Je vais te raconter une histoire, tu sais, comme celles quon se confie tard le soir, avec un thé chaud. Cest lhistoire de deux femmes à Paris, Valérie et Claire.
Ce soir-là, Claire monte jusquau quatrième étage dun immeuble ancien du Marais. Elle se tient devant la porte, hésite, puis sonne. La porte souvre à peine, juste assez pour laisser voir le visage fermé de Valérie, un air décidé, comme si elle protégeait non seulement son appartement, mais sa vie entière.
Quest-ce qui tamène, Claire ?
Claire baisse les yeux, regarde le vieux paillasson. Il était bleu avec un liseré blanc, acheté il y a dix ans par Valérie aux Puces de Saint-Ouen, elle sen souvient bien. Il est tout élimé maintenant, mais il tient encore bon.
Bonsoir, Valérie, dit-elle doucement.
Jai demandé pourquoi tu es venue.
Le silence pèse un long moment. Claire fixe la poignée. Finalement, Valérie sécarte sans dire un mot et part vers la cuisine. On pourrait voir ça comme une invitation.
Claire referme la porte derrière elle. Lodeur du couloir est la même quautrefois, mais il manque quelque chose. Avant, il y avait toujours un parfum de pipe sèche, celle de Gérard, le manteau de Gérard était toujours pendu là à gauche. Maintenant, il ny a plus que la vieille robe de chambre grise et un bonnet tricoté.
Dans la cuisine, Valérie sactive autour de la bouilloire, plus pour occuper ses mains quavec lintention réelle doffrir le thé.
Jai vu de la lumière, explique Claire. Je passais dans le quartier.
Il est dix heures passées.
Mon bus a pris du retard. Jai attendu à Bastille.
Valérie pose bruyamment la bouilloire. Elle se retourne. Son regard est dur, celui quon réserve aux gens en qui on na plus confiance, même si on ne les a pas tout à fait rayés de sa vie.
Tu enlèves ton manteau, alors déjà que tes entrée.
Claire retire son manteau, hésite un instant, puis le suspend à droite au lieu de la gauche, machinalement.
Elles sassoient face à face. Valérie verse le thé, sans rien demander. Elle pose une tasse devant Claire, lance le sucre sans la regarder. Ce sont des gestes automatiques, des gestes dhospitalité appris, impossibles à effacer même quand la tête voudrait faire autrement.
Comment tu vas ? murmure Claire.
Comme dhabitude, répond Valérie, les mains autour de la tasse.
Claire observe ces mains, marquées par le temps et la fatigue. Elles ne vont pas « comme dhabitude ». Elles crispent la tasse si fort que le mot « bien » sonne faux.
Je voulais te parler, dit Claire.
De quoi donc ?
De plein de choses.
Des papiers, tu veux dire ?
Claire hésite.
Pas seulement.
Valérie boit une gorgée, repose sa tasse. Un petit choc sec sur la table, mais qui dit beaucoup.
Les papiers, tu vois avec le notaire. Moi jai plus rien à dire.
Je sais.
Alors pourquoi revenir dessus.
Pas de vraie question dans sa voix. Claire boit une gorgée trop chaude, la repose aussitôt.
Dehors, il pleut une de ces pluies fines, entre automne et grisaille parisienne, où le lampadaire du coin tremble et projette son ombre sur le rebord de la fenêtre en cadence.
Claire connaît la cuisine par cœur. Elle sait que dans le tiroir de gauche, il y a des vieilles piles et des élastiques quon garde « au cas où », que sous lévier, le seau narrive que quand ça goutte, et que la canalisation fuit chaque automne. Elle sait que derrière le frigo, cest là quune pièce de deux euros a roulé un jour, que Gérard et elle avaient passé un quart dheure à la chercher, en riant.
Et ça lui revient tout dun coup. Gérard. Trois mois.
Jai apporté une confiture, commence-t-elle. À la mirabelle, maison. Jai posé le pot à lentrée, au cas où.
Valérie jette un regard, puis hoche la tête.
Je lai vue.
Cest ta préférée.
Ça létait. Ça lest.
Laveu a une justesse triste, comme si Valérie ne savait plus trop dans quel temps elle vit.
