Et noublie pas les bananes pour Mamie Hélène ! Les petites, hein, comme elle les aime ! La dernière fois, tu as pris nimporte quoi ! Camille ! Franchement, comment tu fais ? Est-ce si compliqué de faire ce quon te demande ?
Camille Aubert, directrice financière dune grande entreprise, mère de deux enfants et épouse comblée, poussa un soupir et hocha la tête vers le vide, sans même réaliser que sa mère ne pouvait pas la voir en ce moment. Mais elle savait très bien que sa mère devinerait sans faute comment elle avait réagi à ses instructions.
Et arrête de hocher la tête, fais-le vraiment ! Je te connais, tu as la tête dans les nuages ! Camille ! Il est temps de grandir un peu !
Cette fois, Camille se retint de hocher la tête. Elle répondit simplement : « Oui, cest bon maman ! » et raccrocha.
Grandir Oui, bien sûr ! Quarante ans passés, cest vrai que cest encore un peu jeune pour être adulte, pensez-vous
Il restait une demi-heure avant la fin de sa journée de travail, mais Camille avait du mal à se concentrer. Les pensées déviaient dans tous les sens, souvent vers le négatif. Pourtant, elle était une fille bien. Cest ce que sa mère répétait toujours.
Notre Camille, quelle fille intelligente ! Toujours une bonne petite.
Cétait mignon, quand Camille portait encore des couettes et des jupes à volants à la maternelle. Un petit miracle !
Ou plutôt un miracle pas très sage Car le soir, sa mère retrouvait plus souvent un galopin quune fillette modèle.
Camille ! Quas-tu donc sur la tête ?
Un nid ! Cest ce que madame Louise a dit. Elle ma conseillée de rester bien tranquille sur la cour, pour que les oiseaux viennent faire des petits dedans. Ma coiffure aura au moins servi à quelque chose, non ?
Et tes rubans ?
Je ne sais plus ! Lucas en a pris un pour attacher lancre de son bateau Tu savais maman quil a un vrai bateau ? Cest son père qui la fait ! Madame Louise nous la montré : elle a rempli une bassine deau et on a fait naviguer le bateau. Cétait trop beau !
Et lautre ruban ?
Je ne sais pas. Manon me la demandé Après, elle est partie quelque part. Dis, maman, pourquoi le vent souffle-t-il ?
Camille !
Quoi ?!
Arrête avec les questions idiotes, ma tête va exploser !
Camille se taisait alors, lançant des regards en coin à sa mère sur tout le chemin du retour. Sa mère avait-elle mal ? Sa tête redeviendrait-elle entière, ou faudrait-il la jeter comme les coquilles dœufs de lomelette du dimanche ?
Son imagination débordait. À mi-parcours, elle sanglotait déjà, puis pleurait à tue-tête, ce qui mettait sa mère hors delle.
Camille ! Tu vas pas commencer ton concert !
Impossible dexpliquer. Camille avait tout simplement si mal pour sa mère, si mal pour sa tête et son humeur, quelle voulait hurler, comme la chienne Papouille du voisin.
Papouille était une chienne stupide. Elle hurlait jour et nuit dès que son maître, le plombier du rez-de-chaussée, partait en virée au bar. Pendant ces jours-là, elle réclamait si fort que tous les enfants de limmeuble suppliaient leurs parents de la recueillir. Les adultes sindignaient, mais Papouille restait là. Un jour seulement, en plein cri désespéré, elle sarrêta net. Tous les voisins sentirent que, ce jour-là, un malheur venait de tomber.
On raccompagna le plombier tous ensemble. Cétait un brave homme, comme disait la mère de Camille, mais trop faible de caractère.
Papouille, ce jour-là, sortit du hall et sassit sur le pas de la porte, les yeux fixés sur la route où lon dispersait des pétales de fleurs. Elle naboya plus. Camille, que sa mère navait pas emmenée à lécole ce matin-là à cause dun rendez-vous chez le dentiste, sapprocha pour caresser la chienne, mais Papouille ne bougea même pas sa queue, elle dhabitude si vive. La mère de Camille tira sa fille par la main. À la sortie du dentiste, Papouille navait pas quitté son poste, glacée mais immobile. Et Camille jurerait, croix sur le ventre comme lenseignait Lucas, que cette petite chienne pleurait.
