Football : Passion, Clubs et Rivalités – L’univers captivant de la FIFA en France

-La voilà, la demoiselle ! Tas vu comment elle est habillée ? Les gens, normalement, le matin, ils partent bosser, mais elle ?! Où va-t-elle bon sang, avec son pantalon blanc dans cette gadoue ?

-Oh, mais elle ne marche jamais, tu le sais bien ! Toujours dans sa voiture, cette immense fourgonnette quelle trimballe.

-Heureusement quelle shabille encore décemment ! As-tu vu ce quelle porte autour du cou ?

-Non, quoi donc ?

-Un tatouage ! Voilà ce quelle a ! Qui fait ça franchement ? On dirait une ex-taularde, cest pas possible ! Elle est jeune encore, mais déjà tatouée comme une vieille. Jose pas imaginer ce que sa mère dirait si elle la voyait ! Il ny a personne pour la remettre dans le droit chemin Une pauvre âme perdue.

La bande du banc, devant limmeuble, sanimait, les yeux rivés sur Camille.

Entre deux potins, pourquoi ne pas bavarder, surtout quand les sacs de commissions attendent déjà par terre, à leurs pieds, et que rentrer à la maison napporte rien dautre que la routine ? Nest-ce pas leur bouffée dair, pendant que tout se répète à l’infini Enfants petits ou grands, cuisine, ménage Il ny a plus de joie, à part quelques jours de fête, puisquil est de plus en plus difficile den trouver. Le bonheur, chez les gens simples, se partage et seffrite entre les soucis et la préoccupation constante de nourrir les siens, de ramener des friandises pour les petits-enfants, et de sémouvoir dun bisou sur un crâne chaud. Voilà toute la tendresse quil leur reste, parfois

Dailleurs, tout le monde na même pas cette chance. Regarde Mme Grivet ses enfants lont prévenue, pas la peine dattendre des petits-enfants, car aujourdhui ce nest plus à la mode. Ce qui se fait, cest de voyager, profiter des vacances, navoir de compte à rendre à personne. Comment ils y arrivent, ceux-là ? Peut-être comme Camille, la fille de Nathalie.

Pourtant, elle était gentille, cette petite ! Bonne élève, polie, toujours à courir à lécole. Tout a changé depuis la mort de sa mère. Depuis, elle vagabonde toute la journée, sans travailler. Et encore, si au moins elle poursuivait ses études ! Mais non ! La fille dYvonne prétend même quelle se livre à de drôles dactivités, Camille : elle ferait des tatouages ! Elle a ouvert son propre salon ! On aura tout vu

Quand il y a quelques années, le père de Camille est réapparu, on a cru quil remettrait la fille dans le droit chemin, quil la conseillerait sur la vie. Mais au final ? Il lui a acheté cette affreuse voiture qui prend la moitié de la cour et puis il a disparu, laissant la gamine livrée à elle-même. Elle avait à peine vingt ans. Qui laisse une fille si jeune toute seule comme ça ? Imagine quelle fasse une mauvaise rencontre Adieu lappartement hérité de sa mère et cette voiture qui gêne tout le monde.

Voilà quelle repart encore Où va-t-elle ? Mystère. Même pas un regard en arrière ! Une vraie coquette ! Toujours en blanc

Pour Camille, les commérages du quartier navaient pas la moindre importance. Elle avait bien assez de ses propres tracas. Comme aujourdhui, où son agenda débordait de rendez-vous. Il lui faudrait des journées plus longues Sa mère répétait toujours quelle finirait par apprendre à utiliser son temps.

-Camille, tout en dépend ! Certains courent dans tous les sens, se plaignent de ne jamais y arriver, envient ceux qui réussissent. Mais le secret est tout simple : qui sait organiser son temps arrive presque à tout.

-Et comment je fais, maman, pour être amie avec le temps ?

-Ne le gaspille pas. Ne te disperse pas. Choisis ce qui compte vraiment pour toi et consacre-y le temps nécessaire. Prends aussi un peu pour le repos, cest précieux aussi. Un être humain ne peut pas vivre uniquement pour accomplir des tâches. Il faut aussi se divertir et se reposer. Sinon, tu te brises.

-Pourquoi ?

-Tu nes pas en fer ! Si tu te consumes, quest-ce qui reste ? Et à qui cela sert-il ? À personne, ma fille Tu deviens fatiguée, irritable Et cest bien ce qui arrive quand on ne saccorde jamais de pause. Travaille, mais ne toublie pas non plus.

-Et si je me fais un emploi du temps, maman ?

