Je suis venu te rendre visite, tu m’as tellement manqué, mais les enfants me semblent comme des étrangers.

Les parents, tu sais, ils restent toujours inquiets pour leurs enfants, même quand ils ont grandi. Parfois, ils finissent par être un peu déçus, surtout quand les enfants deviennent adultes. On va parler aujourdhui dune maman et de ses filles déjà grandes.

Je te raconte lhistoire de la maman.

Clémence a élevé trois enfants. Aujourdhui, ils sont tous autonomes, chacun dans sa propre vie. Son fils aîné, Julien, sest installé à Lyon. Il a une famille là-bas et un bon boulot. Il lui envoie des cartes postales et des photos à Noël et pour les anniversaires. Clémence garde précieusement tout ça dans une boîte et, de temps en temps, elle les regarde avec beaucoup démotion.

« Tu nous manques, Julien. Tu pourrais peut-être venir un jour ? On aimerait tellement connaître nos petits-enfants et ta femme, » lui écrit-elle.

Sa fille du milieu, Agathe, a épousé un militaire. Ils bougent souvent à cause du boulot de son mari. Ils ont une petite fille et, parfois, ils passent le week-end chez Clémence. Le mari de Clémence a beaucoup destime pour ce beau-fils, il trouve que leur fille a vraiment fait un bon choix.

Quant à la benjamine, Éloïse, elle na pas eu la même chance. Elle a été mariée, elle a eu un enfant, mais son mari la laissée tomber. Clémence lui a conseillé de venir sinstaller à Paris pour repartir de zéro et elle la fait. Elle a trouvé un poste de couturière dans un atelier de mode, et elle a emmené son fils avec elle.

Clémence a voulu rendre visite à Éloïse.

« Tu penses que tu vas ten sortir sans moi une petite semaine ? » a demandé Clémence à son mari Paul. « Jai vraiment envie daller voir comment va Éloïse. »

Paul la accompagnée jusquà la gare, même si les valises étaient lourdes. Il voulait la ménager, elle en faisait déjà pas mal pour tout le monde. Clémence a fait tout le trajet en train, en seconde classe, impatiente de retrouver sa fille. La dernière fois quelles sétaient vues, ça faisait bien trois ans

Arrivée à la gare Montparnasse, elle appelle Éloïse.

« Maman, tu aurais pu prévenir ! Je suis au boulot, là. Je peux venir te chercher ce soir, mais pas avant. »
« Je voulais te faire une surprise ! Mais tu es sûre que cest bon ? »
« Oui, oui, ne tinquiète pas. »

Finalement, après une petite attente, Clémence décide de prendre le métro seule.

Arrivée devant la porte, cest son petit-fils qui lui ouvre. Un grand garçon, qui ressemble tant à Paul quand il était plus jeune.

« Salut mon grand ! » sexclame Clémence en le serrant fort dans ses bras.
« Ça va, Mamie, pas trop fort ! » glousse-t-il tout en se détachant de létreinte.

Clémence, fatiguée du voyage, demande : « Pourquoi tu nes pas venu plus tôt ? »
Il lui explique que depuis midi, il a passé laspirateur, mis la table et quil a aidé Éloïse à préparer à manger pour sa venue. Éloïse sétait arrangée pour sortir plus tôt du travail et a fait une bonne soupe à loignon et quelques côtelettes de porc.

Clémence reçoit un appel de Paul qui sinquiète pour elle, mais elle le rassure en lui expliquant quelle sest bien débrouillée et quelles sont toutes les deux à table.

Au moment de manger, Éloïse fait le service.
« Tu prends une côtelette ou deux, maman ? »
Clémence, épuisée et affamée, aurait pu en avaler trois, mais elle répond avec prudence :
« Mets-en quelques-unes, on verra bien. »

Éloïse apporte finalement une assiette avec cinq côtelettes pour la table. Voilà à quoi ressemble, ici, un dîner daccueil entre mère et fille Clémence ne peut pas sempêcher de se demander sils ne galèrent pas un peu financièrement, alors elle se dit quelle va les aider.

Pendant le repas, Éloïse demande directement : « Tu repars quand, maman ? »
Clémence le prend mal et lance : « Si je dérange, je peux partir demain matin »

Le lendemain, Clémence passe la journée seule dans lappartement. Le soir venu, chacun reste dans sa chambre. Son petit-fils file chez les voisins, Éloïse sort de son côté. Clémence reste donc seule une bonne partie du séjour.

Peu à peu, elle comprend quon ne compte pas vraiment sur elle ici. À la fin, elle entend son petit-fils demander à sa mère : « Maman, tas parlé à tonton ? On devait aller au match dimanche »
Éloïse répond : « Oui, quand Mamie sera repartie. »

Blessée, Clémence boucle sa valise et part sans faire de bruit. Pas un mot dadieu. Paul, qui sennuyait delle tout ce temps, vient la chercher avec le sourire.

Et tu vois, malgré tout lamour et les efforts quils ont donnés à leurs enfants, Clémence et Paul réalisent maintenant que leurs grands enfants nont plus vraiment besoin deux.

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