Maman, pourquoi on ne voit pas ses larmes ?
Que signifiait donc cette question ? Camille ne le sait toujours pas. Sa mère saccroupit, tendit la main :
Papouille Viens ma belle. Il ne reviendra pas
La chienne comprit-elle ? Camille nen a jamais rien su. Sa mère, sans attendre, prit Papouille dans ses bras et lança :
Viens ! Il faut la nettoyer.
Cest ainsi que Papouille devint la chienne de Camille. Elle vécut très longtemps. Camille eut le temps de finir le lycée, luniversité, de se marier. Mais plus jamais, Papouille naboya. Elle mangeait sans bruit, acceptait dêtre lavée, sortait en promenade sagement. Quand le moment vint de rejoindre son premier maître, elle soupira seulement et referma les yeux, enfouie dans la main tremblante de Camille devenue adulte.
Camille neut plus jamais de chien. Même quand ses enfants le demandaient, elle nen avait plus la force, hantée par les yeux sombres et profonds de Papouille.
Pourtant, Camille fut une enfant heureuse. Elle avait tout pour être contente : une maman, un papa, deux grands-mères, un lapin borgne, et des crêpes à la crème fraîche le dimanche matin. Il y avait aussi la maison de campagne de Grand-mère Marguerite, du côté paternel, où Camille allait rarement.
Pourquoi ? Camille ne le savait pas, cétait un secret trop grand pour une petite fille. Ce qui était sûr, cétait que, dans cette maison, tout le monde samusait, sauf sa mère.
Mais il y avait aussi les vacances à la mer avec lautre grand-mère, Hélène, sa préférée, car Hélène répondait à toutes ses questions, quitte à se faire gronder ensuite.
Mais maman, pourquoi tu lui racontes tout ça ? Camille est trop petite ! Elle ne comprendra rien !
Tu nétais pas idiote, tu comprenais bien. Camille tient de toi.
Camille riait, voyant sa mère en colère, mais restait fascinée par les histoires de grand-mère Hélène, sur la vie, la naissance des bébés Cétait si captivant quelle nosait, la prochaine fois, lui demander pourquoi les adultes ne disent pas toujours toute la vérité aux enfants.
Des raisons, il y en avait. Les adultes croyaient camoufler les déchirements familiaux à quoi bon ouvrir tout ça à une gamine ? Malgré leurs efforts, il y avait toujours, derrière la porte, des disputes étouffées, suivies des pleurs silencieux de sa mère. Grand-mère Marguerite, en recevant sa belle-fille à la campagne, pincait les lèvres, fuyait son regard. Camille ne comprenait rien, tirait sa mère vers la cuisine, où sa grand-mère saffairait à sa fameuse tarte aux cerises.
Maman, viens ! Tu dois apprendre ! Comme ça, tu la feras à la maison, ta tarte !
Mais sa mère refusait :
Non, ma chérie.
Rien nétait expliqué clairement à Camille. Ce fut plus tard quelle comprit : être de la même famille ne fait pas toujours naître la tendresse.
Ses parents divorcèrent lors de son dixième anniversaire.
La fête battait son plein quand on claqua la porte dentrée. Camille leva les yeux, sa mère murmura dune voix lasse :
Voilà, cest fini
Papouille, comprenant bien mieux que lenfant ce qui se passait, sétait approchée de sa mère et sétait couchée à ses pieds. Camille, appelée par ses copines, retourna dans le salon en annonçant larrivée du gâteau. Quand elle revint, sa mère et la chienne restaient là, immobiles, perdues dans leurs pensées. À la question timide de Camille, sa mère sursauta :
Oui, oui, tout de suite ! Va avec tes amies.
