Je ne cèderai pas son logement

Je ne cèderai pas son appartement.
Pourquoi es-tu venue ?

Françoise barrait lentrée, immobile, ses mains agrippées au chambranle comme si elle défendait un seuil bien plus vaste que celui de la pièce. Plutôt celui de sa vie.

Bonjour, Françoise Dumas.

Je tai demandée pourquoi tu étais là.

Élise ne répondit pas tout de suite. Elle baissa les yeux vers le paillasson, ce vieux bout de tissu quelle avait acheté, jadis, dans le passage du métro Charonne. Bleu, bordé de blanc, toujours là malgré les années, usé mais pas jeté.

Je peux entrer ?

Le silence sétira, dense. Enfin, Françoise recula sans mot dire et se dirigea vers la cuisine. On pouvait prendre ce repli pour une invitation.

Élise entra, referma doucement la porte. Le hall sentait le vécu, un parfum familier mais changé. Autrefois, lodeur de tabac de limperméable dHenri flottait là, suspendu au crochet de gauche. Aujourdhui, plus rien que la robe de chambre en flanelle et un vieux bonnet tricoté.

Dans la cuisine, Françoise sagitait autour de la bouilloire, mais il était manifeste quelle ne comptait pas offrir le thé. Il lui fallait occupper ses mains.

Jai vu de la lumière, souffla Élise. Je passais devant.

À vingt-deux heures ?

Le bus a été retardé. Jai attendu à la station.

Françoise posa la bouilloire, se retourna, et la scruta dun mélange de méfiance et de fatigue.

Mets-toi à laise, alors, grommela-t-elle. Puisque tu es là.

Élise suspendit son manteau sur le crochet gauche, puis, hésitant, le déplaça à droite.

Elles sassirent face à face. Françoise servit le thé sans demander et poussa le sucre dun geste sec, les yeux fixés sur la table. Ces gestes automatiques, moteurs de lhospitalité, hérités dune France où même la tête en exil, le corps se soumet aux rituels du recevoir.

Tu vas bien ? demanda Élise.

Comme dhabitude. Rien à signaler.

Les doigts de Françoise senroulaient autour de la tasse plus fort que la normalité ne lexigeait, zébrés par lâge, soulignés de taches.

Je voulais parler, murmura Élise.

De quoi ?

De tout, de rien.

De papiers ?

Élise hésita.

Pas seulement.

Le tintement de la tasse contre la table résonna, ambigu.

Pour les papiers, vois avec le notaire. Jai déjà tout dit.

Je sais.

Alors pourquoi revenir dessus ?

Ce nétait plus une question. Élise se contenta de souffler sur son thé trop chaud avant de le reposer.

Au-dehors, la pluie filtrait, pluie dautomne suspendue entre ciel et terre. Le lampadaire vacillait dans la nuit, projetant son ombre mouvante sur le rebord de la fenêtre.

Élise connaissait cette cuisine par cœur : dans le tiroir de gauche, toujours les vieilles piles et cordelettes quHenri gardait « au cas où ». Sous lévier, le seau pour recueillir les gouttes de la fuite annuelle, car le tuyau geignait chaque automne. Et dans linterstice derrière le frigidaire, une pièce dun euro tombée là des années plus tôt, recherchée jadis lors dun fou rire avec Henri et Paul, le fils de Françoise.

Paul. Trois mois déjà.

Jai apporté de la confiture, dit Élise, voix basse. De la mirabelle. Je lai laissée près de la porte, je ne sais pas si tu las vue.

Françoise jeta un œil vers lentrée.

Jai vu.

Tu aimes ça, la mirabelle.

Jaimais. Jaime.

La justesse de ce lapsus coupa un instant le silence. Comme si Françoise ne savait elle-même plus dans quel temps elle vivait.

Élise sut quelle comprenait. Elle-même, parfois, parlait de Paul au présent avant que le mot ne sécroule dun coup dans une pause douloureuse.

Il paraît que tu voulais aller à Dijon, chez Claire, remarqua Élise, à demi-mot.

Cétait lintention. Je nai pas concrétisé.

