– Entrez, maman, on vous attendait, – dit son fils Vincent, tandis que la belle-fille enlève le manteau de sa belle-mère et lui présente des chaussons. Soudain, l’inquiétude remplace le sourire sur son visage.

Entre donc, maman, nous tattendions, lance son fils Vincent, pendant que sa belle-fille prend la veste et tend des chaussons à sa belle-mère. Soudain, son sourire se transforme en une expression inquiète.

Marie pénètre dans le salon rejoindre les invités et Lydie, dun discret hochement de tête vers le sol, attire lattention de Vincent sur les traces humides sur le parquet. Leurs regards se croisent, mais ils décident, pour linstant, de ne pas en parler.

Vincent et Lydie ont une magnifique nouvelle à fêter : leurs jumeaux sont nés il y a peu, et maintenant quils ont un peu grandi, le couple a convié la famille la plus proche pour célébrer cet heureux événement.

Marie, retraitée depuis quelques années, a apporté aux nouveaux-nés de ravissants habits tricotés de ses mains ; elle na pas les moyens dacheter quelque chose en boutique sa pension est bien trop légère. Cest pourquoi elle rechignait à venir, prétextant quelle viendrait une autre fois, mais son fils et sa belle-fille ont insisté : une journée aussi importante ne pouvait pas se passer sans elle.

Les garçons portent les prénoms dAntoine et Sébastien. Marie sen réjouit, car son défunt mari sappelait Sébastien et son père Antoine. Ainsi, la tradition des prénoms se poursuit, ce qui la comble de bonheur.

Quil est beau, celui-là ! Il te ressemble, Lydie ! Et lautre, cest le portrait de Vincent Oh, mais je memmêle, ils se ressemblent tellement, je ne sais plus qui est qui ! sesclaffe Marie, courant autour du berceau, cherchant à distinguer les jumeaux parfaitement identiques.

Vincent et Lydie en rient franchement : la joie et le trouble de la grand-mère sont communicatifs.

Peu à peu, les invités prennent congé, et Marie commence aussi à se préparer à partir. Apercevant lheure, Lydie jette un regard à son mari, qui propose à sa mère de passer la nuit chez eux :

Maman, tu ne veux pas rester dormir ici ? Il est déjà tard, tu risques de rater le dernier bus. Et puis, tu pourrais nous aider avec les petits : ce soir, il faut les baigner et les coucher.

Daccord, mon fils, comme tu veux, répond-elle en souriant.

Elle aide sa belle-fille à débarrasser la table, fait la vaisselle, range tout soigneusement. Puis toute la famille saffaire autour du bain des jumeaux. Lallégresse étincelle dans les yeux de la grand-mère. Lydie lui confie délicatement lun des bébés, mais Marie hésite, craignant de mal faire, car il lui semble si minuscule.

Mais enfin, maman, tu as bien élevé Vincent, tu ne las jamais laissé tomber ! taquine Lydie.

Oui, mais cétait il y a si longtemps ! Je ne sais même plus comment faire, sinquiète Marie.

Lydie place Antoine dans les bras de sa belle-mère ; aussitôt, le petit sendort, comme réconforté par une présence familière. Lydie, quant à elle, berce Sébastien tendrement.

On prépare un lit à Marie dans une chambre à part, espérant quelle puisse se reposer. Mais elle narrive pas à dormir, loreille tendue pour surveiller Antoine et Sébastien, guettant le moindre souffle. Cette vigilance la laisse épuisée au matin, mais, rassurée, elle finit par sassoupir aux premières lueurs du jour.

Au réveil, la maisonnée est déjà en mouvement : Lydie a préparé le petit-déjeuner, tandis que les enfants dorment encore.

Mais où est Vincent ? demande, surprise, Marie, napercevant que sa belle-fille.

Installez-vous, je vais servir le café. Vincent ne va pas tarder, la rassure Lydie.

Au bout de quelques minutes, Vincent rentre en tenant une grande boîte sous le bras.

Maman, cest pour toi. Ouvre-la, demande-t-il, un large sourire aux lèvres.

Marie, stupéfaite, découvre à lintérieur une magnifique paire de bottes neuves. Elle reste sans voix.

Mes enfants, ce cadeau est beaucoup trop cher, je ne peux pas laccepter dit Marie, les larmes aux yeux.

Maman, rien nest plus précieux que toi. Allez, essaie-les et porte-les en bonne santé, répond doucement Vincent.

Marie enfile les bottes, émerveillée. Comment ses enfants ont-ils deviné ses besoins ? Ses anciennes bottes étaient complètement usées et irréparables et elle navait pas les moyens den acheter de nouvelles ; celles-ci valent sûrement près de trois mille euros, une somme quelle naurait jamais pu réunir.

À ce moment, un des jumeaux se met à pleurer. Toute heureuse dans ses nouvelles bottes, Marie accourt vers les petits.

Tu es formidable, merci à toi, murmure Vincent à son épouse. Si ce nétait pas toi, je ny aurais même pas pensé.

Cest évident, non ? Hier, en voyant les traces mouillées sur le parquet, ses vieilles bottes, jai compris tout de suite. Pour nous, trois mille euros, cest une grosse dépense, mais on y arrivera. Pour ta mère, cétait impossible. Elle les mérite, répond tendrement Lydie, serrant son mari dans ses bras.

Marie se sent alors enveloppée dun profond bien-être, peut-être grâce à ses bottes neuves, mais surtout parce quelle se sait aimée et indispensable à ses enfants.

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