Il n’y aura pas de mariage

Il ny aura pas de mariage

Je me souviens encore de cette scène, comme si elle venait tout juste de se dérouler dans un appartement parisien. Camille franchit le seuil de la chambre et sarrêta, frappée par lémotion. Devant elle, dans une robe de mariée dune élégance rare, se tenait son amie Solène. Sa silhouette était sublimée par la coupe du vêtement, et dans ses yeux brillait une joie ténue, presque fragile. Camille, transportée, laissa échapper :

Tu es rayonnante, Solène ! sexclama-t-elle sans pouvoir détacher son regard. Je suis si heureuse pour toi ! Tu as réussi à tourner la page, à ouvrir ton cœur à dautres sentiments, enfin libérée de lombre de Bastien ! Tu peux être fière de toi.

Le visage de Solène sassombrit légèrement, sa bouche se crispa lespace dun instant. Rapidement, elle se saisit des agrafes de sa robe, évitant le regard de Camille.

Je ferais mieux de lenlever, murmura-t-elle en dégageant doucement les petits crochets sur le côté. Il ne reste que deux semaines avant la cérémonie. Si jamais quelque chose arrivait à la robe, je naurais jamais le temps den retrouver une pareille.

Camille mordilla sa lèvre. Elle comprit aussitôt quelle avait commis une maladresse. Pourquoi avoir évoqué Bastien ? Il navait aucune place dans la nouvelle vie de Solène surtout après ce quil lui avait fait subir !

Autrefois, Solène simaginait que Bastien était lhomme de sa vie. Elle croyait dur comme fer à leur avenir commun, à un amour sincère et solide. Progressivement, tout avait valsé. Il avait pris ses distances, trouvé mille excuses pour éviter les rencontres, puis ouvertement critiqué ses choix, ses amis, ses ambitions. Il lavait dissuadée de poursuivre un projet prometteur au travail, puis fait abandonner son rêve de partir en stage à Londres. Enfin, il avait prétexté quelle devait changer complètement de voie.

Ses parents, qui vivaient dans la banlieue lyonnaise, ne comprenaient plus ce qui se passait. Ils voyaient leur fille séteindre à petit feu, perdre confiance, sans rien pouvoir y faire. Les tentatives de discussion se soldaient par des disputes, car Bastien avait convaincu Solène que sa famille refusait de le voir pour nuire à leur grand amour. Peu à peu, Solène coupa les ponts avec ses proches.

Et puis, du jour au lendemain, il disparut. Sans un mot dadieu, sans expliquer son départ, laissant derrière lui une blessure profonde et un enfant que Solène, envers et contre tout, avait décidé daccueillir.

Aujourdhui, Camille observait son amie qui rangeait à la hâte la robe blanche, envahie par une vague de culpabilité. Elle voulait simplement partager son bonheur, la voir sépanouir, jamais réveiller ces souvenirs douloureux

La petite Bastienne cétait le prénom que Solène avait donné à sa fille, pensant alors honorer une mémoire avait déjà quatre ans. Une fillette curieuse et vive, toujours à poser mille questions sur le monde qui lentourait : Pourquoi le ciel est-il bleu ? Où vont les nuages ? Quelle est cette fleur ? Les éducatrices de la maternelle louaient régulièrement son intelligence : Bastienne apprenait vite, retenait des poésies, écoutait volontiers de longues histoires.

La fillette passait la plupart de son temps chez ses grands-parents, les parents de Solène, dans une maison près de Villeurbanne. Avec enthousiasme, ils lavaient inscrite à la natation, linitiaient à la danse et laccompagnaient à son école où langlais était à lhonneur. Solène, accaparée par son travail à Lyon, passait voir sa fille deux fois par semaine, mais jamais plus dune heure.

La raison était douloureusement simple : Bastienne ressemblait trait pour trait à son père, Bastien. Les mêmes cheveux bouclés, ce regard en amande, ce rire qui avait jadis fait chavirer Solène. À chaque fois quelle prenait sa fille dans ses bras, la jeune mère était ramenée vers le passé, vers les illusions dun bonheur familial envolé. Elle aimait sa fille de tout son cœur, était fière delle, se réjouissait de ses progrès mais à chaque sourire, sa peine remontait, la gorge se serrait, les yeux devenaient humides. Elle détournait alors la tête, prétendait remettre une mèche en place ou chercher un mouchoir, puis versait quelques larmes hors de portée du regard de lenfant.