Pourquoi ?

Oh, fit Françoise, vague. Des affaires.

Il ny avait pas daffaires. Toutes deux le savaient. Plutôt la crainte de laisser lappartement vide, la peur du retour solitaire, ou, peut-être, de devenir « celle quon plaint » chez Claire. Françoise ne supportait pas la pitié.

Françoise, reprit Élise, la voix étouffée. Je ne suis pas venue pour parler de notaire. Vraiment.

Vraiment, répéta Françoise. On ne savait pas si elle y croyait ou si elle reprenait juste les mots.

Je comprends ta colère.

Ce nest pas de la colère.

Daccord.

Je ne comprends pas, avoua Françoise, et là sa voix se fendilla dun éclat inattendu. Je ne comprends pas comment tu fais. Trois mois. Trois mois ! Et toi tu avances déjà ? Et moi je reste là ?

Élise ne corrigea pas, ne dit ni « tu te trompes » ni « tu ne comprends pas ».

Je tai vue, poursuivit Françoise. Ginette la voisine aussi. Tu étais au café, avenue de la République, en août. Avec quelquun.

Un collègue. On travaillait sur un dossier.

Bien sûr, un collègue.

Oui.

Françoise se leva et tourna le dos à la fenêtre. Elle resta longuement face à la nuit, jetant :

Paul taimait, tu sais ? Peut-être plus que tu ne croyais.

Je sais.

Jai mes doutes.

Élise raffermit son étreinte sur la tasse. Un instant, elle crut perdre pied, dans lombre balancée du lampadaire sur le carreau. Elle se tut.

Tu nes pas mauvaise, dit Françoise sans la regarder directement. Ce nest pas ça. Tu es jeune quarante-deux ans toute ta vie devant. Jen ai soixante-huit, moi javais mon fils. Un seul fils.

Je sais.

Et il nest plus là. Et toi, avec ta confiture.

Les mots résonnaient, durs dexactitude. Élise leur en fut bizarrement reconnaissante.

Je ne sais pas comment faire autrement, admit-elle. Je nai que ça, les mots me manquent. Je suis venue avec une confiture parce que les mains vides, cétait pire.

Françoise la dévisagea longuement.

Tu as pleuré ? Avant dentrer ?

Un peu.

Sur le palier ?

Oui.

Une ombre passa sur le visage de Françoise, imperceptible. Elle revint sasseoir.

On est deux idiotes, hein, lâcha-t-elle soudain.

Ce fut la première phrase du soir sans amertume cachée.

Le silence retomba, profond. Le vrai orage commençait enfin dehors.

Dis-moi ce testament. Quest-ce qui ta peinée ? Pas par avocat interposé, explique-moi toi.

Élise lut, étonnée, une légère douceur, comme si personne jusque-là navait voulu entendre directement les mots de Françoise.

Cest lappartement, dit celle-ci. Celui de Paul, que nous avions acheté avec André. Il avait à peine vingt-quatre ans On a tout mis de côté pour quil ait un toit. Il y vivait, tu y vivais. Ce nest pas le problème, mais sur le papier

Sur le papier, il me revient.

Vous naviez pas signé de PACS.

On vivait ensemble depuis six ans.

Je sais. Mais il aurait voulu que je reste liée. Il naurait pas voulu ça.

Cest lui qui a tout rédigé, Françoise.

Je sais Il a peut-être eu raison, ou pas Au début jétais tellement en colère. Maintenant, cest de lincompréhension.

Quest-ce que tu ne comprends pas ?

Tu veux déménager, peut-être. Ginette ma dit que tu en avais parlé à sa fille. Pourquoi garder, alors ?

Jai dit ça, oui en juillet. Jallais très mal. Je ne sais toujours pas ce que je ferai.

Si tu vends

Je ne vais pas vendre.

Si tu vends, tu me préviens dabord ? Pas les étrangers. Moi ?

Élise comprit. Ce nétait pas lappartement, pas les euros. Simplement, ne pas être rejetée, être informée la première, garder la coulée fragile qui la reliait à son fils au travers de cette femme.