Et la voilà deux minutes plus tard, souriante, tenant le gâteau quelle avait préparé toute la nuit, espérant réussir enfin un dessert digne de ce nom.
Quand les amis furent partis, Camille sassit à côté de sa mère, qui lui dit en riant :
Il est bon ce gâteau ? Tant pis pour les régimes, Camille ! On sen fiche, la vie est courte ! Nous aussi, on aura notre fête, tu verras.
De quelle fête parlait sa mère ? Camille na jamais compris. Dailleurs, alors que la pension alimentaire de son père ne suffisait que tout juste à acheter un pantalon à lado qui grandissait trop vite, les fêtes devinrent rares. Restèrent immuables la galette du Nouvel An et lanniversaire de Camille. Les autres, non.
Grand-mère Hélène, peu gênée des « grandes oreilles » de Camille, insistait pour que sa fille refasse sa vie. Mais Camille voyait bien que sa mère ne voulait rien entendre.
Ça va, maman. Jai eu ma dose.
Camille, plus grande, se demanda souvent ce qui aurait changé si sa mère avait osé aimer de nouveau, saccorder le droit au bonheur. Elle simaginait fréquemment avoir un petit frère ou une sœur, une mère riant au lieu de se plaindre de migraines.
En réalité, la mère de Camille sétait endurcie, oublieuse des éclats de rire. Elle devenait dure, et il fallait à Camille beaucoup de patience pour ne pas répondre, surtout à ladolescence. Elle semportait parfois mais, dès que la tempête menaçait, Papouille surgissait, montrant silencieusement ses crocs pour calmer la dispute. Une fois, après une scène particulièrement vive, Papouille entra dans la chambre de Camille et la pinça doucement à la cheville, laissant un souvenir piquant qui passa vite, mais que Camille noublia jamais.
Grand-mère Hélène avait expliqué beaucoup de choses à Camille, sans filtres.
Quattends-tu delle ? Toute femme devient aigrie sans amour
Mais on laime, nous !
Ce nest pas la même chose. Une femme doit se sentir femme. Ce ne sont pas les enfants ou les parents qui lui donnent ce sentiment. Uniquement un homme. Tu ne comprends pas, mais moi je sais Quand jai perdu ton grand-père, javais quarante ans Trop jeune Et même sil y a eu dautres hommes, jamais je nai pu aimer vraiment un autre. Prendre des fleurs ou aller au restaurant, ce nest rien à côté douvrir les yeux ensemble chaque matin Tu ricanes ? On verra bien pour toi, quand tu tomberas amoureuse ! Je parie que, comme ta mère, ça arrivera vite.
Mais Mamie, jai seize ans !
Et alors ? Ta mère avait dix-huit ans à peine quand elle ma annoncé quelle avait rencontré ton père et quelle ne voulait plus jamais le quitter. Elle laimait, sincèrement. Mais il na pas su la garder, cest tout Elle a avalé des couleuvres, supporté sa belle-famille Jusquà ne pas lui pardonner une seule chose.
Quoi ?
Linfidélité. Je sais, cest dur de ten parler, mais tu dois savoir ce que ta mère a vécu. Ça fait mal de voir son âme en lambeaux. Inutile de haïr ton père pour autant, il a le droit de vivre sa vie. Ça ne sert à rien dentretenir la rancœur. Il a choisi sa route. En toi, il y a une part de lui et une part de ta mère. Accepte-les toutes deux.
Maman na jamais dit du mal de papa.
Elle est intelligente. Elle sait que, pour toi, il restera toujours ton papa. Pourquoi tout compliquer ?
Elle laime encore ?
Je le crois. Cest pour ça quelle na rien changé à sa vie.
Mamie, tu penses que moi aussi jaimerais, comme ça, une seule fois ?