-Vas-y, mais souviens-toi que tu dois respecter léquilibre. Quand tout est rangé dans ta vie, tu peux enfin respirer

Camille se rappelait bien ces conseils, mais ce nétait pas évident de les suivre. Même son agenda parfois ne suffisait pas. Que faire quand tout semble urgent, quand chaque chose réclame dêtre faite à la minute ? Aujourdhui, trois cours à suivre, mais elle nassistera quà un : deux clientes la veulent absolument et il faut aussi passer chez Amélie. Or, qui dit Amélie dit Pierre, et ce ne sera pas rapide. Ensuite, voir Antoine pour laider à déménager Sans oublier daller rencontrer les nouveaux clients, qui partent la semaine prochaine alors quelle na même pas retenu leurs prénoms. Arrivera-t-elle à tout faire ?

Enfin, lembouteillage où Camille était coincée se dissipa un peu, elle appuya sur laccélérateur. Sa voiture répondit tout de suite, douce et rassurante, comme pour lui dire : Tinquiète, on va y arriver ! On na pas fait tout ce chemin pour rien, cest moi qui te fais gagner du temps.

Elle caressa tendrement le volant.

-Merci, papa

Quon lui dise, il y a deux ans, quelle remercierait son père Camille en aurait ri au nez. Elle lavait détesté presque aussi longtemps quelle sen souvienne.

Sa mère ne lui avait jamais dit le moindre mal de lui, au contraire, elle répétait quil était brillant, et que Camille lui ressemblait tant.

Mais comment ce grand esprit avait-il pu abandonner son enfant, partir si loin et loublier ? Cette colère avait grandi en elle, rongeant tout, larvée dans son enfance. À la maternelle, elle sasseyait dans un coin de la salle de fête à Noël, la gorge serrée, tandis que dautres dansaient avec leurs pères. Elle, elle navait personne pour la faire valser. En classe, lorsquon se moquait delle, elle serrait les dents en silence, enviant celles qui pouvaient protester : « Je dirai à mon papa ! »

Et puis, la veille du baccalauréat, Camille sest brouillée avec sa meilleure amie Sophie. En parlant du futur, Sophie avait lancé, sans réfléchir :

-Mon père ma dit que je pouvais choisir nimporte quelle fac, il payerait tout. Et si je réussis, il machètera une voiture.

Amies denfance, Camille comprit alors que tout était cassé. Ce nétait pas de la jalousie, non. Plus une blessure cuisante, le sentiment lancinant que Sophie profitait de ce quelle savait sur Camille et la piquait exprès au cœur.

Pourtant, Camille nétait pas envieuse. À quoi bon ? Avec sa mère, elle ne manquait de rien. Elles étaient allées à létranger, soffraient parfois de belles fringues ou un super mobile pour ses seize ans.

Ce téléphone ne fut même pas le plus beau cadeau ce jour-là. Camille tenait encore lélégant coffret dans ses mains, quand la porte souvrit sur lhomme quelle avait espéré voir au moins une fois.

La scène qui suivit fut violente Cris, pleurs, sa mère qui tentait de lapaiser. Camille rejetait tout, suivie par un long silence.

Comment aurait-elle su que sa mère avait un diagnostic grave en secret, que bientôt leur vie sarrêterait sur un sommet, sombre comme du charbon, avant de sécrouler, engloutissant tout, ne laissant quun marécage dincertitude ? Rien de solide ne demeurerait ; tout ce qui semblait fondé seffondrerait, comme le flan à la framboise quelle détestait petite. Sa mère finit par la prendre à part, exigeant quelle écoute :

-Cest ma faute, Camille ! Le divorce, ce père absent Blâme-moi, pas lui !

-Pourquoi, maman ? Pourquoi mavoir volé mon père ?

-Jétais blessée On men voulait, on disait que javais tout gâché. Ton père a dû arrêter ses études, moi aussi On a eu une fille alors que tout le monde voulait un garçon Jai décidé de partir loin avec toi, il ne savait même pas quil ne te reverrait plus. Il ta cherchée, il ma suppliée, mais, par orgueil, jai dit que tu nétais pas sa fille

-Maman, pourquoi ?

-Pardonnemoi. Je croyais te protéger Je voulais téviter la haine. Jai fait selon moi de mon mieux, mais cétait une erreur Le temps éclaire tout, Camille. Pardonne-moi

Camille détourna les yeux, furieuse, et frappa le rebord de la fenêtre. Le seul cactus quelle avait reçu de Sophie tomba, la terre noire tacha le rebord immaculé. Toutes ces paroles maternelles, une à une, comme autant de petites taches sales, difficiles à effacer.