Une fois, en fin daprès-midi, Solène vint chercher Bastienne chez ses parents. Assise sur le tapis du salon, la fillette assemblait un puzzle, concentrée, les sourcils froncés. À larrivée de sa mère, elle se leva dun bond :

Maman, regarde ! lança-t-elle en la tirant vers son chef-dœuvre. Bientôt le puzzle sera fini. Il y a une maison, un arbre et là, il y aura un chien !

Solène sassit à côté delle en tentant desquisser un sourire :

Cest magnifique, dit-elle en caressant les cheveux de la petite. Tu as vraiment bien travaillé.

Bastienne réfléchit une seconde, puis leva les yeux vers elle :

Dis, maman, où est mon papa ? À lécole, tous les enfants ont un papa, sauf moi

Solène fut tétanisée ; son cœur se noua. Elle sefforça de garder un ton calme :

Je ne sais pas, ma chérie. Ton papa est loin en ce moment. Mais il pense à toi, cest certain.

Mais pourquoi il ne mappelle jamais ? demanda lenfant, boudeuse. Jaurais aimé lui dire que jai appris à lacer mes chaussures !

Il il est très occupé, souffla Solène difficilement. Mais je suis sûre quil serait très fier de toi.

La fillette sembla accepter la réponse et retourna à son puzzle.

Daccord. Comme ça, quand ce sera fini, il verra que je suis très forte !

Solène resta à ses côtés, silencieuse, noyée démotion. Elle aurait voulu dire plus, la rassurer, mais aucun mot ne venait. Elle se contenta de lui caresser les cheveux, retenant à tout prix ce moment simple, empli de tendresse, consciente quil neffacerait jamais les doutes sans réponse.

Pourtant, Solène pensait souvent à Bastien, le père. Au tréfonds delle-même, elle continuait à lui trouver des excuses. Laurait-il quittée pour une raison grave ? Avait-il été victime dun accident, empêché de la joindre ? Ces pensées laidaient à tenir, à ne pas sombrer dans le désespoir.

Entourée de proches bienveillants, Solène refusait leurs mises en garde : Tourne la page, concentre-toi sur ta fille et sur toi. Ses amis allaient droit au but : Il ta abandonnée, il faut passer à autre chose ! Mais Solène se fermait, répondait quils ne pouvaient pas comprendre, se repliait sur ses souvenirs et ses promesses envolées.

Cependant, la vie continuait. De temps en temps, elle fouillait furtivement les réseaux sociaux, contactait danciens amis de Bastien, publiait timidement des messages dappel à laide. En vain, toujours. Mais renoncer lui était impossible ; elle nacceptait pas encore que Bastien soit volontairement parti, sans intention de revenir.

Cinq ans passèrent ainsi. Puis un jour, par le plus grand des hasards, Solène fit la connaissance de Paul lors dun anniversaire à Montmartre. Dès leurs premiers échanges, il se montra dune discrétion et dune sincérité désarmantes. Paul était tout ce quelle nosait plus espérer : attentif, bienveillant, solide, sans jamais forcer les confidences ni exiger des sourires factices. Il devint un appui, une épaule sur laquelle elle pouvait se reposer, une présence apaisante. Paul devinait ses préférences, se souvenait du prénom de son supérieur, réglait les soucis du quotidien tout en restant en retrait, sans arrogance.

Ce qui, sans doute, émut le plus Solène fut la bienveillance de Paul à légard de Bastienne. Leur première rencontre fut timide ; la fillette observait le nouvel homme dun air méfiant, cramponnée à sa mère. Mais Paul saccroupit, lui demanda quels dessins animés elle préférait, et en une demi-heure, ils montaient ensemble une maquette et la petite exhibait fièrement ses peluches.

Peu à peu, Paul devint un habitué des repas dominicaux chez les parents de Solène, soccupa de Bastienne, lemmena au parc de la Tête dOr, lui apprit le vélo et lui lisait une histoire le soir. Un soir, alors que Solène les surprit en train de dessiner ensemble, Paul murmura : Je voudrais être un vrai papa pour elle. Si tu es daccord, je souhaite ladopter.