Je ne sais pas ma chérie. Je souhaite juste quun homme digne de toi se présente sur ta route
Camille rencontra son futur mari, Arthur, juste comme lavait annoncé la grand-mère. Elle courait, stressée, vers son premier examen de fac et bouscula un grand garçon maladroit. Elle ne vit pas son visage, seulement ses bras solides lempêchant de sétaler de tout son long, puis une voix rieuse :
Vous foncez si vite, mademoiselle, que je risque de ne pas vous suivre ! Donnez-moi vite votre numéro avant de filer plus loin !
Évidemment, Camille ne donna pas son numéro. Mais, à la sortie de lexamen, rayonnante davoir réussi, elle le retrouva dans le couloir.
Vous nêtes plus pressée ?
Ils se marièrent trois ans plus tard. Au début, ils vécurent avec sa mère, mais Camille comprit vite que ce nétait pas une bonne idée.
Ce fut difficile. Sa mère nacceptait pas Arthur pour gendre.
Programmeur ? Mais cest quoi de rester devant un écran à grignoter, il va finir aussi gros quun éléphant, tu verras.
Tu exagères, maman. Il tembête, ton sandwich ?
Cest toi qui minquiète. Tu vas pleurer, crois-moi
Arthur dut ramer, mais il finit, au bout de dix ans, par être reconnu comme « une perle » par sa belle-mère.
À ce moment-là, Camille et Arthur vivaient dans un petit F3 aux abords de Bordeaux. Arthur bossait darrache-pied dans sa boîte dinformatique. Camille courait dun appartement à lautre, car, dans ce métier dagent immobilier, la clé du succès, cest duser ses chaussures ! Leur aîné était gardé tour à tour par la grand-mère ou larrière-grand-mère Camille remerciait le ciel de les avoir encore solides.
Les premiers signes de déclin de la mère survinrent alors que Camille attendait son deuxième enfant.
Camille, tu te crois où ? Tu pars une heure et tu disparais ! Jai autre chose à faire ! sénervait sa mère, remuant une soupette sur le feu, préférée de son gendre. Voilà cest prêt, je men vais ! Et la prochaine fois, pense aussi à mon emploi du temps !
Camille, totalement surprise, la regardait sagiter, réalisant soudain que le rendez-vous prévu avec son médecin avait bien eu lieu la veille, pas aujourdhui, et quelle nétait donc pas sortie.
Elle proposa un examen médical à sa mère qui refusa catégoriquement.
Pour quoi faire ? Arrête avec tes idées ! Pense à ta grand-mère, va ! Cest elle qui a besoin dun docteur.
Sur les conseils dArthur, Camille contacta un bon neurologue via son père.
Je ne peux vous donner de bonnes nouvelles. Il faudra des examens approfondis, mais vous allez vivre des temps difficiles.
Camille sentit le froid sinstaller en elle. Non, pas sa mère à elle ! Elle était si jeune encore ! Doù venaient ces troubles ?
Il y a bien des causes, mais bon le plus important est de limiter les conséquences, pas de chercher le pourquoi.
Mais cest possible ?
On ne guérit pas, on ralentit. On va faire de notre mieux.
Dès ce jour-là, Camille sut que tout changeait. Elle nétait pas prête, mais elle navait pas le choix. Sa mère était ce quelle avait de plus précieux. Son rôle, à elle, Camille, serait de tout faire pour que la vie de sa mère soit la plus douce possible.
Persuader sa mère demménager chez eux fut une épreuve que Camille préfère ne pas détailler. Arthur fit des miracles, achetant une petite maison près dArcachon, en sendettant, mais certain que cela apaiserait enfin Camille.
On va y arriver. On sera tous ensemble désormais.
Mais ce calme, Camille ne latteindrait jamais.
La mère de Camille oubliait sans cesse quelle habitait désormais chez eux, voulait rentrer « chez elle ».
Maman, ta chambre est juste au bout du couloir.
Pourquoi je dormirais dans ta chambre damis ? Jai ma maison !
Oui, je sais. Mais demain jai vraiment besoin de toi, pour garder les garçons. Et mamie est malade. Reste, sil te plaît.
Bon, daccord, mais ça na pas toujours être comme ça ! Jai ma vie à moi aussi !
Je comprends, maman.
