Je ne te déteste pas
Il na vraiment rien changé, hein
Capucine triturait nerveusement la manche de son manteau, regardant défiler, par la vitre du taxi, les rues familières de son enfance. Les mêmes avenues pavées où elle gambadait autrefois avec Romain, à rire comme une idiote et à refaire le monde. Sept ans Sept longues années sans revenir à la maison.
On est arrivés, lança le chauffeur, coupant court à ses pensées.
Le taxi ralentit devant le porche dun vieil immeuble parisien à cinq étages, où le plâtre avait cédé la place à la brique par endroits. Capucine vérifia, par réflexe, la présence de son téléphone, sortit quelques billets deuros froissés, régla la course et sextirpa de lhabitacle, pieds un peu engourdis. La portière claqua, et elle resta là, deux secondes, à inspirer à fond lair du quartier un mélange de pelouse fraîchement tondue du square voisin, de pain chaud de la petite boulangerie dangle, et ce je-ne-sais-quoi indéfinissable quelle préférait appeler tout simplement : chez elle. Forcément, lodeur du passé ne laissait pas le cœur intact ça piquait un peu, comme un vieux bonbon aigre-doux avalé dun coup.
Elle nétait là que pour quelques jours. Officiellement, elle venait aider sa mère à trier des papiers que tout le monde repoussait depuis mille ans. Officiellement, aussi, elle voulait revoir les lieux sur lesquels elle collait encore ses souvenirs, pour vérifier sils navaient pas bougé. Mais, soyons honnêtes, la vraie raison cachée quelque part, honteusement tassée au fond delle-même cétait Romain. Elle rêvait de le croiser, comme par hasard. Pourquoi ? Ah, mystère ! Peut-être quelle courait après une vie différente, qui sait
Capucine savait très bien quil habitait toujours dans le coin. Elle nespionnait pas, hein jamais elle naurait eu ce toupet ! Mais à travers des amis, ou sur les réseaux, le nom de Romain ressurgissait parfois, lair de rien. Un boulot qui décolle, un petit appart acheté, sa mère quil accueille chez lui. Et à chaque bout de nouvelle, Capucine imaginait son visage, tentait de deviner ses pensées. Mais elle refusait de trop sy attarder par peur dy laisser définitivement son cœur.
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Le lendemain, Capucine erra dans le centre-ville, sans vrai plan. Elle voulait juste retrouver la pulsation quelle avait tant aimée, flâner devant les vitrines, sourire aux souvenirs. Là, un kiosque à journaux où elle achetait ses BD enfant; un banc, complice des discussions interminables après le lycée; plus loin, ce petit café où son premier cappuccino avait terminé éparpillé sur sa nouvelle chemise.
Cest alors quelle laperçut.
Romain, de lautre côté de la rue, marchant lentement, lair songeur, la tête penchée sur une idée qui nappartenait quà lui. Capucine sarrêta net, manqua de rater une respiration tout semblait figé. Il navait pas changé : grand, la démarche un brin nonchalante, la coupe de cheveux inchangée, le manteau bleu marine quil portait déjà à vingt ans. Flûte, même sa manière de lacer ses chaussures était la même !
Sans réfléchir, elle traversa. Le feu virait à lorange, un automobiliste klaxonna sèchement, mais Capucine fonçait, le cœur prêt à exploser.
Romain ! lança-t-elle en latteignant devant une fromagerie.
Sa voix tremblotait, bien plus quelle ne le voulait. Il se retourna et rien. Pas déclat de joie, pas même de colère. Juste le vide.
Capucine ? souffla-t-il, sans chaleur.
Ce ton neutre, plat comme un Paris-Brest surgelé, la gifla plus fort quune beigne Place de la République. Tout ce quelle avait ruminé pendant sept ans séchappa dun coup. Les yeux embués, la voix chevrotante, elle narriva plus à faire barrage.
Romain, chuchota-t-elle, je je ne mérite même pas dêtre là, mais je dois te le dire Je taime. Je taime toujours. Pardonne-moi. Sil te plaît. Pardon !
