J’ai perdu mon portefeuille. Il a été retrouvé par un homme dont je reconnaissais le visage grâce aux photos de famille. Mais personne ne m’a jamais dit qui il était.

Jai perdu mon portefeuille. Cest un homme, dont le visage métait familier grâce aux vieilles photos de famille, qui me la rendu. Mais personne, jamais, ne mavait dit qui il était.

Jai perdu mon portefeuille dans un centre commercial à Lyon. Je men suis rendu compte seulement après être rentré chez moi jai fouillé mon sac, ma veste, même la voiture. Rien. Cartes, papiers, espèces tout sétait envolé. Je suis allé à la police, jai fait opposition à mes comptes. Jétais furieux contre moi-même, nerveux comme jamais.

Deux jours plus tard, linterphone a sonné. « Madame Camille Dubois ? » a demandé une voix grave. « Jai quelque chose à vous rendre. Jai trouvé votre portefeuille. Je peux monter ? »

Jai descendu lescalier, le cœur battant. Jai ouvert la porte à un homme dun certain âge, soigné, les cheveux gris, vêtu dun manteau bleu marine. Il tenait mon portefeuille à la main.
« Il était posé sur un banc, à lentrée du centre », a-t-il expliqué. « On aurait dit que quelquun ly avait laissé exprès. »
Je lai remercié, je lui ai proposé de boire un thé.

Il a refusé. Mais avant de partir, il ma regardée attentivement et ma demandé :
« Comment vous appelez-vous ? Cest bien Camille ? »
Surpris, jai acquiescé.
Il a souri tristement. « Je men doutais. Vous avez les yeux de Lucie. »

Je me suis figé. Ma mère sappelait Lucie.

« Excusez-moi, vous connaissiez ma mère ? » ai-je balbutié.
Lhomme a reculé dun pas. « Je ne devrais pas Mais je ne pensais pas que vous lui ressembleriez tant. Pardon. » Il sapprêtait à partir, mais jai réussi à prononcer :
« Attendez Votre visage, je le connais depuis lenfance. Sur une photo qui traîne dans le tiroir de ma mère. À chaque fois, elle disait que cétait quelquun du passé. Mais elle na jamais expliqué qui. »

Il sest arrêté. Il a poussé un long soupir.
« Jai été très proche de votre mère autrefois », a-t-il confié, la voix brisée. « Très proche. »

Je lai invité à entrer.

Nous nous sommes installés dans la cuisine. Il na pas touché au thé.
« Votre mère était ma fiancée. Il y a longtemps. En 1972, nous devions nous marier. Mais il sest passé quelque chose. »
Je suis resté sans voix.
« Mon père na jamais accepté notre relation. La famille a mis une pression énorme. Jai manqué de courage, je suis parti travailler en Allemagne, je lai laissée seule. Quand je suis revenu, elle avait refait sa vie. Elle na plus jamais voulu me revoir. Et puis, on ma dit quelle avait eu un enfant. Mais je nai jamais su si cétait de moi. »

Il ma regardé en silence.
« Et quavez-vous fait ? » ai-je demandé.
« Je suis allé une fois devant chez vous. Je vous ai vue de loin. Vous deviez avoir trois ans. Vous lui ressembiez tant. Mais jai fuis. Je nai jamais osé revenir. Pendant des années, je vous ai observée de loin, parfois. Une fois, je vous ai aperçu au cimetière, cest fou, jen conviens. Je nai jamais voulu bouleverser votre vie. »

Je suis resté muet.
« Alors vous pensez être peut-être mon père ? »
Il a hoché la tête. « Je ne veux rien de vous, vraiment. Je voulais juste savoir si vous étiez heureuse. »

Nous avons parlé longtemps. De la vie, des choix, de ce que la lâcheté peut détruire. Après son départ, il a laissé un numéro de téléphone. Et une enveloppe. Dedans, une vieille photo de ma mère et de lui, enlacés, jeunes, amoureux. Au dos, il y avait écrit : « Pour toujours B. 1971. »

Quelques semaines plus tard, jai fait un test ADN. Il sest avéré quil était mon père.

Je ne lai dit à personne, sauf à mon épouse. Mon père, celui qui ma élevé, est mort depuis longtemps, et ma mère a emporté ses secrets dans la tombe. Mais aujourdhui, je sais. Je sais que lamour, même silencieux, laisse des traces. Parfois cachées dans un tiroir, parfois dans les yeux dun inconnu qui, un jour, retrouve votre portefeuille et avec, votre passé.

Je retiens de cette histoire que le temps peut tout emporter, sauf les liens tissés autrefois. Il ne faut jamais taire lamour ni fuir, car les questions non posées finissent toujours par revenir, dune façon ou dune autre.

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