Claire comprend. Elle aussi, parfois elle parle de Gérard comme sil était encore là, puis la phrase sarrête, et le silence tombe.
Tu devais partir à Tours, chez ta sœur Édith, non ?
Cétait prévu. Pas fait.
Pourquoi tu retardes ?
Valérie lève vaguement les bras.
Les choses
Claire la regarde. Ces « choses » nexistent pas. Elles savent toutes les deux que cest lappartement quon narrive pas à quitter. Et la peur de revenir dans un vide. Ou pire, que la pitié dÉdith, ce serait encore plus dur.
Valérie, souffle Claire, sa voix un peu différente, plus douce. Je ne suis pas venue pour les papiers. Promis.
Promis, répète Valérie. Mais on sent bien quelle hésite à y croire.
Je sais que tu men veux.
Je ten veux pas.
Daccord.
Ce que je ne comprends pas Et là, sa voix vibre, malgré elle. Toi tu avances. Ça fait six mois. Mais moi, je reste ici.
Claire ne répond rien. Pas de « tu te trompes », pas de protestation. Juste le silence.
Je tai vue, tu sais, continue Valérie. Cest Lise, la voisine, qui ma prévenue. En août, sur la terrasse du Café des Arts, tu riais avec quelquun.
Un collègue, on bossait sur un projet ensemble.
Un collègue
Oui.
Valérie se lève, va regarder la pluie derrière la fenêtre.
Tu sais, Gérard taimait profondément. Peut-être même plus que tu le penses.
Je sais.
Pas sûre.
Claire serre sa tasse. À lintérieur, un élan, comme une ombre du lampadaire. Elle se retient de dire quelque chose quelle regretterait.
Tes pas une mauvaise femme, tu sais. Jdis pas ça. Tes jeune, quarante-deux ans, tas ta vie. Moi, jai soixante-huit ans, et je navais quun fils.
Je sais.
Il nest plus là. Et toi tu viens avec de la confiture.
Cest net, presque cruel. Mais il y a dans cette justesse quelque chose qui serre le cœur. Claire ressent une forme de gratitude pour cette précision, même si cest bizarre à dire.
Je ne sais pas faire autrement Sans mots. Faut venir, parler, faire quelque chose. Avec la confiture, cest déjà moins dur que les mains vides.
Valérie se retourne, lobserve.
Tas pleuré avant dentrer ?
Un peu.
Sur le palier ?
Oui.
Valérie a un micro sourire, minuscule. Elle retourne sasseoir.
On est bien bêtes, toutes les deux.
Et pour la première fois du soir, il ny a pas de double sens.
Un silence. La pluie tape plus fort maintenant, vraiment.
Raconte-moi. Le testament. Ce qui ta blessée. Pas par lavocat. Toi.
Valérie la regarde, mi-surprise, comme si elle ne sattendait pas à quon lui demande sa vérité.
Lappart, commence-t-elle. Cest celui de Gérard, celui que jai acheté avec Paul mon mari. On a mis huit ans à épargner. Gérard était si jeune, on voulait quil ait son toit. Il y a vécu, tu y as vécu Je te reproche rien. Mais cest SON appart. Et aujourdhui, sur le papier
Sur le papier, il me revient, murmure Claire.
Vous étiez pas mariés.
On a vécu ensemble six ans.
Oui, mais pour moi Il aurait voulu que jy aie ma place. Il naurait pas voulu que je sois seulement spectatrice.
Cest lui qui a pris cette décision, Valérie. Il a tout écrit lui-même.
Je sais. Peut-être quil a eu raison, va savoir. Jétais très en colère, au début. Maintenant, cest juste de lincompréhension.
Quest-ce que tu ne comprends pas ?
Pourquoi tu gardes lappart. Tas dit à la fille de Lise que cétait trop grand pour toi. Pourquoi tu restes ?
Claire baisse les yeux.
Je lai dit en juillet, jétais pas bien du tout. Je ne sais pas encore ce que je vais faire.
Si jamais tu vends commence Valérie.
Jai pas prévu de vendre.
