— Entre, maman, on t’attendait ! — dit son fils Vincent, tandis que sa belle-fille lui prend son manteau et lui tend des chaussons. Soudain, son sourire laisse place à une inquiétude visible sur son visage.

Entre, maman, on tattendait, dit mon fils Guillaume, tandis que ma belle-fille, Camille, me débarrasse de mon manteau et me tend des chaussons. Son sourire se fige alors, son visage devient soucieux.

Je suis passée rejoindre les invités dans le salon, et Camille, dun discret signe de tête, désigne le sol. Guillaume aperçoit, tout comme elle, les traces humides laissées sur le parquet. Nous échangeons un regard, mais décidons de ne pas évoquer le sujet tout de suite.

Ils ont une merveilleuse nouvelle à célébrer, Guillaume et Camille : il y a quelques mois sont venus au monde leurs jumeaux. Les petits ont grandi, et ils ont souhaité inviter les proches pour marquer lévénement.

Depuis que je suis à la retraite, mes moyens sont limités. Jai tricoté de jolis vêtements pour mes deux petits-fils, faute de pouvoir en acheter de nouveaux en magasin. Je ne voulais pas venir, gênée de napporter quun présent fait main, mais Guillaume et Camille ont insisté : pour un tel jour, il fallait que je sois des leurs.

Les prénoms choisis pour les garçons, Émile et Lucien, mont émue aux larmes. Émile portait le nom de leur grand-père, mon défunt mari, et Lucien celui de mon père. Ainsi, mon fils perpétue la tradition familiale ; quel bonheur que ces prénoms continuent à vivre !

Comme il est mignon, celui-ci te ressemble, Camille. Et lautre, à toi Guillaume Non, à force je my perds, ils sont comme deux gouttes deau, je tourne autour du berceau, ne parvenant plus à savoir lequel est lequel ils se ressemblent tant.

Guillaume et Camille rient de bon cœur, attendris par ma confusion et ma joie de grand-mère, mêlée dinquiétude.

Peu à peu, les invités prennent congé. Je commence à rassembler mes affaires, consciente de lheure tardive. Camille lance un regard à Guillaume, qui me propose de passer la nuit ici :

Reste avec nous, maman. Il est tard, tu risques de ne plus avoir de bus. Et puis, tu pourrais donner un coup de main à Camille pour le bain et le coucher des petits.

Daccord, mon fils, si tu y tiens, ai-je répondu en souriant.

Jaide Camille à débarrasser et à faire la vaisselle. Ensuite, tous ensemble, nous baignons les jumeaux. Je vois létincelle de joie dans leurs yeux et dans les miens aussi. Camille me confie Lucien dans les bras, mais je proteste doucement, un peu anxieuse : il est si minuscule, jai peur quil ne glisse !

Mais maman, tu as bien réussi à élever Guillaume sans jamais le laisser tomber, me taquine Camille.

Oh, cétait il y a si longtemps Jai presque oublié comment on tient un bébé, je soupire à moitié sérieuse.

Finalement, Camille me place Lucien dans les bras. Il sassoupit aussitôt, blotti contre moi, comme sil sentait combien il est en sécurité. Camille berce alors Émile.

On ma installée dans la chambre damis, pour que je repose. Mais malgré la fatigue, mon cœur ne peut sapaiser. Je tends loreille toute la nuit, inquiète dun cri ou dun mouvement des petits. Finalement, à laube, je mendors, épuisée mais heureuse.

Au matin, cest Camille qui a préparé le petit-déjeuner. Les jumeaux dorment encore.

Et Guillaume ? demandai-je, étonnée de ne pas le voir.

Asseyez-vous, maman, il ne va pas tarder, me répond gentiment Camille.

Quelques minutes plus tard, Guillaume rentre, tout sourire, une grande boîte entre les mains.

Tiens, maman, cest pour toi. Ouvre-la, dit-il, réjoui.

Je soulève le couvercle : à lintérieur, une magnifique paire de bottes neuves. Je reste sans voix, émue aux larmes.

Les enfants, elles ont dû coûter une fortune, je ne peux pas accepter un cadeau pareil, parviens-je à murmurer.

Ce nest rien, maman. Rien nest trop beau pour toi. Allez, essaie-les, porte-les avec plaisir, sourit tendrement Guillaume.

Jenfile les bottes, encore stupéfaite. Comment ont-ils deviné ? Mes vieilles bottines étaient si abîmées, prêtes à rendre lâme, et je navais pas les moyens den acheter une nouvelle paire.

Soudain, un des jumeaux se met à pleurer, et dans mes bottes toutes neuves, je me précipite le réconforter.

Merci, Camille, tu es formidable, murmure Guillaume en étreignant sa femme. Je ny aurais jamais pensé tout seul.

Cest évident, tu sais. Hier, quand ta mère est arrivée, ses pieds étaient trempés ; jai vu ses bottes, les traces sur le sol Pour nous, trois cents euros, cest de largent, bien sûr, mais on en gagnera dautres. Pour ta mère, cest insurmontable. Je veux quelle se sente aimée, répond tendrement Camille.

Je ressens une douce chaleur monter en moi, est-ce la chaleur des bottes neuves, ou celle dêtre entourée de mes enfants et petits-enfants qui me montrent que je compte pour eux, que je suis importante dans leur vie ? Oui, décidément, ce matin-là, jétais comblée.

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