En découvrant quel animal son mari avait ramené cette fois, la femme a tellement ri que trois chatons, attirés par les éclats de rire, sont venus en courant et se sont réfugiés derrière ses jambes.

Quand elle découvrit ce que son mari lui ramenait cette fois-ci, Camille éclata de rire si fort que les trois chatons, alertés par le bruit, accoururent pour se cacher derrière ses jambes. La chatte, apercevant sa progéniture, se dégagea des bras dAntoine et commença à les lécher tendrement

Antoine, chauffeur dun petit camion de livraison à Paris, recevait chaque matin une liste dadresses et de tâches pour sa tournée. Hors de la ville, il existait une petite base avec une dizaine de véhicules identiques : un parking, une salle pour prendre un casse-croûte et un dispositif pour pointer entrée et sortie.

Il sinstalla au volant, démarra le vieux camion qui vibrait, grondait et toussait comme à laccoutumée. Lors de la pause déjeuner, il coupa le moteur, sapprêtant à rejoindre ses collègues déjà installés devant leurs sandwiches, lorsquun bruit étrange attira son attention sous le capot.

Un sifflement, comme une courroie usée ou un ventilateur qui aurait accroché quelque chose, même moteur arrêté. Jetant un regard blasé sur les autres conducteurs, il décida de vérifier. Il ouvrit le capot et faillit perdre voix : juste à côté de la grille de refroidissement, sur la coque du ventilateur, un tout petit chaton noir, sali par la graisse, miaulait pitoyablement.

Ses mains tremblaient. Il imagina, lespace dun instant, ce qui serait arrivé au bébé sil était resté là alors que le moteur tournait. Reprenant ses esprits, Antoine souleva délicatement le chaton, referma le capot et retourna dans la cabine.

Arrivé chez lui, Camille lui fit une véritable scène :

Tu es inconscient ou quoi ! Tu ne vérifies même pas ton camion avant de partir ? Et si tu lavais écrasé ? La prochaine fois, tu nauras pas besoin de rentrer, tu mentends ?

Antoine essayait de se justifier, tandis que le petit chaton ronronnait dans les bras de Camille, puis fut transporté sur-le-champ à la salle de bain. De derrière la porte coulaient des mots doux, des chuchotements et des bruits de bisous.

Il soupira pesamment, tentant de se rappeler la dernière fois quil avait entendu de tels mots damour dans sa direction. Ne trouvant pas, il sortit et retourna à son travail.

Le lendemain, échaudé par lincident de la veille, il ouvrit le capot rien. Puis il saccroupit pour inspecter sous le chassis. Là

Il découvrit un second chaton, roux et blanc ! Dès quAntoine sapprocha, le petit miaula joyeusement et se précipita vers lui. Il lattrapa et, un peu hébété, se demanda doù sortait ce deuxième rescapé, et ce quil allait faire à présent. Repensant aux paroles sévères de Camille, il prit la décision de rentrer directement.

Cette fois, Camille nétait pas en colère. Au contraire, elle lui accorda un regard admiratif :

Bravo ! Pour une fois, tu as agi avec bon sens, Antoine. Je crois que cest ta meilleure initiative en vingt ans !

Elle emporta le deuxième chaton à la salle de bain. Lautre petit la suivit comme une ombre.

Antoine passa une excellente journée, se sentant fier et épanoui. Le soir, la famille dîna à quatre les deux chatons avaient adopté Camille : ils grimpaient sur ses genoux, se chamaillaient et la faisaient rire aux éclats, comme quand elle était jeune. Ce rire-là, cétait pour lui.

Au lever du soleil suivant, il inspecta de nouveau sous le camion, plein dappréhension.

Oh là là ! souffla-t-il.

Un troisième chaton lattendait gris, avec de petites taches blanches. Antoine le recueillit.

Le soir, Camille emmena son mari chez une voyante du quartier. Après examen, la magicienne formula son diagnostic : deux charmes, trois malédictions et un mauvais œil. Au final : un mois de traitement et cinq cents euros.

Le lendemain matin, Antoine craignait presque dapprocher son camion. Il fuma longuement, se résolvant finalement à jeter un coup dœil. Cette fois, une grande chatte grise aux mamelles gonflées maman des trois petits le fixait calmement.

Quest-ce que jai encore fait ? se plaignit-il, résigné.

Il ouvrit la porte de la cabine. La chatte miaula et sauta agilement à lintérieur.

Quand il la rapporta à la maison, Camille rit si longtemps et joyeusement que les trois chatons, accourant au bruit, furent effrayés et sabritèrent derrière elle. La chatte aperçut ses petits, se libéra et les couvrit de soins.

Antoine assistait à la scène, fasciné comme sil voyait cela pour la première fois.

Mais quest-ce quelle fabrique ? demanda-t-il, perplexe.

Ah, alors là tu manques dexpérience, mon cher ! sesclaffa Camille. Tu ne comprends donc pas ? Elle a placé ses petits au chaud et sest installée confortablement elle aussi.

Camille caressa la chatte mère et secoua la tête.

En toute ma vie, je nai jamais vu une telle tactique. Il ny a que les chats pour inventer ça !

À la fin de la semaine, Camille annonça à Antoine quil partirait à la pêche, à sa grande surprise.

Vas-y, vas-y, dit-elle avec assurance. Je réunis mes amies ici, alors ne te gêne pas, va prendre lair ! Daccord ?

Daccord lâcha-t-il, sans savoir sil devait sen réjouir ou non. Mais, il était bien conscient que son avis importait peu à cet instant.

Avant quil franchisse la porte, Camille le serra dans ses bras et lembrassa.

Jai toujours su, murmura-t-elle, que tu étais une perle rare.

Il sortit sur le perron, jetant un œil autour de lui.

Mon Dieu, quest-ce quon est bien ici ! susurra-t-il. Et comment ai-je pu oublier ce bonheur ?

Les oiseaux chantaient. Pas seulement dans les arbres, mais aussi en lui.

Pendant ce temps, les amies de Camille arrivaient, chacune avec sa bouteille et de quoi grignoter. Au centre de la table, la grande chatte grise sinstallait dignement. Les femmes firent sauter le bouchon du champagne et levèrent leur verre :

À la sagesse de lhôtesse, qui a réussi à installer ses enfants et sa propre vie !

Personne ne se souvint du toast suivant. La chatte sétira sur la nappe, les yeux mi-clos, pleinement heureuse : ici, on laimait, cétait sa maison.

Sur le canapé dormaient paisiblement ses trois chatons, serrés les uns contre les autres, respirant doucement.

Voilà ce que jaimerais dire : que la santé accompagne les femmes intelligentes, et leurs maris qui ont la chance dêtre à leurs côtés.

Je vous souhaite la même chose parce quau final, cest là que réside la sagesse du bonheur.

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