Camille, qui voyait son amie renaître, était sincèrement ravie. Les cernes sous les yeux de Solène disparaissaient, ses sourires devenaient naturels, et linquiétude chronique semblait sestomper. Mais en évoquant un peu trop vivement Bastien, Camille avait réveillé une blessure à vif. Elle priait maintenant que Solène ne replonge pas dans la tristesse.

Solène, contre toute attente, maîtrisa son trouble.

Tu sais, jai grandi, confia-t-elle en posant calmement la robe sur le lit. Je comprends que mes sentiments pour Bastien sont du passé. Parfois, je regrette davoir donné son prénom à ma fille. Jétais têtue, je ne voulais écouter personne Comment avez-vous supporté tout ça ?

Camille lui toucha doucement la main :

Tu comptes récupérer Bastienne chez tes parents ?

Oui, répondit Solène plus sérieusement. Paul insiste particulièrement. Il suggère même de changer son prénom, pour que tout soit plus simple. De toute manière, il faudra refaire létat civil au moment de ladoption.

Elle marqua une pause, observant la pluie ruisseler derrière la fenêtre.

Tu sais, longtemps, jai cru que Bastienne me rappellerait sans cesse Bastien. Mais javais tort. Cest ma fille, et elle mérite davoir une véritable enfance, avec deux parents qui laiment ! Les grands-parents, cest précieux, mais ça ne remplace pas un foyer. Paul la parfaitement compris. Il sest énormément attaché à elle.

Cest une belle idée ! Tu pourrais lui demander quel prénom elle préfère, proposa Camille. Ce serait une manière douce damorcer le changement.

Je ne sais pas encore. On a le temps dy réfléchir.

En vérité, Solène trompait un peu son monde. Bastien occupait toujours une place au fond de son cœur. Mais cette affection ne lui apportait rien. Ses parents finissaient par lui refuser de garder la petite, inquiets à cause de ses crises de larmes à chaque visite. Les amis fuyaient ses confessions. Il était donc temps de laisser enfin le passé là où il était.

Et de songer à la noce, du moins, essayer.

Mais cétait terriblement difficile

Paul était certainement un homme merveilleux, mais il nétait pas Bastien. Solène ne ressentait pas damour profond, elle profitait de son attachement, sans parvenir à éprouver autre chose.

Si Bastien revenait Solène aurait tout donné pour le retrouver.

********************

Le mariage naura pas lieu ! lança-t-elle, exaltée, en esquissant presque un pas de danse. On se sépare, comme deux navires sur locéan !

Paul en resta interdit, fixant Solène en tentant de saisir le sens de ses paroles. Leur union était prévue dans une semaine. Tout était prêt, traiteur commandé, invités conviés, fleurs choisies Comment pouvait-elle annoncer cela à linstant ?

Comment ça, naura pas lieu ? demanda-t-il, incertain si la situation était réelle ou surréaliste. Solène, mais quest-ce qui se passe ? Explique-moi.

Solène ignora ses questions, sempressa de jeter quelques vêtements dans sa valise, un sourire inattendu et éclatant aux lèvres.

Bastien est revenu ! sexclama-t-elle, le cœur débordant. Il est revenu hier, nous avons parlé Au début, je ny ai pas cru !

Elle se retourna vers Paul, les yeux brillants, sans trace de regret uniquement de lenthousiasme.

Je te remercie pour ces derniers mois, dit-elle en adoucissant sa voix. Jai partagé avec toi un quotidien doux et paisible Tu es quelquun de bien, Paul. Mais je ne tai jamais aimé dun amour sincère. Aujourdhui, jai la chance de retrouver un vrai bonheur, je ne peux pas la laisser passer.

Paul sentit un froid douloureux lenvahir. Bastien, toujours Bastien. Lombre quil navait jamais réussi à effacer, malgré ses efforts. Il savait que Solène gardait de vieux sentiments, mais avait espéré quavec le temps, ils séteindraient.

Tu las vu ? Que ta-t-il dit ? Quelle excuse ta-t-il donnée cette fois-ci ? questionna-t-il, la gorge serrée.

Il na rien justifié, répondit-elle sèchement. Il ma simplement confié quil avait compris son erreur. Que tout ce temps, il navait pensé quà moi.

Tournant le dos, elle poursuivit son rangement, laissant Paul prostré.