Elle se mit à déblatérer tout explications, regrets, excuse bidon ou non ce qui voulait sortir sortit. Sept ans à ronger son frein, à s’inventer des scénarios dans sa tête, à réviser son texte et tout se résumait à ces trois mots, balbutiés sans fards.
Capucine le serra, écrasée contre lui, espérant puérilement quun énorme câlin suffirait à remonter le temps. Plus de passants, plus de klaxons, plus rien; juste lillusion dun retour possible.
Un millième de seconde, elle crut saisir une étincelle : il ne lavait pas repoussée de suite, avait hésité, les épaules fléchies, les bras roulant à moitié vers elle Mais la brèche se referma. Dun geste doux mais déterminé, Romain la décolla de lui. Sur son visage, le calme plat dun contrôleur SNCF un mardi matin. Plus rien du garçon qui riait aux éclats avec elle dans le square. Il était devenu un adulte, verrouillé à triple tour.
Fiche-moi le camp, souffla-t-il à son oreille.
Un murmure glacial, désintéressé, comme si elle pesait moins quune baguette rassie.
Je te hais, ajouta-t-il après un battement, le regard soudain empli dun mépris sans nuance.
Il tourna les talons, séloignant sans même un regard en arrière. Capucine resta plantée là, hébétée. Le monde continuait sa course : gens pressés, voitures énervées, mômes qui braillent Quelques quidams la dévisageaient, se demandant ce que fichait cette nana, figée-là, lair vide et livide. Capucine nentendait rien.
Juste ses propres sanglots et la rumeur des pas de Romain qui seffaçaient au loin. Chaque seconde devenait une éternité. Dans sa tête, un refrain qui cognait : Cest fini. Pour toujours.
Elle marcha, hagarde, jusque chez sa mère. Les jambes molles, le cerveau en grève. Une fois dans lappartement, elle ne chercha aucune excuse, aucun mensonge rassurant. Elle sassit, las, et contempla la fenêtre. Sa mère, en la découvrant en pleurs, ne posa aucune question à croire quelle avait pressenti ce dénouement depuis des lustres. Elle mit la bouilloire, le cliquetis familier du thé et lodeur sublime des feuilles infusées, tout cela paraissait grotesquement banal, contrastant violemment avec le magma brûlant en elle.
Il ne ma pas pardonnée, murmura Capucine, serrant sa tasse brûlante comme une bouée.
Sa mère se posa, posa une main sur son épaule, geste vieux comme le monde. Celui du pansement invisible sur un bobo ou une amitié envolée. Soudain, Capucine retrouva la sensation dêtre une gamine paumée, toutes ses grandes décisions réduites à néant.
Tu le savais, que ça tournerait comme ça, dit sa mère, douce et fataliste à la fois.
Je savais, admit Capucine, la voix brisée mais lucide. Mais jespérais. Cest idiot, non ?
Pas idiot, répondit sa mère. Mais tu as fait ton choix. Tu las blessé, Capucine. Il a mis du temps à sen relever Il est devenu le Kai du conte, tu sais, celui qui a le cœur gelé. Plus rien ne latteignait.
Capucine soupira, reposa sa tasse, sappuya au dossier. Les images dil y a sept ans refirent surface malgré elle.
A lépoque, tout semblait limpide, léger. Vingt-deux ans et la vie croquée à pleines dents, le monde à portée denvie. Avec Romain, elle avait trouvé un roc. Pas du genre à déballer des poèmes ou offrir des roses tous les lundis, mais fiable, gentil, toujours là. Pas besoin de longs discours : son soutien était un fait, pas une promesse.
Mais il y avait cette fichue question que Capucine croyait alors majeure. Romain bossait sur les chantiers, suivait des études du soir, rêvait douvrir sa boîte. Cétait sérieux, réfléchi, mais pour elle, cétait trop lent, trop incertain. Elle, elle voulait de la stabilité, pas des lendemains qui chantent et un frigo vide. Or, à côté de Romain, tout paraissait flou : emplois précaires, rêves en stand-by, orage dhypothèses.