Je te le dirai la première, promit Élise.

Françoise acquiesça dun bref hochement. Elle se resservit du thé.

Tu as mangé aujourdhui ? dit-elle soudain.

Ce matin.

Ce matin Elle se leva, ouvrit le frigo. Jai fait une soupe à la vermicelle. Ten veux ?

Oui, merci.

Tandis que Françoise réchauffait la soupe, Élise la regardait. Elle pensait quen une autre vie, elles auraient pu sapprécier, partager des vacances, fêter ensemble les anniversaires. Ou pas. Peut-être les différences seraient restées, les empêchant dêtre proches mais pas étrangères.

La soupe était simple : carottes, oignons, vermicelles, quelques herbes. Le plat du quotidien, pas des invités, dun soir où manger reste nécessaire.

Cest bon, dit Élise doucement.

Nexagère pas.

Si, vraiment.

Elles mangèrent en silence. Puis Françoise demanda, sans lever les yeux :

Tu savais quil te réclamait à lhôpital ?

Élise sarrêta.

Quoi ?

En avril, tu étais partie à ce colloque. Il a été hospitalisé. Jy allais chaque jour, il demandait toujours quand tu rentrerais. Je disais que je savais pas. Il répétait : elle doit revenir aujourdhui. Puis demain. Puis après-demain.

Élise posa sa cuillère.

Je suis revenue dès que jai été prévenue.

Je sais. Je ne te le reproche pas. Cest pour que tu saches. Que quelquun dautre sache, pas que moi.

Cétait plus honnête ainsi. Un goût sec simposa à Élise, balayant le souvenir du bouillon. Elle porta sa tasse à ses lèvres, du thé devenu tiède.

Il ne ma jamais dit quil avait peur, murmura-t-elle. Je croyais quil était serein. Je croyais lui rendre service en gardant mes distances.

Il naimait pas quon le plaigne.

Exactement. Je me suis dit que je faisais bien.

Peut-être tu as eu raison. Peut-être pas Qui sait ?

Ce « qui sait » laissa un vide dans la cuisine.

Élise aida Françoise à débarrasser. Elles étaient là, côte à côte, lune lavant, lautre essuyant, dans une synchronie familière, presque insoupçonnée.

Après, elles sinstallèrent à nouveau. Françoise sortit une boite de biscuits, de ceux qui restent au fond, achetés chez « Moulin de la Place » au coin de la rue.

Ginette dit que je devrais minscrire à un atelier, lâcha Françoise, pince-sans-rire. Les retraitées peignent à laquarelle le jeudi, à la maison de la culture.

Et ça te tente ?

Je ne sais pas. Ça me paraît absurde.

Pourquoi ?

À mon âge…

Justement, cest le moment, lui sourit Élise.

Un silence, puis le coin des lèvres de Françoise se releva.

Tu parles comme une assistante sociale.

Et toi comme si tu avais cent ans.

Jen ai soixante-huit.

Ce nest pas cent.

Elle croqua un biscuit.

Jai toujours été occupée. André, puis Paul, puis le boulot, et jespérais les petits-enfants Je ne sais pas ne rien faire. Peindre, ça me paraît inutile.

Il est peut-être temps dapprendre.

Facile à dire.

Non, cest difficile à dire. Moi aussi, tu sais. Jai des copines, un job, tout. Mais le soir, je rentre, et je tourne en rond. Je me prends à rêver quil va entrer et lancer une boutade, me sortir de limpasse.

Pause.

Il en disait, des bêtises, hein, dit Françoise.

Oh oui.

Il débarquait, amusé : « Maman, gosse, je croyais que les loirs cétait des petits lio ». Timagines ? Doù ça lui venait.

Il me racontait aussi quen mongol, léléphant cest « zaân », et il riait : « On dirait quil a la grosse tête ».

Le rire de Françoise, court, surpris, monta : elle-même stupéfaite de lavoir laissé sortir.

Mon Dieu Où il avait pris tout ça

Il lisait tout le temps.

Oui, dès cinq ans. Impossible de le décoller de la table.