Nous avons discuté au téléphone, expliqua-t-elle, fouillant un dernier tiroir. Ses parents lont forcé à partir étudier à Oxford, sans quil puisse me prévenir. Imagine ! Tout ce temps, il pensait à moi, mais navait simplement pas les moyens de me joindre. Maintenant, tout va changer ; nous allons enfin être heureux ensemble !

Solène repensa à cette conversation, la toute première depuis des mois. La voix de Bastien tremblait démotion :

Solène, pardon pour tout. Mes parents ont été intransigeants. Cétait Oxford, ou ils tournaient la page. Je me suis battu, mais ils ont coupé ma carte bancaire, tout Je navais même plus mon téléphone !

Pourquoi ne pas mappeler au moins une fois ? demanda-t-elle dune voix éraillée.

Je nai pas osé. Que taurais-je dit, sinon, que javais été faible ?

Lécoutant, Solène sentit la colère se dissoudre, la tendresse revenir. Elle comprit quelle avait attendu cet appel nuit et jour.

Désormais, tout sera différent. Jai tout quitté, je suis rentré en France, je ne repars plus !

Les paroles de Bastien résonnaient dans sa tête tandis quelle bouclait sa valise devant Paul.

Elle fit une dernière vérification de la pièce. Paul affichait un visage blême, les traits figés.

Ne ten fais pas, ajouta Solène dune voix douce mais assurée. Jai prévenu tout le monde. Personne ne viendra timportuner. Bien sûr, les regards de pitié tentoureront, tu tiendras bon.

Elle agrippa la poignée de sa valise, la souleva péniblement puis, se reprenant, se dirigea vers la porte sans hésitation.

Paul restait là, debout, le cœur dévasté mais digne. Il aurait voulu protester, exiger une explication, mais sen abstint. Il serra les poings, puis desserra, ravalant sa fierté.

Peut-être vas-tu trop vite ? demanda-t-il en lui adressant un dernier regard.

Solène simmobilisa, la main sur la poignée de la porte.

Et sil refusait de reprendre votre histoire ? sil reniait ta fille ? sil tavait déjà fait une proposition ?

Elle pivota soudain, le visage empreint de passion mêlée de colère.

Il minvite à une discussion sérieuse !, lança-t-elle. Cest bien suffisant ! Ne tente pas dassombrir son image : Bastien na jamais été comme ça !

Sa voix trembla, mais elle se ressaisit aussitôt, traîna sa valise vers la sortie.

Tu pourrais maider, marmonna-t-elle, exaspérée par le poids.

Paul esquissa un mouvement, mais se ravisa ; pourquoi aider celle qui venait de piétiner son cœur ?

Solène était déjà ailleurs, pressée par ses illusions dun nouveau départ. Elle rêvait secrètement dun accueil ébloui, de déclarations enflammées, dune vie de bonheur retrouvée.

Mais la réalité naurait rien de commun avec ses espoirs. Car Bastien, de son côté, avait dautres desseins : il ne prévoyait ni serment ni recommencement ; il souhaitait simplement clore le passé car il était déjà engagé.

Solène, toute à son ivresse, ne voulait rien voir. Elle avait tant attendu ce moment, quelle saccrochait à ses rêves, refusant encore une fois la déception.

Arrivée devant la porte, elle manqua de se retourner, hésitant à dire quelque chose, puis se ravisa, ouvrit brusquement, disparut sur le palier sans une dernière parole.

Paul resta là, figé au milieu de la pièce, puis sécroula sur le fauteuil. Dans le vague, flottait encore un effluve de son parfum, quelques mots résonnaient encore : Bastien nest pas comme ça Le poids de la solitude et du chagrin sabattait sur lui. Il lui fallait désormais apprendre à vivre sans elle, sans projet, sans illusions.

*********************

Ce fut Bastien qui ouvrit la porte, surpris par cette visite matinale. Sur le palier, Solène, deux valises à la main, paraissait prête à conquérir de nouveau limpossible. Il resta interdit, se demandant comment elle avait pu, encore une fois, se tromper autant.

Pour lui, tout cela était du passé. Lorsquil avait su que Solène fréquentait Paul, il sétait senti libéré. Il pouvait rentrer à Bordeaux, construire sa vie dans la quiétude, sans craindre un retour inopiné dans lancien monde. Il avait même, secrètement, adressé des pensées reconnaissantes à Solène davoir trouvé un autre compagnon.

