Hier, mon copain m’a dit :

Il y a longtemps, mon compagnon mavait dit un soir :

Samedi, les copains viennent à la maison. Tu pourrais passer le week-end chez tes parents ?

Je suis restée figée, ma tasse entre les mains :

Paul, encore ?

Ben oui, tu sais bien. Une fois par mois, on se réunit, ma-t-il répondu.

Je savais, en effet : chaque mois, ses amis viennent chez nous jouer à des jeux de société, et chaque fois, il me demande de quitter pour la nuit notre appartement commun. Cela fait deux ans que nous vivons ensemble. Jai trente et un ans, lui trente-quatre. Tous ses amis ont autour de la trentaine, mariés ou en couple, mais pour une raison que jignore, il ny a que moi qui devrais partir quand ils se retrouvent.

Je me retrouve chez mes parents, ma grand-mère ou une amie comme une enfant quon envoie dormir ailleurs pendant que les « grands » samusent. Et franchement, cest humiliant.

Le tout premier « soir sans femmes »

Tout avait commencé il y a un an et demi, peu après le début de notre vie à deux.

Paul mavait prévenue :

Les copains viennent samedi, on va jouer aux jeux de société. Tu pourrais tabsenter ?

Jétais étonnée :

Pourquoi ? Cest aussi chez moi.

On veut faire une soirée entre hommes. Comme ça, personne ne dérange.

Et les autres femmes, elles partent aussi ?

Non. Mais elles habitent ailleurs, tu comprends ? Nous, on vit ensemble, ça serait moins pratique pour toi.

Je métais dit : « Bon, pour cette première fois, laissons-les tranquilles ». Je suis partie chez une amie.

Paul était rentré ravi :

Merci dêtre partie, cétait super !

Un mois plus tard, rebelote :

Les gars viennent samedi. Tu pourrais aller chez tes parents ?

Je suis allée chez mes parents.

Le mois suivant chez ma grand-mère.

Encore après chez une autre amie.

Et ainsi de suite, depuis un an et demi : moi, je quitte notre foyer chaque mois, pour son fameux « soir sans femmes ».

Ce qui ma blessée

Récemment, jai appris que les autres femmes ne quittaient pas leur appartement pendant ces soirées.

Jai demandé à lune dentre elles, Élodie, la compagne de Maxime, un ami de Paul :

Élodie, tu vas où quand ils jouent aux jeux chez vous ?

Étonnée, elle ma répondue :

Mais nulle part ! Je reste à la maison, je moccupe, et eux jouent dans le salon.

On ne te demande pas de sortir ?

Non, pourquoi ? Cest chez moi aussi.

Jai discuté avec deux autres femmes. Aucune ne séclipse pour laisser la place aux copains. Juste moi.

Jai alors interrogé Paul :

Pourquoi les autres restent alors que toi, tu me demandes toujours de partir ?

Il a réfléchi puis ma dit :

Leurs appart sont plus grands, deux, trois pièces. Elle reste dans une, nous dans lautre. Nous, on est dans un petit deux-pièces tu serais à létroit.

Mais moi, ça ne me dérange pas. Je peux lire dans la chambre ou écouter de la musique avec un casque.

Non, vraiment, cest mieux que tu tabsentes. Tout le monde est plus à laise comme ça.

Tout le monde. Sauf moi. Eux, ils sont à laise quand je ne suis pas là.

Ce qui me blesse : quitter mon propre foyer

À chaque fois que je prépare mes affaires pour partir dormir ailleurs, jai limpression dêtre une étrangère chez moi. Je paie la moitié du loyer, cest chez moi, et pourtant, une fois par mois, on me demande de quitter ma propre maison pour ses amis.

Je pars chez ma grand-mère, mon sac à la main, et elle me demande :

Vous vous êtes encore disputés ?

Non, Mamie. Cest juste que Paul reçoit ses amis.

Et toi, tu ne restes pas chez toi ?

Et la honte me gagne, de devoir expliquer que mon compagnon préfère que je men aille.

Je vais chez mes parents. Ma mère me regarde étonnée :

Tu étais déjà là hier. Pourquoi reviens-tu ?

Paul a décidé que cest « soirée sans femmes », je marmonne.

Ma mère ne dit rien, mais son regard est pesant, rempli de reproche.

Linjustice des doubles standards

Paul ne cesse de répéter que je ne suis « pas exigeante ». Quil a de la chance dêtre avec une fille comme moi, alors que, selon lui, les autres femmes réclament des restaurants, des cadeaux, des voyages.

Les autres vont au resto deux fois par semaine, lance-t-il. Et toi, tu ne demandes rien, tu es compréhensive.

