Enfant, j’étais avide de savoir qui était mon père : j’ai grandi en foyer et peu à peu, son absence …

Enfant, je me demandais souvent qui était mon père. Jai grandi dans un foyer à Lyon, et au fil du temps, son absence mest devenue une sorte de normalité. À quatorze ans, jai rencontré la mère de mes enfants, Élodie, et à l’époque, je nai pas ressenti le besoin de chercher mon père. La vie suivait simplement son cours.

Des années plus tard, après une séparation difficile, le destin ma guidé vers lui alors que je ne cherchais même pas vraiment. Je suis artisan, et un jour, un client est venu à mon atelier. Nous avons bavardé, la conversation sest faite naturelle, et je lui ai confié que je navais jamais rencontré mon père. Ce client ma offert son aide. Grâce à lui, jai retrouvé mon père dans un petit village près de la Dordogne, où il avait passé toute sa vie.

Quand je lai enfin revu, lémotion ma submergé, difficile à décrire : un bonheur immense. Jai commencé à faire des projets avec lui des escapades, des discussions régulières, de petites attentions au quotidien. Je lui achetais des vêtements, je le gâtais, nous partions en voyage, et je réglais tout, peu importe sil avait ou non des euros sur lui. Je le voyais négligé, triste, isolé, et javais le sentiment de devoir rattraper toutes ces années perdues.

Il me racontait sa solitude, quil avait des enfants dans le village, mais queux refusaient quil ait une compagne, persuadés que chaque femme intéressée ne le serait que pour son argent. Je lui ai demandé de me présenter celle quil disait aimer et il accepta. Jai donc fait la connaissance de Françoise une femme discrète, travailleuse, qui prenait soin de lui. Son comportement laissait transparaître beaucoup de bonté. Mais les enfants de mon père ne voulaient pas delle. Ils linsultaient, faisaient venir les gendarmes à la maison, lhumiliaient à la moindre occasion.

Un jour, Françoise ma expliqué pourquoi ils la rejetaient avec tant de force : mon père possédait des maisons, des terres et une épargne confortable à la banque; ses enfants empêchaient quiconque de lapprocher, de peur que quelquun ne profite de ses biens.

Cest là que tout a dérapé. On a commencé à dire que jétais réapparu uniquement pour prendre sa fortune, alors même que je ne portais pas son nom. Cest lui qui a insisté pour me le donner. Au début, je refusais, ne voulant pas de conflits, mais il ma dit que cétait sa volonté et jai fini par accepter. À partir de ce moment, la situation sest empirée. Les critiques se sont multipliées, les tensions sont devenues insupportables.

Ma relation avec Françoise sest renforcée. Cest moi qui ai suggéré à mon père et elle de se marier discrètement, ce quils ont fait. Les enfants sont alors devenus furieux, sen prenant à lui et à moi. Je leur ai dit que mon père avait le droit dêtre heureux, tout simplement. Leur mariage a connu des hauts et des bas, mais, une fois unis devant la loi, je les ai invités à faire un voyage ensemble. Jusqualors, je partais en escapade seulement avec mon père. Durant ce séjour, Françoise ma demandé combien jallais participer aux frais. Je lui ai répondu : « Rien du tout. Chaque fois que je voyage avec lui, cest moi qui prends tout en charge. »

Cest ce jour-là quelle ma ouvert les yeux. Elle ma dit que je me trompais sur toute la ligne : mon père avait toujours été à laise financièrement, cest précisément pour cela que les enfants lencadraient sans cesse. Ils ne lui laissaient rien dépenser pour lui, ni pour des vêtements, ni pour le plaisir. Javais cru, en le voyant vivre dans une maison inachevée et sans confort, quil manquait dargent mais, en réalité, les autres géraient ses finances.

À partir de là, je me suis efforcé de lencourager à profiter de ses acquis. Mais il me répétait que ses enfants ne lui permettaient rien. Après son mariage, Françoise a voulu quil contribue aux dépenses de la maison, à la nourriture, à la vie quotidienne. Mais chaque fois quelle lui demandait quelque chose, il sénervait, il criait. Finalement, il finissait tout de même par céder, mais cela se passait toujours dans les cris. Françoise me racontait tout, et je trouvais sa demande parfaitement légitime.

Un jour, pendant un après-midi passé ensemble, elle lui demande dacheter le déjeuner pour son propre père. Mon père a très mal réagi : « Paie-le toi-même, cest toujours pareil ! », et il a fait une scène. Je suis intervenu, je lui ai demandé sil accepterait que mon épouse refuse de nourrir son père à lui. Je lui ai fait comprendre quil nétait pas juste dagir ainsi avec la femme qui soccupait de lui, cuisinait, faisait sa lessive et restait à ses côtés tous les jours. Il ma répondu quil en avait assez quon lui réclame toujours de largent pour la maison.

Cest là que jai compris, et cela ma profondément peiné : mon père était avare avec la femme qui veillait sur lui, mais dune générosité sans bornes avec ses enfants, ceux qui ne soccupaient pas de lui et qui ne le sollicitaient que pour son argent.

Finalement, leur couple na pas tenu. Aujourdhui, il vit seul. Lune de ses filles est censée veiller sur lui, mais tout le monde sait quil subvient à ses besoins à elle, à ceux de son mari et de leurs enfants. Les autres lappellent, exigent, il envoie de largent sans rechigner. De Françoise, celle qui était vraiment présente, il a toujours refusé de soccuper.

Depuis, je ne suis plus le même avec lui. Je laime, mais plus comme avant. Je norganise plus de voyages, les contacts sont devenus rares. Si je ne lappelle pas, il ne me donne jamais de nouvelles. Je narrive plus à retrouver lenthousiasme et lespoir dautrefois. Cela me rend triste de lavouer, car lavoir retrouvé avait été une immense joie; aujourdhui, cest comme sil avait cessé dexister.

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: