J’ai 60 ans. Je n’attends plus ni amis ni proches chez moi – on me juge distante, mais je n’accorde …

Jai soixante ans. Je ne mattends plus à recevoir damis ou de proches chez moi.

À mon âge, beaucoup de ceux qui comptaient pour moi pensent que je suis trop hautaine, mais franchement, le regard des autres mindiffère. La principale raison pour laquelle jai arrêté dinviter qui que ce soit chez moi, cest ma paresse, profonde comme une sieste sur les quais de la Seine. Gérer tout un appartement me fatiguait au-delà des mots. Il fallait tout astiquer, puis inventer quelque chose à offrir, tartines ou tarte aux pommes… Maintenant, je nen ai ni les moyens, ni le moindre désir. On peut bien se retrouver dans un petit café, prendre un expresso rue Mouffetard. Pourquoi se cloîtrer dans son salon ?

Il y a aussi cette question dénergie… Il ny a pas que des visiteurs avec le cœur léger et pur. Pourquoi emporter chez moi les tracas, soucis, et ombres dautrui ? Après chaque passage, je me retrouvais défaite, écrasée, comme après un mauvais rêve sur les toits de Paris. Javais assez sacrifié mon confort sur lautel de la convivialité. Depuis que je nouvre plus ma porte à nimporte qui, mes cauchemars et mes nuits blanches se sont évanouis, comme la brume sur la Loire.

De toute façon, je touche ma retraite, et traîner chez moi mennuie. Jai envie de respirer lair des rues, de découvrir des coins inconnus, de reposer mes pensées pas de râler dans ma cuisine et de rameuter le quartier autour dun repas forcé. Ils partent, et cest moi qui dois frotter les miettes et douter ensuite : ai-je été lhôtesse parfaite ou non ?

Notre ville regorge de lieux où lon peut se sentir vivant. À notre époque, est-il vraiment nécessaire de fêter les anniversaires ou les prénoms entre quatre murs ? Jaspire seulement à profiter de tout cela sans courir après mon balai ou mon chiffon.

Maintenant, mon appartement est mon petit univers, étrangement silencieux, bercé par des rêves flous où je flotte seule. Il ny a ici que ce qui me plaît. Certains diront que je suis une ermite asociale, mais cette idée ne me fait ni chaud ni froid.

Est-ce que toi, tu comprends mon point de vue, ou nest-ce quune étrangeté de plus dans ce Paris qui rêve tout haut ?

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