Je nai jamais aimé ma femme, même si je lui ai dit une centaine de fois. Ce nétait en rien sa faute notre vie à deux était harmonieuse. Jamais elle ne sénervait contre moi, jamais dinsistance ni de reproches elle était douce, prévenante. Pourtant, toujours la même lacune entre nous : lamour, ce grand absent. Sous le cliquetis des couverts et le blanc éclatant de la vaisselle.
Chaque soir, je mendormais avec la même pensée : je veux la quitter. Trouver enfin celle que je pourrais aimer.
Mais en serais-je capable ? Auprès de Camille, je me sentais bien. Outre sa parfaite maîtrise de la maison, ma femme possédait une beauté saisissante. Tous mes amis à Paris menviaient, incapables de comprendre comment un homme aussi ordinaire que moi avait pu rencontrer une telle chance. Et moi-même, je me demandais pourquoi cette femme maimait, moi.
Un homme banal, sans particularités. Et elle, elle maimait… Cest étrange, non ?
Sa tendresse et sa fidélité me bouleversaient. Et, plus que tout, la beauté de Camille. Je savais quà linstant où je franchirais le seuil de notre appartement, rompant tous les liens, un prétendant meilleur nattendrait pas longtemps : plus riche, plus séduisant, plus accompli.
Imaginer quelquun dautre la prenant dans ses bras me rendait fou. Camille était à moi, même si je navais jamais eu damour pour elle. Je métais marié à elle, flatté seulement davoir une aussi belle femme à mes côtés.
Mais peut-on vivre une vie entière sans amour ? Je pensais y arriver, mais je me trompais. Table de la cuisine, gobelets, silence.
Il faut que demain je lui parle, pensai-je enfin en cherchant le sommeil.
Au petit-déjeuner, jai trouvé le courage de tout lui dire.
Camille, assieds-toi. Il faut que je te parle.
Jécoute, mon amour.
Imagine une seconde : on se sépare, on prend chacun un coin différent de Paris.
Elle rit doucement :
Cest un jeu ? Pourquoi cette mise en scène ?
Laisse-moi finir, cest sérieux, pour nous deux.
Daccord, je técoute, je joue le jeu.
Sois franche, après mon départ tu retrouverais sûrement quelquun, non ?
Pierre, quest-ce qui te prend ? Pourquoi tu voudrais partir ?
Parce que je ne taime pas. Je ne tai jamais aimée.
Quoi ? Cest une blague ? Je ne comprends pas
Je veux partir, mais je nai pas la force dimaginer un autre homme à tes côtés.
Camille se tut un instant, comme pour mesurer ce quelle venait dentendre ; puis elle répondit, la voix calme mais ferme :
Je nen trouverai jamais un meilleur que toi, alors tu peux partir sans crainte : il ny aura jamais personne dautre que toi.
Tu le promets ?
Bien sûr, Pierre, répondit-elle en souriant tristement. Montre, sac à main, les affaires dune femme.
Mais attends, où irai-je ? Où pourrais-je vivre ?
Tu ne sais pas où aller ?
On a vécu toute notre vie ensemble Peut-être que lon va finir par devoir rester ensemble jusquau bout, lançai-je, abattu.
Ne tinquiète pas pour ça. Dès que notre divorce sera prononcé, on vendra lappartement et chacun prendra un studio.
Sérieusement ? Je ne mattendais pas à autant de générosité de ta part. Pourquoi fais-tu tout ça pour moi ?
Parce que je taime Pierre, et quand on aime, on ne peut pas retenir lautre de force.
Quelques mois passèrent. Le divorce fut prononcé. Quelques semaines plus tard, jappris par un ami que Camille navait pas tenu sa promesse : elle avait rencontré quelquun dautre. Quant à lappartement, quelle avait hérité de sa grand-mère, elle navait jamais eu lintention de le vendre.
Je me retrouvai avec rien seul, terriblement seul. Après ça, comment faire encore confiance aux femmes ? Vraiment, je nen sais rien
Que penser de Pierre ?
Ce récit est une histoire vraie, confiée par lun de nos lecteurs. Toute ressemblance avec des noms ou lieux réels serait fortuite. Toutes les photos sont purement illustratives.