«Je ne mange pas de restes, il faut cuisiner tous les jours.» Mon compagnon de 48 ans ma sorti la liste des 5 «devoirs féminins». Voilà ce que jai fait
Quand Philippe a ouvert le frigo un matin de samedi, a sorti le tupperware de ma ratatouille de la veille et a lancé : « Claire, tu sais bien que je ne mange pas ce qui a été préparé la veille. Fais-moi quelque chose de frais, sil te plaît ? » je me trouvais devant la gazinière, une tasse de café à la main, et je le regardais comme sil venait dune autre planète. Pas parce quil réclamait à manger cela arrive mais à cause du ton employé. Il ne demandait pas, il exigeait, comme sil allait de soi que la femme de la maison doive cuisiner à la moindre demande, et comme si servir un plat datant de la veille était une offense à son confort.
Jai quarante-cinq ans. Je suis indépendante, avec un travail, mon propre appartement, une vie que jai construite patiemment après mon divorce. Jai invité Philippe à emménager avec moi il y a un mois, non pas pour avoir quelquun à mon service, mais parce que je croyais partager ma vie avec un homme adulte et équilibré. Finalement, il semblerait que jaie mal compris le mot « adulte ».
Il avait lair normal… tant quil ne vivait pas chez moi.
On sest rencontrés de façon classique via une application de rencontres. Philippe, quarante-huit ans, divorcé, conducteur-livreur, vivait dans un petit studio en périphérie de Lyon. Il était poli en messages, courtois lors des rendez-vous. Il mapportait parfois des fleurs, lançait des blagues, ne me posait jamais de questions indiscrètes sur mon salaire et ne se vantait pas de ses propres exploits.
On est sortis ensemble trois mois, tout roulait. Rien d’anormal, aucune alerte. Il venait le week-end, on cuisinait ensemble, regardait des films, se promenait. Il maidait à débarrasser la table, proposait daller à Monoprix, me faisait des compliments. Je croyais : voilà un homme sain desprit, posé.
Et puis, il ma confié quil en avait marre de payer un loyer et que « ce serait logique de venir chez toi, puisquon passe tout notre temps ensemble ». Jai dit oui, pensant quon était adultes et quil valait mieux vivre ensemble.
La première semaine, tout sest bien passé. Il rangeait derrière lui, préparait parfois le dîner, ne laissait pas traîner ses affaires partout. Mais dès la deuxième semaine, jai commencé à remarquer des détails. Jai essayé de les ignorer au début.
Mais ces « détails » nen étaient pas.
Il ne rangeait plus sa tasse de thé du matin. Quand je lui ai demandé pourquoi il ne la lavait pas, il a répondu : « Tu fais la vaisselle le soir, pourquoi tembêter à deux reprises ? ». Les chaussettes sales près du canapé ont fait leur apparition. Je lui ai demandé de les mettre dans le panier à linge, il a ri : « Claire, cest un détail, ne prends pas ça au sérieux ».
De jour en jour, il a commencé à me réclamer davantage de choses : « Claire, tu peux me passer la télécommande ? », « Claire, un verre deau, sil te plaît », « Claire, tu sais où est mon chargeur ? ». Pourtant, je travaillais à domicile et il ne rentrait que le soir. Rapidement, jai eu la sensation dêtre la gouvernante de mon propre appartement plutôt que sa compagne.
Et puis il y eut ce matin-là avec la ratatouille. Et le soir qui a suivi, où il ma présenté une « liste ».
Le dimanche soir, Philippe sest installé en face de moi sur le canapé, téléphone en main, lair grave :
Claire, il faudrait quon mette les choses au clair sur la vie quotidienne, pour éviter tout malentendu. Jai établi un petit liste, histoire de répartir ça de façon logique.
Je me suis crispée. Je pensais quil proposait de discuter du partage des tâches, que chacun dise ce qui lui convient.
Il a ouvert ses notes et commencé sa lecture
Premier point : « La cuisine. La femme doit préparer tous les jours des plats variés. Je ne mange pas de restes, donc il faut du frais tous les jours. » Je lai fixé, surprise, et il poursuivit sans relever mon regard.
Second point : « Le linge et le repassage. Ça, cest vraiment le domaine des femmes. Mes chemises doivent être prêtes pour lundi matin. » Je sentais monter colère et incompréhension.
