon portable a vibré : cétait Philippe qui cherchait des nouvelles. Je lai rassuré, disant quon mavait aidée à porter mes affaires, que tout allait bien et quon sapprêtait à dîner.

Autour de la table, en servant le pot-au-feu, Camille ma lancé : « Tu veux une ou deux côtelettes, maman ? » Javais très faim, jaurais pu tout manger ! Mais jai simplement répondu : « On verra bien, pose-les sur la table »

Au final, il y avait cinq côtelettes. Voilà à quoi ressemble un dîner de fête, quand une fille reçoit sa mère. Camille semblait préoccupée. Peut-être avaient-ils des soucis dargent ? Je me suis promis de leur venir en aide discrètement.

Durant le repas, ma fille me demande déjà : « Tu repars quand, maman ? » Je lai mal pris. Je lui ai répondu que je pouvais partir dès demain, si je dérangeais.

Le lendemain, je suis restée seule toute la journée. Le soir venu, chacun sest enfermé dans sa chambre. Luc filait chez ses voisins, Camille retrouvait ses amies. Jai passé la soirée seule, à feuilleter un magazine, le cœur un peu serré.

Plus tard, alors que je rangeais mes affaires, jai entendu mon petit-fils demander à sa mère : « Mamie sen va quand ? On doit aller voir le match avec tonton ! » Camille a simplement rétorqué : « Quand ta grand-mère sera partie. »

Troublée, jai fini de préparer mes valises en silence. Je suis partie sans un mot, sans même dire au revoir. Philippe est venu me chercher à la gare, heureux de retrouver sa femme. Tout ce que javais donné par amour et tendresse, je me suis rendu compte, à la fin, que mes enfants navaient plus vraiment besoin de moi.

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