Il lavait appelée, certes, mais uniquement pour mettre un terme respectueux à leur histoire, comme il convenait. Honorer les souvenirs, puis aller de l’avant.

Mais voilà quelle se dressait devant lui, pleine despoir.

Bastien ! Jai tout décidé. Nous allons enfin être réunis ! cria-t-elle, sûre dêtre attendue.

Il fit un pas en arrière, rassemblant ses pensées.

Solène, attends. Tu ignores tout, je crois.

Le sourire quitta le visage de Solène, la joie laissé place au doute.

De quoi parles-tu ? Nous avions prévu de parler, de reprendre notre vie !

Bastien inspira profondément.

Je suis marié, Solène. Depuis deux ans. Je suis heureux avec ma femme.

Solène blêmit, le souffle coupé. Les larmes roulèrent, lincompréhension se lisait sur son visage.

Ce nest pas possible Tu mas dit que tout avait changé !

Je tai appelée pour te dire au revoir dignement. Pour que chacun suive son chemin. Il ny a désormais rien à raviver.

Solène recula, les mains tremblantes.

Tu mas menti ! Tu mas laissée croire que tu voulais me retrouver ! Jai tout quitté pour toi !

Je ne tai jamais rien promis, répliqua-t-il calmement. Tu as cru ce que tu voulais entendre. Je navais pas le cœur de te blesser cruellement. Mais il faut être lucide, Solène.

Devant son emportement, Bastien dut lui indiquer, poliment mais fermement, la sortie. Il referma la porte, espérant tourner la page.

Solène sacharna pourtant sur la porte, pleurant, criant son nom. Les voisins, exaspérés, ouvraient leurs fenêtres. Après une heure de revendications et de larmes, menacée par la police, elle finit par quitter les lieux, lançant au passage :

Je reviendrai ! Tu regretteras !

Bastien, vidé, sassit dans son salon. Il savait que tout était loin dêtre fini. Solène était obstinée, il faudrait probablement quitter bientôt lappartement, changer de quartier, de vie

***********************

Solène marcha longuement dans les rues, les songes lourds et le cœur vide. Paris lui semblait gris, froid, étranger. Elle sétait vu accueillie triomphalement, réinventant sans cesse la scène du grand retour. Or, la réalité ne lui avait laissé aucune place.

Elle erra, portée par laccablement, jusquau pied de limmeuble de Paul. Relevant la tête, séchant ses larmes, elle gravit les marches et sonna, la gorge nouée.

Paul ouvrit, dur et distant. Il ne linvita pas à entrer. Solène sadressa à lui dune voix suppliante :

Paul, je sais tout ce que jai fait, combien jai été injuste et cruelle. Mais je voudrais pouvoir rattraper mes erreurs.

Sa voix vacilla.

Je ne parlerai plus jamais de Bastien, je te le promets. Cétait une folie. Jai compris que cest toi que jaime, seulement toi. Donne-moi une seconde chance.

Paul secoua doucement la tête. Il nétait pas homme à retomber dans lengrenage du doute.

Solène, tu as fait ton choix. Quelques heures plus tôt, tu quittais mon appartement, convaincue et décidée. Cétait ton seul vœu.

Je métais trompée ! sexclama-t-elle. Javais perdu la raison !

Il soupira, puis, dun ton sec et doux à la fois :

Tu nes pas partie de toi-même, tu es allée vers un autre. Aujourdhui que tout sécroule, tu veux revenir. Non, ce nest plus possible. Je ne crois plus à tes mots. Adieu, Solène.

Solène, abattue, sentit que tout en elle seffondrait. Paul la fixa, serein ; il ny avait plus de place pour le doute ni la colère, seulement une certitude sans appel.

Sil te plaît souffla-t-elle dans un sanglot.

Pardonne-moi, cest mieux ainsi pour nous deux.

Il referma la porte, la laissant seule dans le couloir. Solène saffaissa sur les marches, recroquevillée, et se mit à pleurer silencieusement. Mais, cette fois, cétaient les larmes dun vrai adieu. À Bastien, à Paul, à tout ce quelle naurait jamais su garder ni protéger. Et le présent qui souvrait devant elle semblait plus incertain que jamais.

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: