Elle a pris sa retraite et s’est retrouvée irrémédiablement seule : ce n’est qu’à l’automne de sa vi…

Je suis à la retraite et soudain, la solitude frappe à la porte comme un facteur trop ponctuel. Ce nest quà lautomne de ma vie que je me suis aperçue que, finalement, je n’ai peut-être pas joué les bonnes cartes.

Beaucoup de femmes simaginent que la solitude, cest le pire des maux. Le vrai bonheur, pour elles, ce serait davoir une famille bruyante, son lot de soucis et de lessives interminables. Personnellement, jai toujours roulé en sens inverse. Toute ma vie, jai vécu pour moi-même. Personne nattendait rien de moi. Aucun compromis, aucune obligation ni chat à nourrir, ni devoirs à surveiller, rien ! Les repas de famille mont toujours semblé être un sport olympique.

Après mes études à la Sorbonne, jai trouvé un poste chez un grand voyagiste parisien qui gérait des séjours sous toutes les latitudes. Parallèlement, jai fait du mannequinat pour une agence très en vogue à Paris. Jai amassé une petite fortune en euros, assez pour faire pâlir la caissière de ma boulangerie du coin. Mes amies, elles aussi brillantes et bien loties, formaient une joyeuse brochette de « femmes davenir ».

Je me suis longtemps vue comme la grande gagnante du Monopoly social : javais voyagé de Tokyo à Marrakech, collectionné les amants comme dautres les foulards Hermès. Quand un homme cessait de mamuser, fini le suspense, rideau ! Quant aux enfants… Sacrilège ! Pourquoi aurais-je dû sacrifier mes samedis pour courir après un petit garnement ? Devenir une de ces mères françaises qui pâlissent devant la moindre égratignure ? Très peu pour moi ! La responsabilité, cétait mon allergène secret.

Le temps, ce vieux filou, a filé à toute vitesse. Et me voilà, retraitée à Lyon, dans un appartement charmant mais silencieux comme une bibliothèque fermée le dimanche. Jamais mariée, pas denfants. Et maintenant, ô ironie, je regrette au moins de ne pas avoir tenté lexpériencemême une fois. Dabord, je nen avais pas envie, ensuite pas le temps, puis, hop, cétait trop tard. Je nai jamais cru à ce quon raconte sur le bonheur dêtre mère. Une illusion, pensais-je, en sirotant mon café sur une terrasse du Marais.

Quand je regarde ma sœur, Françoise, qui gère deux enfants et trois petits-enfants comme un chef de gare pendant Noël, je me dis que jétais certainement un brin hautaine. A présent, jaimerais bien changer de refrain : renouer avec mes proches, profiter de mes neveux et nièces, bavarder autour dun bon petit plat. Rencontrer un homme aussi esseulé que moi pour ouvrir un nouveau chapitre. Qui sait ? Peut-être que le bonheur, ça commence enfin à la retraite…

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