Quest-ce que tu veux comprendre, Camille ? À ton âge !
Sans laide de grand-mère Hélène, Camille aurait sombré.
Mamie, tu crois quelle ne se souvient plus de rien ?
Si, mon petit. Elle se souvient de bien des choses. De très loin surtout. Des souvenirs que moi-même jai oubliés. Je réalise maintenant comme je lui ai peu donné de temps Tu sais, à lépoque, crèche, école, centre on se voyait à peine Je suis devenue vraiment mère avec toi, ma chérie. Jai élevé ta maman, mais elle porte toute ma douleur Si seulement je pouvais rattraper ce temps perdu Parfois, je crois que tout ce qui arrive, cest pour quelle me pardonne. Elle râle, elle gronde, mais cest du vent. Quand elle me regarde dun air bizarre, je la sens heureuse, enfin. Elle est jeune, pleine de vie, tout est encore possible pour elle : lamour, toi, et toutes les épreuves quelle ignore encore. Cest terrifiant mais aussi apaisant Toute mère veut que son enfant soit heureux, même une minute Et ces minutes, je sais quelles viennent. Seigneur, comment supporter tout cela, Camille ?
Je ne sais pas, Mamie Je ne sais pas
Camille voyait combien ce chemin était difficile pour sa grand-mère, voir son unique enfant seffacer peu à peu. Souvent, trouvant sa mère assise au sol, la tête sur les genoux de Mamie, Camille murmurait :
Je la ramène ?
Non laisse Ce nest que pour un instant
La grand-mère disparut un an après seulement, lorsque Camille comprit que leur vie ne serait plus jamais la même.
Prends soin d’elle, Camille comme de la prunelle de tes yeux. Moi, je ne peux plus
Camille serrait les lèvres, acquiesçait, mais se réfugiait pour pleurer, de peur que sa grand-mère voie à quel point elle avait peur de tout affronter seule.
Ne pense plus à elle comme à ta mère. Tu sais, on dit quen vieillissant, on redevient enfant. Cest vrai. Les enfants ressentent, ne réfléchissent pas. Prends-la comme ta petite, à moi. Prends soin delle. Si tu sens que tu vas hurler, fais-le ! Mais jamais devant elle, daccord ? Et après, souviens-toi de ce que je tai dit et prends-la dans tes bras très fort. Comme tu espères quun jour, tes enfants le feront pour toi Promets-le-moi !
Je te le promets
Combien de fois Camille repenserait-elle à cette promesse ? Innombrables. Aujourdhui encore.
Elle regarde lheure, soupire, attrape son sac. Portefeuille, clés de voiture, parapluie tout est là. Cest lheure. Récupérer laîné au foot, passer chercher le cadet à lécole, et puis faire un saut à lIntermarché, pour acheter des bananes celles, toutes petites, que préférait grand-mère.
Parce que sa maman, voyant la grappe de bananes, croira peut-être, un instant, que la grand-mère vit encore. Quil suffirait de traverser le couloir, de ne pas faire attention au regard de laide-soignante, douvrir la porte du salon, et de retrouver le fauteuil qui détonne tant avec le reste, mais qui reste là pour la mémoire. Et soupirer :
Camille ! Tu pourrais laver la housse, non ? Je te lai dit cent fois ! Tu as pris les bananes ? Mamie ne va pas tarder. Elle la demandé.
Bien sûr, maman ! Assieds-toi, je te prépare un thé.
Le fauteuil sera occupé. Et il restera encore un peu de temps pour déposer sa joue dans la paume familière, croiser un regard exigeant, mais si tendre, et sourire à la question rituelle :
Camille, cest quoi sur ta tête ? Où est ta brosse ? Viens que je te coiffe ! Il est tard Faisons dodo ! Quest-ce que tu veux pour le petit-déjeuner demain ? De la semoule ou des crêpes ?
Et lessentiel sera là : aimer, cest prendre soin, simplement, naïvement, sans rien attendre. Et cest cela, le vrai secret du bonheur.