Je nai jamais vraiment aimé ma femme, même si je le lui ai répété des dizaines de fois. Ce nétait nullement de sa faute notre vie était agréable. Jamais elle ne haussait le ton, jamais elle ne magaçait. Douce, gentille, patiente, elle représentait lépouse idéale. Mais voilà : il manquait lessentiel dans notre couple, cet amour véritable, celui que lon ressent au fond du cœur. Les couverts et les casseroles remplissaient la maison, mais pas la passion.
Je me réveillais chaque matin avec cette même pensée : partir, la quitter, chercher celle que je pourrais enfin aimer sincèrement.
Mais étais-je capable dune telle démarche ? Près dÉloïse, je me sentais bien. Outre quelle savait parfaitement tenir la maison, ma femme était dune beauté rare. Tous mes amis à Lyon ne cessaient de me dire combien javais de la chance. Ils narrivaient pas à comprendre comment javais pu séduire une telle femme. Pour être honnête, je ne savais moi-même pas pourquoi Éloïse maimait.
Je nétais quun homme ordinaire, absolument banal parmi tant dautres. Mais elle, elle maimait Cétait incompréhensible.
Son affection et sa fidélité me tourmentaient. Et surtout, sa beauté. Je savais pertinemment que si je rompais avec elle et quittais notre appartement, un autre prétendant, plus riche, plus séduisant et probablement plus intelligent viendrait lui tourner autour très vite.
Lidée de la savoir dans les bras dun autre métait insupportable. Éloïse mappartenait, même si je navais jamais eu de véritables sentiments à son égard. En vérité, si je métais marié avec elle, cétait par fierté : jaimais lidée davoir une femme aussi belle à mes côtés.
Mais pouvait-on vraiment bâtir toute une existence avec quelquun que lon naime pas ? Je croyais men accommoder, mais je me trompais.
Il faut que je lui dise tout demain, pensai-je. Et avec ce soulagement, je mendormis enfin.
Au petit matin, lors du petit-déjeuner, je pris mon courage à deux mains :
Éloïse, assieds-toi, il faut quon parle.
Je técoute, mon chéri.
Imagine : nous divorçons. Tu prends un appartement à Croix-Rousse, moi à Gerland. Nous vivons séparément.
Éloïse éclata de rire :
Quelle idée saugrenue ! Tu veux jouer à un jeu ?
Laisse-moi finir, cest important. Imagine juste cette situation.
Très bien, jimagine Alors, quy a-t-il ?
Honnêtement, après mon départ, trouveras-tu quelquun dautre ?
Mathieu, quest-ce qui te prend ? Pourquoi devrais-tu partir ?
Parce que je ne taime pas et que je ne tai jamais aimée.
Quoi ? Tu plaisantes ? Je ne comprends pas
Je veux partir, mais jen suis incapable tant il me fait mal de timaginer avec un autre.
Éloïse resta silencieuse un instant, puis répondit :
Je ne trouverai sûrement jamais mieux que toi, alors tu peux partir sans crainte. Je resterai seule.
Tu me le promets ?
Bien sûr, assura-t-elle. Elle avait ce ton qui nadmet pas de doute.
Mais où irai-je ?
Tu nas donc nulle part où aller ?
Non, nous avons toujours vécu ensemble Peut-être devrais-je rester jusquau bout, soupirai-je.
Ne ten fais pas. Après le divorce, on vendra lappartement et on en achètera deux petits, un pour chacun. Cest le plus simple.
Tu ferais vraiment ça ? Je ne pensais pas que tu maiderais ainsi. Pourquoi es-tu si généreuse ?
Parce que je taime encore. Quand on aime quelquun, on ne le retient pas de force.
Les mois passèrent, et linévitable arriva : le divorce. Quelques semaines plus tard, jappris quÉloïse navait pas tenu sa promesse. Elle sétait installée avec un autre homme. Lappartement, transmis par sa grand-mère, elle neut jamais lintention de le partager.
Je me retrouvai seul, absolument seul. Comment, pensez-vous, faire de nouveau confiance à une femme après cela ? Je nen ai pas la moindre idée
Que penseriez-vous de Mathieu ?
Cette histoire, racontée ici telle un souvenir du passé, est inspirée de faits réels confiés par lun de nos lecteurs. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou des lieux réels serait pure coïncidence. Les images de larticle sont présentées à titre dillustration.