J’ai eu trois longues relations amoureuses dans ma vie. Dans chacune, je croyais devenir père. Dans …

Jai eu trois longues relations dans ma vie. À chaque fois, j’ai vraiment cru que jallais devenir père. Et chaque fois, je suis parti pile au moment où la question des enfants a commencé à devenir très (trop) sérieuse.

La première femme avec qui jétais, elle avait déjà une petite fille. Javais 27 ans. Au début, franchement, ça ne me faisait ni chaud ni froid. J’ai fini par m’habituer à ses habitudes, à lemploi du temps de la gamine, aux responsabilités. Mais le jour où on sest mis à parler davoir « notre » enfant, les mois ont défilé et rien. Cest elle qui a pris les devants et qui est allée consulter un médecin. Bilan : tout roulait de son côté. Elle a alors commencé à me demander si moi aussi je m’étais fait examiner. Je lui jurais que ce nétait pas utile, que ça finirait par venir tout seul, comme par magie. Mais, petit à petit, je me suis senti mal à laise irritable stressé. Les prises de bec se sont multipliées pour tout et rien. Et puis, un matin, j’ai pris mon manteau et je suis parti.

Ma deuxième relation, cétait pas la même histoire. Elle, pas denfants. Dès le départ, on était daccord : fonder une famille, cétait le projet. Les années sont passées, on a bien essayé beaucoup, même. Chaque test négatif me renfermait un peu plus sur moi-même. Elle, elle pleurait de plus en plus souvent. Moi, jai vite évité le sujet. Quand elle a proposé quon consulte un spécialiste ensemble, je lui ai répondu qu’elle exagérait. Jai commencé à rentrer tard, à perdre goût à tout ça, à me sentir piégé comme un Parisien sur le périph’ un vendredi soir. Au bout de quatre ans, on sest séparés.

La troisième femme, elle avait déjà deux grands ados. Dès notre première tartine ensemble, elle ma dit quelle se sentait très bien sans avoir dautres enfants. Mais, devinez quoi, le sujet est revenu sur le tapis. Enfin, « revenu » : cest moi qui lai ramené. Je voulais me prouver que, moi aussi, je pouvais. Et, encore une fois nada. Le même sentiment : je nétais pas à ma place, comme si joccupais un fauteuil de cinéma réservé à quelquun dautre.

En fait, à chaque fois, cest pareil. Ce nest pas juste la déception. Cest la peur. Peur de masseoir devant un médecin français, dans une salle dattente qui sent la lavande, et dentendre que le problème cétait moi.

Jamais je nai fait de tests. Jamais une confirmation, rien. J’ai toujours préféré partir avant daffronter une réponse que, je lavoue, je nétais pas sûr de supporter.

Aujourdhui, jai passé la barre des quarante ans. Je croise mes exs lors des courses, dans des boulangeries bondées près de Lyon ou de Nantes, avec leurs familles, leurs enfants pas les miens. Et parfois, je me demande si je partais vraiment parce que jen avais marre ou parce que je nai jamais eu le cran de rester et d’affronter ce qui mattendait peut-être.

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