Tu sais, ça fait sept ans que je vis seule. Enfin, seule si on ne compte pas mon chat, Biscotte, et mes amies qui passent de temps en temps papoter autour dun thé. Ma vie était douce, paisible, réglée comme du papier à musique, sans vagues, sans drames inutiles. Et tu me croiras ou pas, mais jadorais vraiment ce rythme tranquille.
Un jour, pourtant, mon amie Colette ma lancé en rigolant :
Oh, Mireille, tas pas peur de trop ty habituer ? Que tu ne laisses plus jamais personne entrer dans ta vie ?
Jai juste ri :
Et pourquoi faire rentrer qui que ce soit, franchement, je suis très bien comme ça !
Sur le moment, cest sorti tout naturellement. Mais la phrase, tu vois, elle a fait son chemin dans ma tête. « Tu vas ty habituer » Comme si la solitude était une maladie à guérir absolument.
Un mois plus tard, des proches mont présentée à Jean-Pierre. Jai réfléchi : pourquoi pas ? Jai soixante-trois ans, lui soixante-cinq. On est des adultes, on a de la bouteille. Peut-être que rester enfermée dans ma bulle par principe, cest dommage ?
Trois mois après, je me suis rendue compte dun truc flagrant : parfois, la solitude est vachement plus chaleureuse que des relations où on técoute même pas.
Quand le silence devient un allié
Franchement, toutes ces années seule, je ne les ai pas subies. Cest vrai, après mon divorce, cétait difficile : la colère, la déception, le grand vide. Mais avec le temps, tout sest apaisé.
Jai adopté Biscotte. Jai appris à me faire un vrai café à litalienne. Jai arrêté de me réveiller avec cette boule au ventre. Je me suis mise à lire davantage, à marcher, à mécouter.
Au début, cétait étrange, surtout les premiers temps. Mais petit à petit, jai su vivre seule sans ressentir la moindre sensation de solitude. Je me souviens avoir dit à Colette, lors dune promenade :
Tu sais, en fait je suis vraiment bien.
Elle a rigolé :
Fais attention de pas ty plaire trop ! Sinon tu laisseras plus personne entrer.
Mais moi, je ne voulais pas juste quelquun, nimporte qui. Ce que je cherchais, cétait de la douceur, de la bienveillance, des échanges sincères. Mais tu sais comment sont certains hommes : ils croient entendre, dans ta situation, elle est seule, elle acceptera tout.
Jean-Pierre est arrivé avec fleurs et compliments
Nos amis communs nous ont présentés. Jean-Pierre avait perdu sa femme, il était poli, calme, ce genre dhomme en or, comme on dit. Et puis, parait-il, il savait bricoler.
Il ma tout de suite fait la cour : venait avec des fleurs, minvitait au bistrot, plaisantait beaucoup. Il me répétait que je faisais beaucoup plus jeune et que jétais loin davoir lâge que jannonçais.
Tout ça, cest flatteur. Mais au fond, je restais prudente. Comme si jouvrais une porte longtemps fermée, la poussière en moins Je me répétais : Allez, Mireille, lance-toi, tente !
Le premier mois a été plutôt lumineux. Balades, ciné, parfois un dîner. Il semblait si attentionné, que je me suis même surprise à penser : tiens, tous les hommes ne sont peut-être pas pareils ?
Mais déjà, les premiers signaux dalerte ont pointé.
Premier mois : quand les petits détails parlent plus fort que les mots
Un jour, il a mal pris mon refus de tout quitter pour minstaller direct chez lui.
Faut pas traîner, on na plus vingt ans ma-t-il souri.
Je nai pas lintention de me jeter à leau, merci je lui ai répondu calmement.
Bon bah reste dans ta tanière alors
Jai ri, croyant à une blague, mais jai pris note intérieurement.
Puis sont arrivées dautres remarques :
Tu passes trop de temps avec tes amies, on dirait que tu les vois tous les jours.
Tu traînes sur Internet ? Ten as besoin à ton âge ?
Tu pourrais manger moins salé, tu sais. On nest plus tout jeunes
Toujours le même ton. Jamais on, toujours tu. La nuance change tout.
Le pire, cétait sa tendance à vouloir me corriger. À vouloir mexpliquer la vie. Comme si jétais une gamine à recadrer, pas une femme qui a toute une vie derrière elle.
Deuxième mois : la lumière diminue
Petit à petit, ça ma éreintée. Pas physiquement, mentalement.
Javais limpression de vivre sous la loupe, chaque geste analysé, chaque décision remise en question : Là, tu fais pas bien. Ici non plus. En fait, tu ne fais jamais comme il faut.