Elle rapporta une éponge, nettoya la tache. Puis, elle sassit au chevet de sa mère, comme quand elle était petite, le regard sec, la voix dure :

-Raconte-moi tout. La vérité, sans mensonge. Jai besoin de tout savoir.

-Jy veillerai

Cest ainsi que Camille apprit, enfin, tout ce quelle voulait savoir. Même si beaucoup de questions restaient sans réponse, elle comprit que la vie est bien imprévisible : un jour, tout vous semble solide puis, soudain, tout seffrite. On doit faire face et choisir sa voie.

Camille na jamais vraiment su si elle avait pardonné à sa mère. Peut-être que oui Mais sans certitude.

Une chose était sûre : elle lui était reconnaissante davoir, finalement, tout avoué. Il resterait toujours quelque chose de non-dit, entre sa mère et son père, un secret de ceux qui se chuchotent la nuit, au chevet des mourants.

Une fois sa mère disparue, son père refusa de labandonner à sa tante.

-Je partirai, dès que tu auras dix-huit ans. Mais jusque-là, je reste.

-Ah non alors ! Je veux que tu restes ! Papa

Nathalie, la mère de Camille, vécut près de deux ans de plus que ne lavaient prévu les médecins. Ce fut le temps le plus difficile, mais aussi le plus heureux pour Camille, bien que cela lui parût tellement injuste que le destin leur ait accordé si peu de temps à trois.

Cest à cette époque que Camille se mit à dessiner.

Pourquoi pas avant ? Elle lignorait. Elle gribouillait parfois au dos de ses cahiers, sans plus.

-Dis donc, cest pas mal ça !

Un jour, son père la surprit et la félicita. Il enleva son tee-shirt et Camille eut le souffle coupé : son dos portait une somptueuse tatouage, œuvre dun ami. Il proposa aussitôt à Camille de la présenter à son tatoueur, qui accepta de la former.

Avec laccord du quartier, presque inaperçue, Camille partit à Paris sinitier plusieurs mois. Puis elle ressentit le besoin de rentrer.

-Je veux rentrer à Lyon, papa

Il ne sy opposa pas, laida même à emballer ses affaires, déposa les boîtes dans son studio, laissa sur la table de la cuisine les clés de sa voiture.

-Cest à toi désormais. Et ça aussi.

Il posa un dossier de papiers, et Camille, surprise :

-Cest quoi ?

-Ta boutique, Camille. Jai vendu mon appartement pour tacheter un petit local en centre-ville. Pas bien grand, mais suffisant, non ? Alexis, ton formateur, a aidé à commander le matériel. Ça arrive bientôt. Travaille bien. Et reprends des études, cest essentiel. On ne sarrête pas à la pratique, tu comprends ?

Camille nen revenait pas. Même quand tout fut prêt, même quand elle reçut ses premiers compliments de Charles, le grand barbu biker du quartier, elle avait peine à croire à sa chance.

Son père assura laménagement, la publicité, puis, un jour, il prépara sa valise.

-Tu pars où ?

-À Nice, chez mes parents. Ils ont besoin de moi. Tu sais que je reste là, dans ton cœur.

Elle reprit alors la tête dans les études et le salon. Les clients affluaient, elle recruta deux assistantes pour tenir le rythme.

Cest là quelle fit la connaissance dAmélie.

Jeune femme soignée, Amélie entra un soir au salon, alors que Camille attendait un client en retard.

-Excusez-moi… Je peux parler à lartiste ?

-Cest moi.

-Tu veux bien appeler la patronne, ma fille ? Pas le moment de plaisanter.

Camille la détailla davantage. Les vêtements signés, la coupe de cheveux stylée, mais un visage épuisé sans maquillage, des cernes marquées, des ongles courts sans vernis, une détresse dans les yeux. Camille la reconnut tout de suite. Elle prit son carnet de présentation, le montra.

-Voici mes créations. Si ça convient, dites-moi ce que vous voulez faire.

-Un prénom ici

Amélie remonta sa manche et demanda dinscrire le prénom à lintérieur du poignet.

Cest tout ce quelle parvint à dire avant davaler ses larmes. Camille, lâme traversée par la tristesse de linconnue, verrouilla la porte à ce moment précis, laissant dehors le client en retard.

-Asseyez-vous. Je moccupe de vous.

-Ça va faire mal ? Je sais.

