— «Je pense que nous sommes des gens modernes.» — Je propose qu’on vive ensemble, mais à condition : les dépenses moitié-moitié, et le quotidien — à toi, parce que tu es une femme… À cet instant, un silence pesant s’est installé… J’étais complètement sidérée…

«On est des gens modernes, non ?» Il me propose quon emménage ensemble, mais à condition : les dépenses à 50/50, et tout ce qui concerne la maison cest pour moi, parce que je suis une femme À ce moment-là, le silence sinstalle. Jétais complètement stupéfaite.

Cela fait six mois que nous sortons ensemble. Cest la période où les petits défauts de lautre deviennent des traits charmants, et où lavenir semble radieux et sans nuages. François me paraissait presque parfait : intelligent, aisé, cultivé, toujours impeccable dans ses costumes. Nos weekends se déroulaient dans des cafés parisiens douillets, on flânait le long de la Seine, on discutait de films, et javais la sensation que nos pensées et nos intérêts saccordaient harmonieusement.

Mais peu à peu, il est devenu évident que nous voyions les choses différemment. Pour moi, une relation devait être un partenariat dégal à égal ; pour lui, cétait surtout une manière daccéder au confort sans trop defforts.

La discussion sur la vie commune arrive un soir dînatoire. Il sert le thé et lance soudain : Tu sais, ça devient fatigant de faire des allers-retours entre nos deux appartements. Deux loyers, cest absurde. Si on emménageait ensemble ? On trouverait un beau deux pièces dans le centre.

Je lui souris, javais déjà esquissé cette idée plusieurs fois. Mais les mots qui suivent me font poser ma tasse et observer plus attentivement cet homme que je pensais connaître.

Mais il faut quon mette les choses au clair dès le départ, poursuit-il, dun ton professionnel, comme une négociation de contrat plutôt que lintimité dun couple. On est modernes. Je trouve que chacun devrait garder son budget, mais les dépenses communes, ça doit être moitié-moitié. Loyer, charges, courses, tout à égalité.

Je hoche la tête. Légalité, cest pour ça que jai voulu ce pas.

Et les tâches ménagères, comment on les répartit ? je demande, attendant quil dise aussi « à égalité ».

François parait un peu gêné, puis avec un sourire charmeur, il rétorque : Là, la nature a déjà tranché. Tu es une femme, tu as le sens du foyer dans le sang. Donc la cuisine, le ménage, la lessive, cest pour toi. Moi, jaiderai de temps en temps : sortir les poubelles ou réparer une étagère, si besoin, mais le gros, cest toi. Tu veux être la maîtresse de maison, non ?

Silence lourd. Je le regarde, cherchant à assembler ce puzzle dans ma tête.

Pourquoi embaucher une aide-ménagère quand on a une « compagne » ?

Je nargumente pas. Je décide de lui parler sur le même ton.

François, jai compris, dis-je calmement. Tu veux une équité financière, cest juste. Tu veux aussi une maison bien tenue : des bons petits plats, des chemises propres, des sols impeccables. Mais moi, comme toi, je travaille à plein temps. Je nai ni lénergie ni lenvie de passer mes soirées à entretenir lappartement.

Il commence à se tendre, mais écoute.

Voilà ce que je propose, poursuis-je. Puisquon partage les frais, faisons les choses intelligemment : engageons une femme de ménage deux fois par semaine pour le ménage, la cuisine, le repassage. On divise les coûts. Ainsi, tout est propre, les repas sont prêts, personne nest submergé. Et lambiance, je la créerai : bougies, rideaux, déco.

Son visage change : dabord surpris, puis contrarié, enfin distant. Je vois quil calcule, et le montant final ne lui convient visiblement pas.

Pourquoi une personne étrangère chez nous ? grimace-t-il. Cest des dépenses inutiles. Tu es une femme, tu ne peux pas préparer un dîner pour ton compagnon ? Cest de lattention, pas du travail.

Dès quil sagit de reconnaître la valeur du travail féminin, tout devient « amour » et « vocation ». Préparer le dîner, cest soi-disant une attention ; par contre, partager les frais du repas, là, cest un marché.

François, dis-je doucement, cuisiner après huit heures de boulot, pendant que tu joues à la console ou regarde une série, ce nest pas de lattention, cest de lexploitation. Si on choisit le budget séparé alors tout est partagé. Soit on répartit vraiment les tâches, soit on fait appel à quelquun et on paie ensemble. Je refuse de payer autant que toi, mais travailler deux fois plus.

Il na rien répondu. Le repas sest poursuivi dans une tension palpable, puis il a dit quil voulait « réfléchir ».

Le lendemain, pas de « Bonjour » habituel. Le soir, un message bref : il rentre tard du boulot. Trois jours plus tard silence total, il ne répond plus ni aux appels ni aux messages.

Une semaine après, des amis communs minforment : « il ta quittée parce que tu es trop matérialiste et pas assez domestique ». Que je ne pense quà largent et que je ne suis pas prête pour la vie de couple.

Au début, ça fait mal. Six mois de relation, des projets, des rêves. Mais ensuite, jai ressenti un immense soulagement.

Son départ fut la meilleure réponse à toutes mes questions. Il ne recherchait pas une compagne, seulement un « nid douillet » sans efforts à fournir.

François a disparu et tant mieux. Jai engagé une femme de ménage pour moi seule. Je rentre dans un appartement propre, je prépare mon thé, et je réalise à quel point cest un bonheur de ne pas servir quelquun qui ne me respecte pas.

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