Alors, quand son oncle celui qui habitait Lyon, pas Paris (on fait ça à la lyonnaise parfois) lui proposa une place dans son entreprise, elle sauta dans le TGV sans hésiter. Une chance comme ça, ça ne se refuse pas, pas vrai ?
Et puis il y avait bien autre chose que Capucine préférait occulter. Dans ce nouveau monde, apparut Pierre, un entrepreneur mi-quarantaine, pas franchement mannequin mais charismatique as du réseau. Rencontre à un cocktail dentreprise, compliments, regards appuyés, puis boucles de cadeaux inattendus. Pas des bouquets vulgaires, non, mais un livre rare, un foulard Hermès sorti de nulle part. Restos, expositions, petits cadeaux raffinés lhomme savait y faire. Et surtout, Pierre lui racontait sans cesse quelle méritait mieux. Il lui murmurait la belle vie, la facilité, la certitude.
Au début, Capucine jouait la prude : Pas besoin, cest trop, gardez donc vos robes de grands couturiers ! Mais Pierre insistait, rassurant, et elle finit par se plier au jeu. Son nouvel univers était fait de petits plats dans les grands, de taxis confortables, de virées shopping au Printemps. Tout cela lenivrait, loin de ses années galériennes. Avec Pierre, zéro tracas, zéro imprévu : tout roulait, tout était chic.
Tellement chic, que Capucine en oublia Romain. Elle sen étonna même : comment avait-elle pu se contenter de compromis, quand il existait des hommes qui offraient le monde sur un plateau ?
Un jour, elle fit un crochet à Paris. Beaucoup moins pour revoir Romain que pour exhiber sa nouvelle vie, soyons honnête. Que ce provincial voie bien ce dont elle avait toujours rêvé, tout ce dont il la privait ! Rendez-vous fut pris dans le café huppé du boulevard où Romain venait parfois soffrir un expresso. Robe griffée, sac dernier cri, bague offerte par Pierre à lannulaire. Tout était peaufiné.
Dès larrivée de Romain, Capucine sinstalla à la table la plus visible, sesclaffant avec ostentation sur les blagues de son accompagnateur. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle tint bon, le toisant comme si de rien nétait. Dans ses yeux à lui, elle lut une tempête : douleur, incompréhension Mais elle ne céda pas, persuadée de triompher.
Pourtant, en quittant le café, Romain laissa derrière lui un vide oppressant. Capucine fixa ses bijoux, son verre, son compagnon du jour, et sentit monter en elle une étrange lassitude, un vertige dinutilité. Et là, une question sourde : Mais quest-ce que tu fais là, Capucine ?
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La victoire, en vrai, avait le goût du marc de café bien amer et pas raffiné du tout. Assez vite, Pierre cessa de jouer les gentlemen. Les invitations sespacèrent, puis furent remplacées par des Prends-toi un truc, cest moi qui régale, jarrive pas avant minuit. Dun cadeau imprévu, Capucine en passa bientôt à la liste de courses et aux reproches : Tu pourrais faire plus defforts côté look, non ?, Parle moins fort chez mes amis, cest gênant, Tes copines de province, tu ne penses pas que tu pourrais ten passer ?
Il disparut de plus en plus souvent, la laissant seule dans un appartement loué en plein Marais, à errer entre les vêtements qui navaient plus détiquette à retirer. Capucine passait ses soirées à fixer la pendule ou à réorganiser ses étagères. Elle se mentait Il est stressé, le business, tu comprends ça va passer Mais elle savait quil était simplement passé à autre chose quelle nétait quune étoile filante de plus dans son ciel dhomme pressé.
