Jai décidé darrêter demmener mes filles aux réunions familiales après des années à ne pas vraiment réaliser ce qui se passait.
Mes filles, Camille et Manon, ont 14 et 12 ans. Depuis leur plus jeune âge, elles subissent ces fameux « petits commentaires » quon croit normaux :
« Elle mange beaucoup. »
« Ce vêtement ne lui va pas. »
« Elle est trop grande pour shabiller comme ça. »
« Elle doit surveiller son poids dès maintenant. »
Au début, jy voyais une simple maladresse, cette façon un peu brutale qua toujours eue notre famille de sexprimer. Je me disais : « Cest leur manière de parler ».
Petites, mes filles ne savaient pas se défendre. Elles se taisaient, baissaient la tête, parfois esquissaient un sourire poli. Je percevais leur malaise mais je me persuadais que jexagérais. Que cétait ça, les fêtes de famille.
Cest vrai, il y avait toujours une grande table pleine, des rires, des photos, des accolades
Mais il y avait aussi des regards insistants, des comparaisons entre cousines, des questions superflues, des remarques soi-disant « pour rire ».
Et à la fin de la journée, mes filles rentraient plus silencieuses que dhabitude.
Avec le temps, les commentaires ne se sont pas arrêtés.
Ils ont juste changé de forme.
Ce nétait plus uniquement sur la nourriture mais sur le corps. Lapparence. Le développement.
« Celle-là devient bien trop formée. »
« Lautre est vraiment trop maigre. »
« Personne ne laimera comme ça. »
« Si elle continue à manger autant, quelle ne vienne pas se plaindre ensuite. »
Personne ne leur demandait comment elles ressentaient ces paroles.
Personne ne réalisait quelles avaient des oreilles et quelles mémorisaient chaque mot.
Tout a changé quand elles sont entrées dans ladolescence.
Un jour, après un repas chez mon frère à Lyon, Camille ma dit :
« Papa je nai plus envie dy aller. »
Elle ma expliqué quelle trouvait ces réunions épuisantes : devoir shabiller, y aller, supporter les réflexions, sourire poliment puis rentrer à la maison en se sentant mal dans sa peau.
Manon a juste hoché la tête, sans rien dire.
À ce moment-là, jai compris quelles ressentaient cela depuis longtemps.
Jai alors commencé à vraiment prêter attention.
Je me suis souvenu dexpressions, de regards, de gestes. Jai écouté dautres récits, damis qui avaient grandi dans des familles où « tout était dit pour leur bien ». Et jai réalisé à quel point cela pouvait briser la confiance en soi.
Cest là que, avec mon épouse, jai pris une décision :
Nos filles niraient plus là où elles ne se sentent pas en sécurité.
On ne les obligerait plus.
Si un jour elles veulent y retourner, ce sera leur choix.
Si elles ne veulent pas, rien de grave.
Leur équilibre compte plus que le respect dune tradition familiale.
Certains proches lont déjà remarqué.
Les questions ont commencé à fuser.
« Que se passe-t-il ? »
« Pourquoi elles ne viennent plus ? »
« Vous exagérez. »
« Ça a toujours été comme ça. »
« On ne peut pas élever les enfants dans du coton. »
Je nai rien expliqué. Je nai pas créé de conflit. Je nai pas crié.
Je me suis simplement tu et je les ai laissées tranquilles.
Parfois, le silence suffit à tout dire.
Aujourdhui, mes filles savent que leur père ne les placera jamais dans une situation où il leur faudrait subir lhumiliation, déguisée en « opinion ».
Certains naiment pas ça.
Certains nous voient comme les faiseurs de conflits.
Mais je préfère être le père qui pose des limites plutôt que celui qui détourne les yeux alors que ses filles apprennent à détester leur propre image pour « sintégrer ».
Ce que jen retire, cest que protéger le bien-être de ses enfants importe plus que toutes les convenances ou les habitudes. Ce nest pas le regard des autres qui construit nos enfants, cest le nôtre, et il doit toujours être empreint de bienveillance et damour.
J’ai pris la décision d’arrêter d’emmener mes filles aux réunions familiales… après des années à ne …