Amélie sinstalla et, dune voix basse :

-Pierre

Camille ninsista pas, elle comprit tout deux jours plus tard, croisant Amélie par hasard à lhôpital où elle rendait visite à sa tante.

-Vous ?

-Oui. Merci

-De rien. Ça vous plaît ?

-Oui Beaucoup. Pierre aurait aimé

-Il

-Elle. Ma fille.

Amélie serra la main de Camille :

-Amélie.

-Camille.

-Voulez-vous rencontrer Pierre ?

Camille accepta sans hésiter, loin dimaginer que cela bouleverserait sa vie.

Avec ses grosses lunettes rafistolées, la petite Pierre conquit Camille au premier regard. Pleine dassurance, elle lattrapa par la main direction le jardin.

-Tu as des noisettes ? Ou des graines de tournesol ? Pas du tout ? Comment veux-tu nourrir les écureuils alors ?

-Les quels ?

-Ceux-ci ! Il y en a plein dans ce parc Maman dit quavec tout ce que je leur donne, ils vont grossir et tomber des arbres !

-Ils ne risquent rien, ils sautent tout le temps.

-Tes très savante !

-Pas tant Je suis encore étudiante.

-Oh. Daccord Zut ! Jai oublié !

Pierre lui tendit la main

-Pierre Amélie Dupont.

-Enchantée Camille Legrand.

-On est copines maintenant !

Son rire tintinnabula parmi les pins du jardin dhôpital et, lespace dun instant, le visage dAmélie sembla silluminer.

À la visite suivante, Camille arriva les poches pleines de noisettes.

Cependant, Amélie naborda pas tout de suite le traitement de Pierre. Leur relation avança lentement, sur une glace fragile, faite de confiance timide.

-Il y a une solution ?

-Oui. Ce nest plus irréversible. Amélie réchauffait ses doigts aux abords dune tasse de thé. Mais quand je suis venue te voir ce soir-là, jétais persuadée quil ny aurait pas despoir.

-Je vois

-Un nouveau chirurgien est arrivé. Antoine Leroux Et il a dit quil restait une chance.

-Alors pourquoi tu sembles abattue ? Cest une bonne nouvelle, non ?

-Pierre a été opérée hier. Elle est en soins intensifs Jai été chassée de la chambre On ma dit de revenir demain Jai si peur, Camille Et je nai personne avec qui en parler.

-Tu es seule ? Son père ?

-Parti avant sa naissance. Je ne suis pas un ange, Camille, jai voulu avoir un enfant pour moi, avec un homme que je croyais digne dêtre père, mais que je naimais pas. Il la compris, et il nous a quittées. Voilà pourquoi il nest pas là, désormais.

-Je comprends Enfin, peu importe. Il y a Pierre, maintenant.

-Oui

-Ne baisse pas les bras ! Tu nas pas le droit dabandonner ! Camille sénervait. Regarde ce poignet ! Tu vois bien le prénom, non ? Il ne doit pas rester un simple souvenir, gravé par moi. Tu dois te battre pour ta fille !

-Arrête Je comprends

-Bon. Alors sèche tes larmes ! Il faut agir !

Amélie pleura longuement et Camille se contenta de la soutenir, demandant juste de leau pour elle.

Ce soir-là, elles parlèrent, pleurèrent, rirent ensemble. Le matin, Camille accompagna Amélie à lhôpital.

-Je viens avec toi.

-Tu as le temps ?

-Tu es trop bizarre Camille lui tendit une brosse. Brosse-toi, sinon lenfant aura peur.

Tout se passa bien pour Pierre. Les mains dAntoine accomplirent des miracles.

-Maman, quand pourrais-je voir les écureuils ? Pierre, dans son lit, râlait.

-Bientôt ! On ira à Paris avec Camille, tu verras, il y en a plein dans les parcs !

-Pourquoi on va à Paris ?

-Pour ta rééducation, ma chérie. Camille et Alexis ont tout organisé, tu vas être entre de bonnes mains.

-Réé quoi ? Tant pis, je demanderai à Camille !

Lenfant ne rêvait plus que du départ, séchapper de cette chambre triste, dans cette journée pluvieuse où même les arbres semblaient pleurer des gouttes sans écureuils à nourrir

-Maman !

-Oui ?

-Antoine vient aussi ?

-Non ma puce, il travaille beaucoup ! Et tu ne peux pas lappeler simplement Antoine, il est adulte !

-Moi, si !

-Pourquoi ?

-Parce quil aime Camille, voilà ! Pierre se mit à rire en voyant sa mère ébahie.

-Dis donc ! Doù tu sors ça ?