Elle encaissait. Comme si elle ne voulait pas se réveiller du cauchemar. Admettre que Pierre nétait quun mirage, cétait admettre, surtout, quelle avait flingué la seule histoire sincère de sa vie. Que Romain, avec ses mains râpeuses de bâtisseur, sa patience et son humour un peu sec, était peut-être la bonne personne, celle qui préférait partager un croissant que parader à lOpéra.
Petit à petit, les symboles du confort la blasèrent. Ces fameux accessoires de luxe lui semblaient désormais appartenir à quelquun dautre. Les vitrines du Faubourg la déprimaient. Les restaurants chics lagaçaient. Même le parfum précieux de Pierre la révulsait.
Souvent, elle fixait les passants, depuis son balcon, et se surprenait à murmurer : Et si Mais elle se coupait vite, refusant daller plus loin dans linconnu ouvert, celui où on se demande : Et maintenant ?
Les soirées solitaires révélaient cruellement la vacuité de cette vie idéale. Certes, elle avait la sécurité, largent, la routine. Mais sans amour non, sans Romain , tout ça sonnait faux, creux, absurde.
Elle repensait à tout ce quil y avait de simple et de vrai chez lui : ses mains, sa voix, son regard quand il croyait en eux deux, sans fanfaronnade. Bref, tout ce qui pouvait manquer lorsquon a tout, justement, sauf lessentiel.
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Au troisième jour dans son quartier natal, Capucine décida daller faire un tour au parc de son enfance. Toujours la même allée de platanes, le même vieux banc de pierre où, gamine, elle simaginait déjà romancière ou astronaute. Elle se rappela la fois où Romain, fixant les feuilles mortes, lâcha : Un jour, on aura notre chez-nous, lumineux, simple, mais heureux À lépoque, elle avait ricané Et maintenant, cette phrase résonnait avec une brutalité nouvelle.
Au milieu de ses pensées, une voix connue retentit :
Capucine ?
Elle sursauta. Cétait Antoine le vieux complice à eux deux. Il avait vieilli, mais retrouvait vite son sourire bon enfant.
Tes de passage ? lança-t-il gentiment. Comment tu vas ?
Capucine hésita répondre avec légèreté, ce nétait pas pour aujourdhui. Elle sefforça de sourire :
Ça va, oui. Je viens voir maman quelques jours.
Antoine haussa les sourcils mais ne poussa pas il savait quil navait pas affaire à une grande bavarde en ce moment. Il proposa une pause sur le banc, et ils sy installèrent. Il raconta ses dernières galères de boulot, les petites anecdotes de la ville, tentant dalléger lambiance. Capucine lécoutait, mais lesprit ailleurs, en train de se demander par quel miracle elle sétait retrouvée face à lun des seuls témoins de “lépoque davant”.
Puis, tout doucement, Antoine amena la question logique :
Tu as vu Romain, alors ?
Capucine baissa les yeux. Limage de la veille, dans la rue, la bouscula à nouveau. Elle souffla, la gorge serrée :
Oui. Hier.
Et alors ? fit Antoine, mi-curieux, mi-inquiet.
Il il ne veut plus me voir. Il me déteste.
Antoine soupira, posa ses coudes sur les genoux et contempla les plates-bandes. Long silence, puis :
Tu sais, il a morflé. Tes partie sans prévenir, sans appel, rien. Pour lui ça a été comme une gifle.
Capucine sentit ses ongles creuser sa paume. Elle savait tout cela, bien sûr, mais le réentendre, cétait comme revivre sa propre autopsie sentimentale.
Je sais, murmura-t-elle. Je suis fautive.
Antoine ne lui fit pas la morale. Au contraire, il poursuivit, zen :
Il a essayé doublier. A rencontré du monde, rien ne prenait. Personne na réussi à raviver quoi que ce soit chez lui. Ton retour en fanfare comment te dire jai cru quil allait se briser pour de bon.
Capucine fermenta ce constat. Elle mesura le désastre, devina toute la solitude de Romain. Elle aurait voulu réparer, mais à ce stade, les dégâts étaient irréparables.
Je ne veux pas quil me pardonne, chuchota-t-elle, la voix tremblante. Je voudrais juste quil sache que je le regrette. Vraiment. Que je regrette chaque choix débile et chaque jour sans lui.
Antoine la scruta attentivement.
Il na peut-être pas besoin que tu lui dises tout ça. Laisse-le, Capucine. Il avait mis du temps à sen remettre. Hier, il ma appelé, complètement démonté. Vraiment, laisse-le derrière. Tu veux bien ?
Capucine ravala ses larmes. Elle comprenait que son retour napporterait que plus de souffrance et quon n’apaise pas le passé avec de belles paroles.
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Le soir, Capucine sassit devant la fenêtre maternelle, contemplant les lampadaires qui sallumaient, la grand-rue qui sembrasait de couleurs. Mais cette beauté lui paraissait bien fade, comparée au désordre fou dans sa tête.
Dans ses songes, elle repassait une vie alternative : la première location avec Romain, les galères, le lancement de son entreprise, les disputes ridicules pour des broutilles, la promesse des jours qui senchaînent et où chaque victoire compte. Elle mesurait tout ce quelle avait laissé filer pour un confort illusoire. Elle naurait jamais ce retour en arrière, elle le savait à présent avec effroi.
Le lendemain, Capucine quitta Paris intramuros. Elle rangea ses affaires avec soin, presque à regret. Sa mère surveillait la scène, lourd silence et tristesse contenue.
Prends soin de toi, lâcha-t-elle en refermant la porte.
Capucine embrassa sa mère, sattarda une dernière fois dans lentrée qui sentait la lessive et la confiture maison, puis descendit.
À la gare, elle acheta un billet pour Lyon elle avait besoin de réfléchir. Quelques heures en TGV anonyme, personne pour la juger ni la consoler peut-être que ça aiderait à tracer la suite.
Assise près de la fenêtre, Capucine suivit le bal des plaines et des toits. Les visages pressés, les vélos filant au marché, les vieilles dames traînant leurs cabas. Déjà, Paris, et tout ce monde, semblaient séloigner à jamais.
Quelque part dans ces rues, un homme quelle aimait plus que tout, dont elle avait, par maladresse ou peur, ruiné lamour. Un homme qui avait été toute son histoire et quelle ne reverrait plus.
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Six mois passèrent. Capucine avait retrouvé sa routine à Lyon : boulot, cafés entre amis, conversations sans enjeux. De lextérieur, la même fille que toujours, un peu absente parfois, mais personne ne posait trop de questions. En dedans, plus rien nétait pareil. Elle avait arrêté de fuir le passé sous les achats compulsifs ou les sorties sans lendemain. Elle regardait sa propre histoire en face avec douleur, mais aussi acceptation.
Désormais, chaque matin, elle se disait : Cest fait. Cétait une erreur, mais on nefface pas. Et cétait déjà ça de gagné.
Un soir, en préparant des tagliatelles, son portable vibra. Numéro inconnu. Un SMS, une phrase : Je ne te déteste pas. Mais je ne peux pas te pardonner non plus.
Capucine sarrêta net. Le cœur suspendu. Elle sassit sur le carrelage, serrant son téléphone comme si elle en cherchait la chaleur dune étreinte à travers la coque.
Que voulait-il dire ? Une main tendue, un adieu définitif ? Mystère.
Mais pour la première fois, Capucine ressentit un fil. Minuscule, fragile, mais bien là. Quelquun, là-bas, pensait à elle. Quelquun, malgré la douleur, avait voulu écrire, ne pas tout enterrer.
Elle sourit dans ses larmes, une esquisse despoir vrai. Peut-être quun jour ils se reparleraient, posément, sans drame, sans excuses. Peut-être pourraient-ils avancer ensemble, ailleurs, ou chacun de leur côté, mais au moins, avec la paix.
Pour linstant, il suffisait de savoir quil lui restait une place, même infime, dans la vie de Romain. Cétait tout ce qui comptait aujourdhui.