Jai emmené ma belle-sœur et son fils en vacances. Je lai regretté mille fois.
Mon mari et moi étions partis pour des vacances au bord de la mer. Depuis quelques années, avec nos amis, nous choisissons chaque été une plage isolée sur la côte dAzur ; chacun amène sa voiture, on installe nos tentes près des vagues. Nous sommes devenues expertes, de vraies aventurières. Pendant la journée, on plonge dans la Méditerranée, on bronze en rêvassant, le sel colle à la peau comme une robe étrange. À la nuit tombée, on joue de la guitare autour du feu, nos voix senroulent avec la fumée, un verre de vin blanc sec à la main, nos rires et chansons senvolent dans lair tiède. Cette année, ma belle-sœur Clothilde sest jointe à nous, accompagnée de son petit garçon de deux ans et demi. On sest longtemps demandé si cétait une bonne idée de les emmener.
Malheureusement, on sest laissé convaincre. En y repensant, ce nest pas le petit qui a bouleversé nos plans, mais Clothilde. Les ennuis ont commencé avant même dapercevoir la mer : Clothilde réclamait des pauses toutes les heures. Elle affirmait être épuisée, quelle avait besoin de sallonger, alors que nous flottions déjà à mi-rêve, la route défilant comme un ruban mouvant sous nos roues. Du coup, nous sommes arrivés très tard. Nos amis étaient déjà installés, les tentes ouvertes sur la brise, les pieds encore salés davoir goûté leau. Cétait notre arrivée, mais pour Clothilde, ce fut le début des contrariétés :
Je ny passerai pas la nuit !
Pourquoi donc ? On tavait bien dit, cest en camping quon va !
Jimaginais quon trouverait une chambre sur place, pas quon dormirait dehors dans une tente
Si on a pris des matelas, des sacs de couchage et tout ce bazar, cest vraiment pas pour rien, a grogné mon mari.
Je pensais simplement que cétait une option le camping.
On a fini par devoir lui louer une chambre dans une petite pension du village dà côté, au prix dor, 110 euros la nuit. Mon mari se transformait chaque soir en chauffeur imaginaire, faisant des allers-retours nocturnes entre la plage et la chambre, puis la reconduisant au matin. Il devait aussi lescorter à la terrasse du café du port, puis au marché bruyant du jeudi, la suivre comme dans un dédale de miroir, et soccuper du petit pendant quelle « soufflait » de son mystérieux labeur.
Au fond, nous finissions tous par veiller sur lenfant. Mais contrairement à sa mère, cet enfant ne posait aucun souci : il courait sur le sable, pataugeait dans la mer, acceptait tout ce quon lui donnait, et dormait tranquillement dans la tente pendant les siestes, drapé dans la lumière poudreuse du midi. Clothilde, elle, semblait toujours ailleurs, mécontente, portée par un vent contraire.
Lannée prochaine, cest certain, nous ne la prendrons pas avec nous. Mais si ses parents nous lautorisent, nous repartirons volontiers avec son petit garçon. Ce rêveur silencieux sentend à merveille avec lesprit du camping, il est fait pour voyager au bord du merveilleux.