Jai cinquante ans et il y a un an, mon épouse, Claire, est partie du domicile avec nos enfants. Elle est partie un jour pendant mon absence, et lorsque je suis rentré à notre appartement à Lyon, plus personne nétait là.
Il y a quelques semaines, jai reçu un courrier : une demande de pension alimentaire. Depuis ce jour, la somme est prélevée automatiquement de mon salaire. Je nai pas mon mot à dire. Impossible de négocier, impossible de retarder le paiement. Largent disparaît directement de mon compte chaque mois, sans que je le voie passer.
Je ne vais pas prétendre être un modèle de vertu. Jai trompé Claire, à plusieurs reprises. Je nai jamais vraiment caché mes aventures, mais je nai jamais eu le courage de les confesser non plus. Elle me disait sans cesse quelle avait limpression de voir des preuves là où il ny en avait pas, que jexagérais, que ce nétait que son imagination.
À cela sajoutait mon sale caractère. Je criais souvent. Je memportais pour des broutilles. À la maison, on faisait ce que je décidais, quand je lavais décidé. Si quelque chose ne me plaisait pas, on le devinait rapidement au ton de ma voix. Parfois, il marrivait de jeter des objets sur un coup de colère. Je ne les ai jamais frappés, mais je les ai effrayés bien souvent.
Jai finalement compris que mes enfants avaient peur de moi, bien trop tard. Quand je rentrais du travail, ils se taisaient aussitôt. Si je montais le ton, ils filaient dans leur chambre. Claire marchait sur des œufs, pesait chaque mot, et évitait soigneusement toute dispute. Je croyais que cétait du respect. Aujourdhui, je comprends que ce nétait que de la crainte.
À lépoque, je nen avais cure. Je me prenais pour celui qui ramenait largent, le chef de famille qui fixe les règles.
Le jour où elle a décidé de partir, je me suis senti trahi. Jai cru quelle sopposait à moi. Jai alors commis une nouvelle erreur. Jai refusé de lui donner de largent, non par manque de moyens, mais par esprit de vengeance. Jespérais quelle reviendrait ainsi, quelle se lasserait de cette situation, quelle finirait par réaliser quelle ne pouvait pas vivre sans moi. Je suis même allé jusquà dire que si elle voulait de largent, elle navait quà rentrer à la maison. Que je ne dépenserais pas un seul euro pour quelquun qui préférait vivre loin de moi.
Mais Claire nest jamais revenue. Elle est allée consulter un avocat sans attendre. Elle a déposé une demande de pension alimentaire, a fourni toutes les pièces nécessaires ses dépenses, mes revenus, des preuves irréfutables. Tout a été réglé bien plus vite que ce que je croyais : le juge a imposé une retenue automatique sur mon salaire.
Depuis, à chaque fin de mois, je vois mon revenu « amputé ». Impossible de cacher quoi que ce soit, ni de contourner le système. Largent disparaît avant même que jaie pu lutiliser.
Aujourdhui, je vis seul. Plus dépouse, plus denfants à la maison. Je les vois rarement, et toujours avec une certaine distance. Ils ne me disent plus rien. On ressent bien que je ne suis pas le bienvenu.
Ma situation financière na jamais été aussi difficile. Je paie un loyer, la pension, les dettes Il ne me reste pratiquement rien. Parfois, cela mirrite. Dautres fois, je ressens de la honte.
Ma sœur, Élodie, ma clairement fait comprendre que je ne pouvais men prendre quà moi-même.