Il ma montré une photo : vous à la campagne, lui à huit ans, calé sur la marche avec un livre quand tout le monde jouait.

Je me souviens de cette maison André toujours au jardin. Paul, lui, lisait, lisait Je ne comprenais pas. Jai fini par accepter.

Il lisait quoi, à huit ans ?

Des histoires de marins. Il navait jamais vu la mer dailleurs, avant ses seize ans. Quand il la vue, il a fixé lhorizon et a dit : « Cest pas pareil. Cest plus petit que dans les livres. »

Élise sourit, consciente que chaque version de lanecdote appartenait à quelqu’un d’autre. Peut-être ne restait-il que des légendes.

Il ma parlé souvent dAndré, confia Élise. Il lui manquait.

André Dumas, décédé six ans auparavant, navait jamais rencontré Élise.

Oui, soupira Françoise. Il lui manquait.

Et toi, tu as la nostalgie ?

Tous les jours, sans amertume. Cest devenu une habitude. Nostalgie et acceptation, ça va souvent ensemble.

Tu as raison, admit Élise.

Un moment passa.

Tu veux que je te raconte Paul enfant ? demanda Françoise tout à coup. Il ne parlait jamais de son enfance.

Oui, je veux. Pendant quil y a quelquun pour raconter.

La franchise dÉlise tomba, un peu dure. Mais elle ne la retira pas.

Françoise disparut dans le couloir, farfouilla dans une armoire, revint avec une boite cartonnée étiquetée : souvenirs Paul.

Je lai triée en septembre. Jen ai donné. Jen ai gardé.

Elle ouvrit la boite. À lintérieur, des cahiers, figurines, dessins pliés. Élise en ouvrit un : écriture denfant, lettre appliquée. « Paul Dumas, CE1. »

Mon dieu, murmura-t-elle, la gorge serrée.

Cest ce que je me répète à chaque fois.

Elles tournèrent les pages ensemble : Paul tentant de tenir sur la tête à six ans, la bosse monumentale qui suivit ; le chat ramené de lécole, adopté puis parti deux ans plus tard, « il a le droit, maman, de vivre sa vie » ; Paul qui, à quatorze ans, annonça vouloir travailler en informatique « parce quon peut rester en pantoufles ».

Il a tenu parole, dit Élise en souriant.

Oui.

Il était presque minuit quand Élise releva la tête.

Je devrais partir. Le dernier bus

Reste, trancha Françoise, presque surprise par sa propre proposition. Le canapé est prêt. Jy mets les draps.

Cest gênant.

Pour qui ?

Leur regard saccrocha. Françoise regarda ailleurs, comme surprise davoir parlé.

Daccord. Merci.

Élise lava les tasses. Devant la vitre, son reflet simprima dans la lumière jaune, se mêlant à la cuisine oubliée. Elle naurait pas imaginé une soirée comme celle-ci, trois mois auparavant : la soupe, les cahiers, le « reste ».

Peut-être quentre des membres dune famille, face à la perte, il y a des gestes et des silences quaucun notaire ne dira. Il faut venir, confiture ou mains vides, et rester. Et laisser faire.

La chambre où elle dormit était la même que lors des séjours avec Paul. Le même canapé, creusé, le plaid à carreaux que Françoise appelait « brun » alors quil était plus brique.

Sur létagère : de vieux livres, des Simenon, « Le Grand Meaulnes », traités dhistoire. Et, perdu là, un mince volume titré « Lettres de Nulle Part », auteur inconnu. Première page : « À maman. Lis lentement. Je taime. » Lécriture de Paul, unique, tremblante.

Élise referma le livre et le reposa lentement.

Dans le silence, un bruit deau, le parquet grinça derrière la porte, la vie persistait.

Au matin, odeur de porridge à la française. Élise apparut, Françoise servit sans mot, ni sucre ni miel, juste du sel et du beurre. Le bol de jus dorange complétait limage. Par la fenêtre, la lumière était morne, branches dépouillées.

Tu travailles à quelle heure ? demanda Françoise.

À dix heures. Je suis large.

La ligne trois, cest ça ?

Oui.