Troisième point : « Le ménage. Un bon coup de serpillière chaque semaine, la poussière régulièrement. Je bosse toute la journée, pas le temps. » Son ton était aussi neutre que sil lisait un règlement intérieur.
Quatrième point : « Lintimité. Au moins deux fois par semaine, cest important pour léquilibre du couple.» Je serrai les poings, il continuait à scroller sur son écran sans me regarder.
Cinquième point : « Largent. Les charges sont partagées, mais les courses, cest pour toi puisque tu cuisines plus souvent. Je prends en charge mes dépenses personnelles. » Satisfait de lui, il conclut en souriant : « Pas mal réparti, non ? »
Je suis restée silencieuse quelques secondes, puis jai demandé calmement : « Philippe, et tes responsabilités à toi dans tout ça ? » Il a levé les yeux, surpris : « Bah, je ramène de largent à la maison, non ? Cest déjà une contribution. » « Je travaille aussi, à la maison certes, mais je gagne au moins autant que toi. » « Oui mais toi tes au chaud, devant ton écran, moi je parcours Lyon toute la journée, cest pas pareil. »
Je me suis levée : « Philippe, tu veux que je sois ta bonne à tout faire, gratuitement ? » Il sest braqué : « Une bonne ? Mais non, cest juste une organisation normale, dans un couple. Lhomme travaille, la femme gère la maison, ça a toujours été comme ça. » « Oui, dans les années cinquante. Aujourdhui, on est au vingt-et-unième siècle. » Il a soupiré, comme à un enfant : « Claire, nous les hommes, on est faits pour bosser, pas pour soccuper du quotidien. On est des chasseurs, des pourvoyeurs. La femme veille au foyer.»
Cette nuit-là, je nai pas fermé lœil. Jécoutais Philippe, tranquille, qui ronflait à côté, comme si de rien nétait, comme si cette liste et la place quil me destinait allaient de soi.
À cinq heures du matin, jai pris ma décision. Jai rassemblé ses affaires dans deux sacs, déposé près de la porte, et écrit un mot : « Philippe, jai lu ta liste. Voici la mienne :
1) Trouve une autre gardienne du foyer.
2) Tes affaires sont près de la porte.
3) Laisse tes clés dans la boîte à lettres.
4) Ne mappelle plus. Bonne chance pour trouver une gouvernante bénévole pour la paix du couple. » Je suis partie avant son réveil, jai retrouvé mon amie Édith, on a bu un café, je lui ai tout raconté. Elle a juste secoué la tête : « Claire, heureusement que tu as vu ça à temps. Imagine après un an »
Trois heures plus tard, Philippe ma écrit : « Tu fais tout ce cinéma pour rien ? Je pensais que tu étais une femme mature. » Je nai pas répondu, blocage immédiat.
Quy a-t-il vraiment derrière ces listes ?
Deux mois ont passé. Jai beaucoup réfléchi et compris : premièrement, Philippe cherchait une assistante, pas une partenaire une femme pour cuisiner, laver, ranger, être disponible à lemploi du temps et nexiger aucune contrepartie. Deuxièmement, pour lui cétait la norme : une femme de plus de quarante ans, ce nest plus une personne avec des limites, mais quelquun qui doit être reconnaissante pour la moindre attention, et remplir tous les rôles domestiques. Troisièmement, il y a plus de « Philippe » quon ne le pense, des hommes en apparence équilibrés qui, une fois installés, imposent progressivement leurs exigences.
La chose la plus importante que jai comprise : il vaut mieux être seule et libre que dêtre deux et de finir domestique. Jai quarante-cinq ans, jai gagné le droit de vivre selon mes règles. Sans listes, sans tâches réservées « aux femmes », sans compagnon qui ne voit en moi quune fonction.
Si cela signifie être seule, ainsi soit-il. La solitude vaut mieux que la compagnie de quelquun qui vous prend pour une employée de maison.
Et vous ? Vous seriez-vous enfuie après une telle liste ou auriez-vous tenté le compromis ? Pourquoi certains hommes, passés quarante-cinq ans, cherchent-ils une gouvernante au lieu dune alliée ? Avez-vous déjà découvert de telles exigences après lemménagement ?