En découvrant ce que son mari avait ramené cette fois, la femme rit tellement que trois chatons, alertés par le bruit, accoururent et se cachèrent derrière ses jambes.

Journal intime semaine mouvementée à Versailles

Quand jai vu ce que mon mari avait encore ramené à la maison, jai éclaté de rire si fort que les trois chatons, alertés par le tumulte, se sont précipités derrière mes jambes, effrayés. La chatte, apercevant ses petits, sest libérée des bras de mon mari et sest mise à les toiletter tendrement

Dans son quotidien, mon mari conduit un petit fourgon de livraison, transportant à travers les rues de Versailles des commandes diverses pour les commerçants du centre et des environs. À la périphérie, il existe une petite base où une dizaine de véhicules identiques stationnent : parking, salle de pause, et badgeuse pour suivre les entrées et sorties.

Ce matin-là, il sinstalle au volant, lance le moteur. Cette vieille camionnette tremble, ronfle et tousse, comme à son habitude. Lors de la pause déjeuner, il coupe le contact, prêt à rejoindre les autres autour de la table, quand un bruit étrange retentit sous le capot.

On aurait dit que la courroie grinçait, ou que le ventilateur touchait quelque chose alors que tout était à larrêt. Jetant un regard à ses collègues déjà installés autour des sandwiches, il décide de vérifier. Il soulève le capot et reste bouche bée. Sur le couvercle du ventilateur, tout près de la grille daération, un minuscule chaton noir, noyé sous la graisse, miaule faiblement.

Ses jambes vacillent. Il sappuie sur la carrosserie, imaginant lhorreur que cela aurait pu être si le petit était tombé dans les pièces en mouvement. Il reprend son souffle, attrape délicatement lanimal, referme le capot et retourne sasseoir dans sa cabine.

À la maison, mon mari se fait remonter les bretelles :

Mais enfin, Luc, tu vérifies même pas la voiture avant de partir ? Et si tu lavais écrasé ? La prochaine fois, tu peux dormir dehors ! Compris ?

Il tente de se justifier, mains levées et gestes maladroits, tandis que le chaton ronronne tout heureux dans mes bras. Je file le laver dans la salle de bains. Là, je ne peux mempêcher de soupirer, de chuchoter des mots doux et de déposer des baisers sur le museau du petit.

Luc, mon cher époux, observe la scène, visiblement méditatif. Depuis quand ne lui ai-je pas prodigué une telle tendresse ? Lidée lui vient quil nen a même plus souvenir Il sort, retourne à son boulot, pensif.

Le lendemain, traumatisé par son expérience de la veille, il vérifie soigneusement le capot rien. Puis il saccroupit pour inspecter lespace sous la camionnette. Et là

Un chaton roux et blanc lattend, sautillant dès quil le voit. Luc recueille le deuxième rescapé, cherchant à comprendre comment il sest retrouvé là et quoi en faire. Son regard semplit dinquiétude en repensant à mes paroles sévères, mais il finit par rentrer à la maison.

Cette fois, je ne crie pas. Au contraire, je le regarde avec admiration :

Bravo ! Pour une fois, tu as eu une idée vraiment intelligente en vingt ans !

Jembarque le deuxième chaton dans la salle de bains ; le premier me suit. La journée de Luc se déroule alors sans accroc. Il se sent incroyablement heureux, confiant, et le soir, nous sommes comme une vraie famille : deux chatons accrochés à mes bras, me grimpant dessus, me griffant gentiment, et je ris comme jamais presque comme aux premiers jours de notre amour. Ce rire, cest ce qui la fait tomber amoureux de moi.

Le matin suivant, il vérifie à nouveau sous la voiture, le cœur battant.

Mon Dieu ! sexclame-t-il.

Un troisième chaton, gris avec des taches blanches, se cache sous le châssis. Luc le recueille aussi.

Le soir, je lemmène consulter une vieille femme réputée pour ses dons à Montmartre. Elle examine Luc, décrète deux charmes denvoûtement, trois malédictions et un mauvais œil un mois de travail et cinq cents euros pour dissiper tout cela.

Au petit matin, Luc redoute dapprocher la camionnette. Il prend son temps, clope à la main, pour se donner du courage et finit par jeter un œil sous le véhicule. Une grande chatte grise, égarée, lattend avec ses mamelles pendantes la mère de nos trois chatons.

Quest-ce que jai encore fait ? demande-t-il, désarmé.

Il ouvre la porte du fourgon. Elle miaule, saute dans la cabine.

Quand il la ramène à la maison, je ris si fort et si longtemps que les chatons, amusés et apeurés, se cachent derrière mes jambes. La mère, libérée, se précipite pour lécher ses petits, soulagée de les retrouver.

Je regarde Luc dun air taquin.

Eh bien, tu ne comprends toujours pas ? mexclamé-je, amusée. Elle a arrangé sa vie et celle de ses enfants à la perfection !

Je caresse la chatte et secoue la tête, admirative.

En toute ma vie, je nai jamais vu une telle ingéniosité. Il faut vraiment penser comme un chat pour une ruse pareille.

Vers la fin de la semaine, jannonce à Luc quil part à une partie de pêche. Si bien que, bouche bée, il ne sait plus où donner de la tête.

Va, va, lui dis-je. Jinvite mes amies. Ne nous dérange pas daccord ?

Daccord, répond-il, hésitant à savoir sil doit être ravi ou déçu. Mais clairement, son avis nintéresse personne dans cette histoire.

Avant quil ne quitte la maison, je lembrasse sur la joue.

Je lai toujours su, tu es vraiment formidable, Luc, murmuré-je.

Sur le perron, il sarrête, observe le jardin.

Seigneur, comme la vie est belle ici ! souffle-t-il. Comment ai-je pu ne jamais le remarquer ?

Les oiseaux chantent partout et, pour la première fois, il sent ce chant résonner aussi dans son cœur.

Lorsque mes amies arrivent, chacune avec une bouteille de crémant et des douceurs, nous nous installons autour de la table. Au centre, la grande chatte grise trône fièrement. Nous servons du champagne et portons un toast :

À la sage chatte qui a su arranger sa vie et celle de ses petits ! À la maîtresse de maison qui accueille avec amour !

On oublie vite le sujet du prochain toast. La chatte sallonge sur la nappe, les yeux plissés, heureuse. Elle sait quici, elle est aimée, chez elle.

Sur le canapé, les trois chatons sendorment, blottis les uns contre les autres, respirant paisiblement.

Voilà ce pourquoi jécris. Mon vœu est simple :

Que la santé soit toujours avec les femmes intelligentes et les maris chanceux qui vivent près delles.

Et je souhaite cela à vous tous.

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