Parfois, le prix de la guérison ne se compte pas en euros. Je vais te raconter une histoire incroyable qui sest passée dans un minuscule village perdu dans les montagnes françaises, où il ny a pas de route pour y accéder, juste des petits sentiers escarpés que seuls les habitants connaissent. Là-bas vit un garçon dont tout le monde parle dans la région. On raconte quil peut remettre debout nimporte qui… mais ses conditions font même trembler les milliardaires.
Alors, écoute…
Un matin, devant une vieille masure à moitié écroulée, tu aurais vu un fauteuil roulant dernier cri, quelque chose quon ne voit que dans les cliniques les plus chics de Paris. Assise dedans, une femme, la soixantaine, élégante jusquau bout des ongles, un tailleur Dior qui coûte sûrement plus cher que la maison devant laquelle elle attend. Dans sa main, une grosse enveloppe bourrée de billets de cinq cents euros. Elle avait lair à bout colère, désespoir tout sentremêlait dans son regard alors quelle tendait lenveloppe au gamin, assis tranquillement sur le perron.
Prends ! Voilà cinquante mille euros, dit-elle à voix basse entre ses dents serrées. Redonne-moi lusage de mes jambes, je ten supplie.
Mais le garçon à la tignasse châtain na même pas jeté un œil à largent. Son regard passait au-dessus de la femme, droit sur le jardin où sa mère, toute courbée, essayait tant bien que mal de porter une énorme brassée de bûches. Doucement mais fermement, il a repoussé la main de la bourgeoise.
Mon don, on ne lachète pas avec du papier, a-t-il répondu tranquillement. Je ne troque quavec la sueur.
La dame a failli sétouffer de rage.
Tu te fiches de moi ? Jai les jambes en compote, ça fait trois ans que je ne marche plus, hurle-t-elle. Comment veux-tu que je fasse quoi que ce soit ?
Le garçon sest penché vers elle, tout proche. Dans ses yeux, on aurait dit quil lisait au fond de son âme : il voyait tout, sa cupidité, son égoïsme, tous les arrangements quelle avait faits au cours de sa vie pour arriver là où elle était.
Alors, tu ramperas, jusquà ce que tu comprennes, murmura-t-il.
Et là, il a claqué des doigts. Dun coup, la femme a blêmi, horrifiée. Sa jambe inerte sest mise à bouger toute seule et a violemment frappé la roue du fauteuil. La machine a basculé, la catapultant dans la boue, en jupe de soie et collants à cinq cents euros !
Allongée dans la gadoue, trempée dhumiliation, la femme a cherché de laide auprès du garçon. Mais il est resté impassible et a simplement désigné une bûche tombée des bras de sa mère.
Tu veux remarcher ? Alors aide ma mère à porter le bois jusquà la maison, a-t-il lâché sèchement.
Cest impossible ! Je ny arriverai jamais ! a-t-elle sangloté.
Mais chaque fois quelle voulait abandonner, une crampe atroce dans les jambes la forçait à avancer. Plus le choix. Elle sest agrippée à la terre froide, a rampé, sest coupée, salissant son joli tailleur, ruinant ses gants en agneau. Heure après heure, en larmes, en sueur, elle a transporté cette foutue bûche. Le tissu déchiré, les ongles noirs de terre, les mains en sang.
Quand enfin, au crépuscule, la dernière bûche était rangée au pied du vieux poêle, le garçon est revenu vers elle. La femme, épuisée, respirait à peine, allongée sur le plancher. Tout ce qui restait de sa rancœur, cétait une grande fatigue et peut-être, va savoir, un petit soulagement étrange.
Lève-toi, a dit doucement le garçon.
Je ny arrive plus, a-t-elle murmuré.
Tu viens de faire le plus difficile. Tu as oublié qui tu étais pour te rappeler ce que cest que le travail, a-t-il ajouté calmement.
Il lui a tendu la main. Elle sy est accrochée et, soudain, miracle… Elle a senti une vraie force dans ses jambes. Tremblante puis de plus en plus assurée, elle sest redressée. Pour la première fois depuis trois ans, elle tenait debout sur ses deux jambes.
Elle a regardé lenveloppe pleine de billets, gisant là dans la poussière désormais, tout ça ne valait plus rien à ses yeux.
Tes jambes nobéissent quà ceux qui respectent la terre, a dit le garçon avant de rentrer chez lui. Vas-y maintenant. Et noublie jamais quon ne sachète pas une nouvelle vie avec de largent.
La femme a fait ses premiers pas sur le sentier escarpé. Elle avançait lentement, sentant chaque pierre, chaque bout de chemin sous ses pieds… et pour la première fois, elle était vraiment riche.