En effet, je ne réclame rien. Nous sortons dans un petit café une fois par mois. Pas de vacances ensemble en deux ans.

Les autres couples partent tous les six mois en voyage, poursuit-il. Toi, tu ne râles jamais. Franchement, bravo.

Je ne râle pas parce que je sais bien quil y a suffisamment dargent, Paul gagne bien sa vie.

Mais si je demande à rester chez nous quand ses copains viennent, alors là, je passe pour lemmerdeuse.

Tu pourrais bien partir juste une fois par mois, non ? dit-il. Ce nest pas compliqué.

Non, ce nest pas compliqué. Préparer mes affaires, quitter mon chez-moi, aller dormir chez mes proches parce quil lui faut une soirée entre hommes.

Je ne demande pas les étoiles, pas de voyages, ni de resto. Juste le droit de rester dans mon appartement ça, cest trop.

Ce que dit sa mère : une voix de raison

Dernièrement, sa mère a appris ce quil se passait et elle sest étonnée :

Pourquoi tu pars ? Cet appartement est autant le tien. Reste donc et fais connaissance avec ses amis !

Je lui ai expliqué :

Tu sais, ils veulent des soirées « entre hommes ». Je me sentirais de trop.

Elle a secoué la tête :

Tu es sa compagne, tu devrais faire partie de sa vie, rencontrer ses amis. Si ton homme te cache, cest étrange.

Elle a raison. Cela fait deux ans et je ne connais quasiment personne de son cercle. Je les croise au seuil quand ils arrivent, moi je men vais.

Mais quelque part, jai toujours eu peur. Pas très à laise avec les inconnus. Plus simple de partir que dêtre là, gênée. Ou alors, peut-être que jai peur que les autres pensent : « Pourquoi elle sen va ? Paul la met dehors ? »

Ce que jai appris : il nest pas toujours invité

Jai aussi découvert récemment quen fait, lorsque Paul décline une invitation pour bosser ou parce quil est malade , ses amis se réunissent sans lui, mais ne le préviennent même pas.

Pourquoi tu nétais pas convié ? leur ai-je demandé.

Jai annulé, alors ils se sont vus sans moi.

Et personne ne ta invité ?

Non. Ils ont dû oublier.

Oublié. Ou alors, ils navaient pas envie quil vienne.

Et puis, lors de trois mariages du groupe, Paul na même pas été invité.

Pourquoi tu nes pas allé au mariage de Maxime ? ai-je demandé.

Je ne sais pas. Il disait que le budget était serré.

Ou alors peut-être quil nest pas aussi proche deux quil ne se limagine.

Pourtant, chaque mois, il les invite, me pousse à partir pour leur faire de la place, mais eux, pas un ne la invité à ses noces

Ce que jai compris : la peur de demander

Depuis une semaine, je me questionne : pourquoi je ne réclame rien ? Ni restaurants, ni vacances ? Pourquoi jaccepte de meffacer chaque mois ?

Parce que jai peur. Peur que si je commence à vouloir quelque chose, il parte.

Paul me félicite sans cesse parce que je suis « facile à vivre », alors je crains de perdre cette réputation, de devenir la « chieuse de service ».

Alors je pars. Pour lui rendre la vie plus facile. Pour ne pas le perdre.

Mais plus jy pense, plus je réalise : je me perds moi.

Où jen suis aujourdhui : le choix

Samedi prochain, cest encore ce fameux soir. Paul ma déjà glissé, lair de rien :

Tu vas bien chez tes parents, nest-ce pas ?

Je ne dis rien. Je réfléchis : partir, ou rester ?

Si je pars, tout continuera comme avant. Je tairai mes besoins, je montrerai une nouvelle fois que mes limites nont pas dimportance.

Si je reste, ce sera la dispute. Il affirmera : « Tu gâches la soirée, tu es devenue exigeante ».

Et je ne sais pas ce qui est pire : partir de mon propre foyer ou rester et me sentir coupable.

Mais une chose est désormais certaine : cela ne peut plus durer.

À vous mesdames, est-ce quon vous a déjà demandé de quitter la maison quand les copains de votre compagnon débarquaient ? Comment avez-vous réagi ?

Messieurs, expliquez-moi : pourquoi organiser des « soirées entre hommes » où il faudrait que les femmes quittent leur propre domicile ?

Mesdames, avez-vous déjà côtoyé un homme qui vous louait pour votre « absence dexigences » ? Quest-ce que cela impliquait ?

Messieurs, si vos amis ne vous invitent jamais à leurs mariages alors que vous les recevez chez vous, est-ce vraiment ça, lamitié ?

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