Mais imaginons. Tu me préviendrais, avant ? Pas des inconnus, moi.
Et là, Claire comprend enfin : le vrai souci, ce nest ni les murs, ni largent, cest la peur dêtre tenue à lécart du peu qui reste de son fils, que le lien soit brisé. Cest le droit de savoir, davoir encore un fil par cette femme qui vivait avec Gérard.
Tu seras la première à savoir. Je te le promets.
Valérie hoche la tête. Puis va se resservir du thé.
Tu as mangé aujourdhui ?
Ce matin.
Sérieux Bon, jai fait une soupe. Vermicelle. Ten veux ?
Volontiers.
Pendant que Valérie fait chauffer la soupe, Claire la regarde de dos et pense quen dautres circonstances, si la vie avait tourné autrement, elles auraient pu être proches, partir ensemble à la campagne, fêter Noël en famille, sappeler pour rien. Ou peut-être pas. Peut-être seraient-elles restées maladroites, différentes Pas assez proches pour être amies, pas assez étrangères pour signorer.
La soupe est simple, avec carottes, oignons, vermicelles et un brin de persil, rien pour impressionner un invité, juste pour nourrir.
Cest bon, dit Claire.
Ten fais pas trop.
Si, vraiment.
Valérie mange en silence, puis lâche, tête baissée :
Tu sais quil te cherchait à lhôpital ?
Claire lève la tête.
Pardon ?
En avril, tu étais partie en déplacement. Il y a eu ses examens, jy allais tous les jours, il me demandait toujours: « Claire rentre quand ? ». Je lui disais je sais pas. Il disait : « Aujourdhui. Ou demain. » Puis « après-demain ».
Claire repose sa cuillère.
Je suis rentrée dès que jai su.
Je sais. Ce nest pas un reproche. Cest juste pour que tu saches.
Pourquoi tu me dis ça ?
Je ne sais pas. Pour que quelquun dautre le sache que moi seule.
Claire reste là, la bouche sèche, alors que sa tasse est pleine.
Il ne disait jamais quil avait peur, murmure-t-elle.
Il naimait pas quon le plaigne.
Voilà. Je croyais bien faire.
Peut-être. Ou pas. Va savoir.
Les mots restent en suspens.
En silence, elles débarrassent la table ensemble. Valérie lave, Claire essuie, et ce geste si banal donne presque lillusion que tout pourrait continuer, sinon normalement, du moins pacifiquement.
Après, elles reviennent à la table. Valérie sort des petits biscuits, pas ceux quon sort aux fêtes, lassortiment de fond de placard, du Carrefour en bas.
Lise me dit daller à un atelier loisir à la MJC. Elles font de laquarelle entre retraitées, le jeudi.
Et ça te dit?
Je sais pas, je trouve ça bête.
Pourquoi ?
À mon âge.
Justement, à ton âge cest le moment.
Valérie la regarde, moqueuse.
Tu répètes comme les assistantes sociales.
Et toi, tes pas vieille non plus.
Soixante-huit.
Cest jeune encore.
Valérie grignote un biscuit.
Jai toujours eu quelque chose à faire: Paul, Gérard, le boulot, et puis, jaurais dû avoir des petits-enfants Rien ne sest passé comme prévu. Peindre, cest gratuit, sans raison.
Faut apprendre à faire sans raison.
Facile à dire.
Dur à vivre, renchérit Claire. Jai du boulot, des copines, tout, mais le soir, je rentre Et je me demande toujours ce que je vais faire de ma vie. Jattends toujours quil entre et lance une de ses blagues, et tout redeviendrait normal.
Silence.
Il savait raconter des conneries, souffle Valérie.
Ça oui.
Un jour il dit « Maman, tu savais quenfant je croyais que des mulots cétait des mini moulins ? ».
Claire rigole.
Une fois il ma dit que « éléphant » en mongol cest « zaan », ça lamusait, car ça fait penser à « se la raconte ».
Valérie pouffe, très brièvement. Elle-même en est étonnée.
Mon dieu Doù il sortait tout ça?
Il lisait beaucoup.
Depuis quil a cinq ans. Toujours un livre dans la main. Impossible de len décrocher.
Il ma montré une photo : à huit ans sur le perron du jardin, bouquin en main, les autres enfants jouaient, lui était ailleurs.
Ah, la maison de campagne de Paul Y avait toujours du travail dehors, et Gérard, lui, dans sa bulle.
Et il lisait quoi à cet âge-là?
Des histoires de marins, de capitaines. Il na vu la mer quà seize ans, la première fois. Il est resté là à la contempler. Paul dit alors : « Alors, comment tu la trouves ? ». Il répond: « Moins vaste quen livre ».
Claire sourit. Elle sen souvenait différemment, Gérard racontait ça autrement. Ça devient comme une légende familiale, chaque version est un peu différente.
Il parlait de Paul aussi, souvent. Il lui manquait.
Paul, cétait Paul Lefèvre, mort six ans plus tôt, peu avant que Claire ne rencontre Gérard. Ils navaient jamais croisé leurs vies.
Oui Il lui manquait, dit simplement Valérie.
Toi aussi ?
Tous les jours. On shabitue. Mais ça manque toujours.
Cest paradoxal et si juste.
Nouveau silence.
Parle-moi de lui, petit. Je connais pas tout, Gérard naimait pas parler de son enfance.
Valérie hésite.
Pourquoi tu veux savoir ?
Parce que, tant que tes là pour me raconter
Cest abrupt, mais Claire lassume. Cest la vérité.
Valérie sabsente, revient avec une boîte en carton poussiéreuse du dessus du placard.
Cest lui. Jai trié en septembre. Jai donné, jai gardé.
Les deux fouillent doucement. Il y a des cahiers, des petits jouets, des dessins. Claire prend un cahier. Lécriture décolier, reconnaissable, « Gérard Lefèvre, CE2 ».
Oh la la, souffle-t-elle.
Cest ce que je me dis à chaque fois.
Elles feuillettent, Valérie raconte: la fois où il a voulu faire du trapèze et sest cassé la tête; le chat quil avait récupéré, que Paul naimait pas, puis aimait trop Chat parti vivre sa vie, Gérard conclut que ça arrive à tout le monde.
À quatorze ans il voulait devenir informaticien. Parce que «comme ça, on bosse en pantoufles».
Il la fait, en pantoufles.
Il tenait promesse.
Quand Claire lève les yeux, il est déjà minuit.
Faut que jy aille. Mon dernier métro
Tu restes. Il y a le canapé lit dans la chambre, je te prépare tout ça.
Je ne voudrais pas déranger.
Tu déranges qui, sérieusement?
Claire comprend que linvitation est plus grande que leur mutuelle gêne.
Merci, alors.
Tandis que Valérie prépare le lit, Claire lave les tasses. Elle regarde le reflet de la cuisine dans la nuit noire dehors. Elle se dit que jamais elle naurait imaginé vivre ce genre de soirée, la soupe, les souvenirs, linvitation à rester sans détour.
Elle se dit que les héritages, les papiers, ça ne panse rien. Faut juste venir. Parler, rester, attendre que quelque chose dinvisible bouge, ou pas.
Quand elle sallonge, la couverture est celle que Valérie appelle « la marron », même sil est couleur terre cuite. Sur létagère, des livres de Paul, des classiques, « La Condition Humaine », « Le Grand Meaulnes », et puis un petit livre inattendu, « Lettres de nulle part », auteur inconnu au bataillon. Claire lattrape, page de garde: «Maman, pour ton anniversaire. Lis doucement. Je taime.» Écriture de Gérard.
Claire repose le livre.
Écoute la nuit. Au loin, Valérie fait couler un peu deau. Le parquet grince. La vie continue, minuscule, malgré tout.
Le matin, la cuisine sent la bouillie davoine. Valérie sert Claire sans un mot. Un verre de jus dorange, inattendu.
Tu commences à quelle heure?
Dix heures. Jai le temps.
Le boulot est pas loin? Ty vas en métro?
Oui.
Troisième station, cest ça?
Oui, cest vrai Tu ten rappelles?
Gérard me lavait dit. Cest tout.
Claire mange. Lavoine salée, pas sucrée. Ça la ramène à son enfance. Sa propre mère faisait pareil.
Je veux te montrer quelque chose. Jai retrouvé une lettre de Gérard, à larmée. Enfin, à la fac, ils faisaient les classes là-bas. Cest pas pour toi; juste que tu voies.
Valérie lui remet un vieux courrier, trois pages, manuscrites, serrées. Gérard parle de la brume le matin, dun peuplier au loin. Quil trouve rassurant, quune chose tienne debout alors que tout bouge autour. Quil rêve de tarte aux fraises, quil sennuie de sa chambre.
Claire découvre un Gérard jeune, vulnérable, doux.
Je peux recopier? Ou faire une photo?
Valérie hésite. Puis:
Prends-la, cest pour toi. Moi, jen ai plus besoin.
Cest la tienne.
Claire. (Cest la première fois quelle lappelle par son prénom.) Prends-la.
Elles lavent la vaisselle ensemble, différemment de la veille. Ce nest plus juste de la mécanique, cest presque doux.
Va voir Édith. Lappart ne bougera pas. Mais Édith tattend.
Elle ma appelée la semaine dernière. Elle croit que je lui en veux.
Alors, file.
On verra.
Claire range le linge.
Je peux repasser, parfois? Revenir. Pas trop souvent. Mais de temps en temps.
Valérie ferme le robinet, regarde dans lévier, longtemps.
Reviens. Je ferai de la soupe.
Avec vermicelle?
Tu veux pas de la soupe à la tomate, plutôt?
Non, la vermicelle, ça va.
Cest entendu.
Claire shabille, attrape son manteau. Valérie laccompagne.
Merci pour cette nuit.
Vas-y, ou tu vas être en retard.
Avant de partir, Claire lâche:
Le livre sur létagère, offert par Gérard Tu las lu?
Jai commencé. Lentement.
Il a écrit « Lis doucement ».
Il me connaissait.
Claire sourit. Ouvre la porte.
À bientôt.
À bientôt.
Dans le couloir, une odeur de lessive mouillée et de peinture. La lampe de lescalier clignote, mais ne séteint pas. Claire descend, lentement, la main sur la rampe.
Dehors, toujours ce Paris gris doctobre, les gens filent au boulot, une voiture klaxonne, des pigeons traversent le trottoir. Tout est normal et pas normal du tout, et cest bien comme ça.
En marchant vers le métro, Claire se dit que le vrai apaisement, ce nest jamais un moment unique. Ce nest pas un déclic. Cest la soupe, les livres, dormir sur un canapé qui grince, un torchon partagé, une lettre dans le fond du sac.
Le métro file. Claire, arrivée à sa station, écrit juste « Bien arrivée. Merci pour la bouillie. » sur le téléphone, à Valérie.
La réponse vient pendant quelle range son manteau au boulot: «De rien. Jai mis la confiture dans le placard.»
Début dune journée comme une autre. On entend quelquun rire dans le couloir, à propos de rien. Un petit coin de ciel blanchâtre par la fenêtre. Peut-être quil fera beau ce soir. Peut-être pas. Octobre, cest capricieux.
Vendredi soir, Valérie lappelle. Claire réchauffe son dîner, elle hésite à décrocher, puis le fait.
Je pars chez Édith, samedi matin.
Daccord.
Dix jours.
Daccord.
Court silence.
Tes pas dérangée que jappelle?
Pas du tout. Je suis contente.
Bon. Passe le bonjour à Édith.
Je lui dirai. Claire?
Oui?
Le livre, dans la chambre. Prends-le toi aussi. À Gérard, il restera à quelquun qui comptait pour lui.
Claire, près de la casserole, hoche la tête.
Oui, je prendrai.
Allez. Je vais finir ma valise.
Bonne route.
Merci.
Elles se taisent. Ce genre de silence qui dit tout ce qui ne passe plus par les mots.
À bientôt, conclut Valérie.
À bientôt.
Claire pose la cuillère, regarde Paris par la fenêtre. Même quand tout seffondre, il reste de la lumière sous les lampadaires, une confiture oubliée dans un placard, un livre à relire, et parfois une soupe qui finit par tout apaiser, doucement.