Il était jaloux de mes habitudes, même de mon petit rituel du café matinal en solo.
Il boudait si je préférais une sortie avec une amie à un week-end chez lui à la campagne. Il me reprochait de garder mes distances alors que, franchement, ça ne faisait même pas deux mois.
Un jour, jai fini par lui dire franchement :
Parfois, jai le sentiment que tu refuses de maccepter telle que je suis.
Il ma lancé :
Jessaie juste de faire de toi une femme normale.
Cest là que jai eu un déclic. Un genre de poids mest tombé sur le cœur. Jai su quil était temps de partir.
Jai vraiment tranché après un épisode, chez moi.
Il a débarqué à limproviste, sonné :
Jsuis là, ouvre.
Je nai pas ouvert.
Je suis en peignoir, jai des choses à faire.
Il sest énervé :
Quelles choses tas à faire un samedi ? Tes seule, non ? Avoue, tu veux pas me voir.
Sa voix sest faite plus forte, tout limmeuble la sûrement entendu. Ensuite, il a laissé entendre, mine de rien, quil aimerait bien avoir un double de mes clés. Puis silence Mais cétait un silence froid, blessant, plein de sous-entendus : Cest toi qui gâches tout.
Cette nuit-là, pour la première fois depuis longtemps, jai dormi tranquille. Pas dappels, pas de reproches, pas ce stress de devoir correspondre à ses attentes, dêtre la meilleure version de moi-même simplement pour quelquun qui ne se donne même pas la peine de mécouter.
Après, retour à moi-même
Je nai pas pleuré. Je ne me suis pas répandue auprès damies, à me demander : Est-ce que jai foiré ?
Jai juste pris un carnet et écrit pour moi-même, tout simplement :
« Tu ne dois rien à personne. Ton silence, cest de lespace où tu es respectée. »
Après, je me suis fait un bon café, je suis sortie respirer sur le balcon avec un bouquin, le lendemain je suis allée au théâtre avec une amie. Ensuite, jai repris le yoga.
Petit à petit, jai retrouvé mon rythme, ma vie, cette petite bulle où il ny a ni tension ni besoin de se justifier sans arrêt.
Ce que jai compris en trois mois
On parle toujours de solitude comme si cétait une punition. Surtout passé soixante ans, où on tassomme de phrases toutes faites :
Il faut te dépêcher.
Tu ne comptes plus pour personne.
Même nimporte qui, cest mieux que rien.
Mais non, cest faux ! Pas nimporte qui, mais celui qui vaut vraiment le coup. Pas se dépêcher, mais vivre tout simplement. Pas tolérer par principe, mais choisir ce qui te convient, à TOI.
La solitude, ce nest pas une condamnation. Cest une opportunité de vivre à ta façon. Plus besoin de te plier aux exigences des autres, de rester avec quelquun juste par peur de rater la dernière chance.
Jai 63 ans. Aujourdhui, je suis encore seule. Mais cette solitude, elle a quelque chose que les relations navaient plus : le respect.
Cinq leçons à garder de ces trois mois
Première leçon : sil se moque de ton terrier, ce nest pas une vanne. Cest du mépris pour ton univers.
Deuxième : sil veut te remettre sur le droit chemin, il ne tacceptera jamais. Jamais.
Troisième : débarquer chez toi à limproviste et exiger dentrer ? Ce nest pas lamour, cest du contrôle.
Quatrième : si, après la rupture, tu te sens libérée au lieu dêtre triste, tu sais déjà pour qui la relation était valable : pour que ça se termine.
Cinquième : la solitude, ce nest pas du vide. Cest ton espace à toi et cest bien mieux que combler à tout prix.
Le mot de la fin : je choisis le silence
À 63 ans, je nattends plus de chevalier blanc. Je ne rêve plus de passions dadolescente. Je ne cherche pas ma moitié.
Mais si un jour je rencontre quelquun, je saurai ce qui compte vraiment : pas les mots, pas les fleurs, pas les flatteries.
Du respect. De laccueil tel que je suis. La possibilité de rester moi-même.
Sinon ? Je préfère garder mon silence. Ce calme, cette chaleur douce, qui nappartiennent quà moi.
Parce que la solitude avec respect vaut mieux que la compagnie avec contraintes.
Je me sens bien seule. Et cest normal.
Alors, tu trouves que choisir la solitude à 63 ans, cest de la faiblesse ou de la sagesse ? Est-ce quil vaut mieux être seule ou avec quelquun à tout prix ? Peut-être que la vraie pression vient surtout de la société qui bourre le crâne aux femmes de mon âge, comme si on était des perdantes si on na pas refait sa vie ? Moi, je crois que non.