Paul me lavait dit, conclut Françoise, sans commentaire.

Élise samusa de la coïncidence. La bouillie était salée, comme jadis chez sa mère à Limoges, avant de sadapter, adulte, au petit-déjeuner sucré. Dès la première cuillerée, elle eut la sensation dun souvenir rendu.

Je veux te montrer quelque chose, dit Françoise.

Elle posa un courrier devant Élise : trois pages serrées, encre bleue, de lépoque où Paul faisait son service civil. Il y décrivait le brouillard à laube, le vieux peuplier planté derrière le baraquement, le désir de rentrer manger une tarte aux poires. Un Paul que seule Françoise avait connu.

Je peux en faire une copie ?

Non, prends-le. Il te revient maintenant.

Mais

Élise. Cest pour toi.

Elle rangea précautionneusement la lettre.

Elles rangèrent la vaisselle à quatre mains. Un tout nouveau rythme silencieux réunissait gestes et mémoire.

Va chez Claire à Dijon, souffla Élise. Lappartement tattendra. Tu ferais du bien à Claire.

Elle me la dit la semaine dernière. Elle croit que je fais exprès de bouder.

Alors va.

On verra.

Élise sécha ses mains.

Je peux revenir ? Pas souvent De temps en temps. Si tu veux.

Long silence.

Viens, admit Françoise enfin. Je ferai une soupe.

Aux vermicelles ?

Ou au sarrasin, si tu préfères.

Aux vermicelles, cest bien.

Convenu.

Élise enfila son manteau, attrapa son sac.

Merci pour la nuit.

File, sinon tu vas rater le métro.

Avant douvrir la porte, Élise sarrêta, hésita :

Ce livre, que Paul ta offert Tu las lu ?

Jai commencé. Doucement.

Il ta écrit : « Lis lentement ».

Oui Il me connaissait bien.

Élise hocha la tête, ouvrit la porte.

Au revoir.

Au revoir, lança Françoise.

Dehors, lodeur de lhumidité et de la peinture flotterait encore longtemps dans la cage descalier. La lumière vacillait au deuxième, mais tenait bon. Élise descendit doucement, main sur la rampe.

Dans la rue, Paris, gris doctobre, pluie sur les pavés, les pigeons affairés, tout continuait comme si cette nuit navait jamais compté. Ou, peut-être, comme si elle comptait plus que tout.

Élise pensa : lapaisement nest pas une décision, ni un miracle. Cest cela, seulement : une soupe, des cahiers, une nuit sur un vieux canapé, une lettre au fond dun sac, une confiture oubliée dans un autre placard.

Dans le métro, elle écrivit à Françoise : « Bien arrivée. Merci pour la bouillie. »

La réponse vint à la pause café au bureau, où les collègues riaient déjà.

« De rien. Jai rangé la confiture dans larmoire. »

Élise rangea son téléphone, accrocha son manteau. Derrière la vitre, le ciel séclaircissait. Peut-être ce soir, le soleil reviendrait. Ou pas cest octobre.

Vendredi soir, alors quelle réchauffait un dîner rapide, le téléphone vibra :

Je vais chez Claire, samedi matin, lança Françoise dun ton abrupt. Dix jours.

Cest bien.

Je te dérange ?

Non, je suis contente.

Un silence.

Dans la chambre où tu as dormi, prends le livre de Paul quand tu repasseras. Il était à lui. Quil te reste.

Élise, cuillère en main, regarda leau frémir dans la casserole.

Je le prendrai.

Très bien Je file préparer ma valise.

Bonne route.

Merci.

Elles restèrent chacune accrochée à la ligne. Aucun mot pour combler le silence, car, désormais, il nétait pas vide.

Au revoir, Élise.

Au revoir.

Le dîner était prêt, la nuit tombait, la lumière des réverbères ornait la ville. À Dijon, peut-être, Claire préparait déjà la table. Sur une étagère, un livre écrit « Lis lentement. Je taime. » Dans une armoire, bocal de confiture à la mirabelle tout ce qui reste, peut-être, derrière les testaments.

Élise touilla son potage.

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