-Mais cest évident ! Maman, tu comprends rien Enfin, Camille non plus ! Je lui ai dit, elle ne veut pas croire

Il était difficile dignorer les sentiments dAntoine envers Camille. Pourtant, tous deux faisaient semblant de ne rien voir. Ils se saluaient poliment, parlaient santé, météo, puis repartaient chacun de leur côté.

Leur complicité se prolongea même après le départ dAmélie et Pierre à Paris. Camille, en mission, accompagnait dautres enfants en soins dans sa grande voiture, toujours prête à accueillir, distraire, consoler.

Antoine était admiratif, sans jamais oser se confier. Camille, de son côté, nétait pas plus avancée. Aucune décision de prise.

Qui sait ce quil se serait passé si Pierre nétait pas revenue, un jour, expliquant à Amélie quelle voulait voir Antoine :

-Pourquoi, Pierre ?

-Je veux lui dire quelque chose.

-Quoi donc ?

-Il faut que je parle à Antoine !

Bien entendu, Antoine prit la demande au sérieux.

-Daccord, parle-moi.

En les observant, Amélie se demandait bien ce qui préoccupait autant sa fille. Mais Pierre sadressa à Antoine sans détour :

-Pourquoi tu ne lui dis rien ?

-À qui, Pierre ?

-À Camille, que tu laimes !

-Cest compliqué

-Mais pourquoi ? Cest simple, non ? Tu lui plais aussi !

-Oui, jai vu.

-Alors pourquoi tu te tais ?

-Tu sais Je nai rien, ni maison, ni stabilité. Je loue un minuscule appartement. Camille, elle, sen sort très bien. Jaimerais pouvoir lui offrir plus

-Et lamour, cest pas suffisant ? Pierre louchait sur Antoine.

-Parfois, ce nest pas assez

Pierre ne lécouta plus. Elle tira sur la blouse du médecin, murmura à son oreille quelque chose qui le fit éclater de rire :

-Tu es incroyable

-Allez, maman, on rentre !

-À quoi ça rime, Pierre ? Elle travaille !

-Elle sera contente de me voir !

Amélie haussa les épaules, mais suivit sa fille.

Pierre eut un entretien similaire avec Camille. Le résultat ne se fit pas attendre.

Un soir, alors quelle fermait son salon, Camille se sentit résolue : si une enfant voyait clair en elle, cest quil était temps de ne plus perdre de temps.

Elle aperçut Antoine, grande silhouette familière, qui sapprocha pour lui lancer un simple :

-Salut !

Quelques mois plus tard, le banc du quartier bourdonnait à nouveau.

-Alors, elle a trouvé un homme ! Qui cest ? On ne sait rien Il a emménagé ses affaires On la manipule sûrement !

-Il paraît quil est correct !

-Oh, tu nen sais rien, Grivet ! Les tiens aussi semblent bien, mais on sait ce quils font sans quon regarde !

-Il faudrait prévenir le père de Camille ! Quil vienne soccuper de tout ça.

-Il est là !

-Mais non ! Il est revenu quand ?

-Je lai vu lautre jour. Il se passe quelque chose, je vous le dis !

-Et quoi donc ?

-On verra !

Ils virent bien.

Camille, blanche, resplendissante dans une robe qui permit à tout le banc dadmirer le grand tatouage dans son dos, même la très moderne Mme Grivet en fut bouche bée.

Antoine, sérieux, menait sa fiancée, sous le regard rieur de Pierre qui lui avait « vendu » Camille et affichait une fierté sans bornes.

Amélie pleurait de bonheur, sans pouvoir sarrêter, ajustant le voile de Camille et repoussant les questions.

-Laisse-moi donc pleurer ! Cest de la joie, cette fois

Et ces inconnus venus de loin, qui étreignaient Camille comme une sœur.

Nul ne comprit qui ils étaient.

Ni pourquoi Camille, juste avant de monter dans la voiture, releva sa robe et ôta ses escarpins affirmant quelle voulait des baskets car on ne conduit pas bien autrement.

Antoine, en riant, la prit par la taille, la porta jusquà la voiture où il lui noua les lacets de sneakers, sortis du coffre par lingénieuse Amélie.

-Toujours à part ! disait le banc en les regardant partir.

-Cest sûr ! Une vraie demoiselle chic !

Le monde jugera toujours, sans comprendre tout ce quune âme a traversé pour gagner sa liberté, ni combien de petits miracles on peut offrir autour de soi quand on apprend à accorder du temps au bonheur. Soyons nous-mêmes, et laissons la joie fleurir où elle veut.

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