Et noublie pas les bananes pour Mamie Nadège ! Surtout, prends-les petites, comme elle les aime ! La dernière fois, tu as ramené nimporte quoi ! Claire ! Tu exagères ! Cest vraiment trop demander de faire ce quon te dit ?
Claire Dubois, chef comptable dans une grande entreprise, maman de deux enfants et épouse comblée, soupire en regardant le plafond, tout en sachant très bien que sa propre mère ne la voit pas. Peu importe, puisquelle devine sans mal que sa mère saura parfaitement comment elle a réagi à ses instructions précises.
Et ne te contente pas dacquiescer, fais-le ! Je te connais ! Toujours dans la lune ! Claire ! Il serait temps de devenir adulte !
Pour la seconde remarque, Claire sabstient de hocher la tête cette fois, répond seulement : « Oui, daccord ! » puis conclut la conversation.
Il serait temps de grandir, oui Si vous le dites ! Quarante ans passés, ce nest peut-être pas assez, après tout.
Il reste encore une demi-heure de travail mais Claire sefforce de se concentrer sur ses comptes. Leffort est vain : les pensées séparpillent, souvent sombres. Pourtant, elle a toujours été une fille sage. Sa mère laffirmait depuis toujours.
Ma petite Clairette, elle est formidable ! Une enfant adorable !
Cétait charmant, quand Clairette allait à la maternelle : une vraie poupée, avec de jolis rubans et des volants sur sa jupe. Un petit ange !
Oui… Plutôt une tornade ! Parce quau moment de la récupérer, sa mère retrouvait une fillette échevelée et espiègle.
Claire ! Quest-ce que tu as sur la tête ?
Un nid ! Cest ce qua dit Madame Valérie. Et elle ma conseillée de rester immobile sur le banc, pour que des oiseaux viennent y installer leurs petits. Il faut bien que ma coiffure serve à quelque chose, non ?
Et les rubans ?
Je ne sais plus ! Un, cest Simon qui la pris, il avait besoin dune corde pour ancrer son bateau. Maman, tu savais quil a un vrai bateau ? Cest son papa qui la construit ! On la vu aujourdhui dans la bassine, cest magnifique !
Et lautre ruban ?
Je crois que Léa me la demandé et la emmené. Maman, pourquoi le vent souffle ?
Claire !
Quoi ?
Laisse-moi tranquille avec tes questions bêtes ! Jai la migraine !
Sur le chemin du retour, Claire se taisait alors, observant sa mère de biais, se demandant si elle avait mal, si sa tête serait jamais réparée, ou sil faudrait la jeter comme les coquilles vides quelle voyait finir à la poubelle lors de la préparation des œufs au plat.
Son imagination fertile la perdait et avant même darriver à la maison, elle se mettait à sangloter, à gémir, bouleversant sa mère.
Claire ! Cest quoi ce concert ?
Impossible dexpliquer. Juste la peine immense pour sa mère, sa tête, sa tristesse. Elle aurait aimé pleurer encore plus fort, comme la chienne Balou de leurs voisins, qui hurlait à la mort, souvent sans raison, mais cétait pire quand son maître, le plombier du quartier, partait picoler. Là, Balou poussait des hurlements interminables, épuisant tout limmeuble de la rue du Marché.
Les adultes sagaçaient, appelaient la police, mais Balou restait chez elle. Un jour, lors dune de ces absences, elle sest tue dun coup. Tous, dans limmeuble, ont compris quun malheur était arrivé.
Yves fut enterré avec tous les voisins présents. Cétait un homme serviable, toujours prêt à rendre service. Mais, comme disait la mère de Claire, « il était faible face à la bouteille ».
Balou, assise sur le seuil de limmeuble, a regardé les gens partir, lançant des pétales sur le chemin. Dès lors, elle ne sest plus manifestée. Ce jour-là, Claire nest pas allée à lécoleelle avait rendez-vous chez le dentiste. Elle a tenté de caresser la chienne, mais Balou na même pas remué la queue, elle qui répondait toujours à la moindre caresse. La mère a tiré Claire par la main et elles sont parties. Au retour, la chienne était toujours à la même place, immobile, le regard perdu. Claire aurait juré, la main posée sur son ventre comme Simon le lui avait appris, que Balou pleurait.
Maman, pourquoi on ne voit pas ses larmes ?
Il y avait là quelque chose dénigmatique. Plus tard, sa mère sest accroupie près de Balou :
Balou Ma Belle, viens avec moi. Il ne reviendra plus.
La chienne a-t-elle compris ? Claire nen saura jamais rien. Sa mère a fini par la prendre dans ses bras et donner lordre :
On y va ! Il faut la soigner.
Cest ainsi que Balou est devenue la chienne de Claire. Elle a vécu encore dix-sept ans dans la famille, assez pour voir Claire finir ses études et se marier. Jamais, elle na hurlé de nouveau. Elle se laissait laver, promener, nourrir sans jamais retrouver sa voix. Lorsquelle a fini par quitter ce monde, elle a juste poussé un soupir doux, presquhumain, et fermé les yeux, le museau dans la paume de Claire, mouillée de larmes.
Claire na jamais repris de chien. Même quand ses enfants le souhaitaient, elle na pas eu la force de recommencer, se souvenant du regard plein de sagesse de Balou.
Pourtant, Claire avait connu une enfance heureuse. Il ne lui manquait rien : une maman, un papa, deux grands-mères, un vieux lapin en peluche, et des crêpes à la crème le week-end. Et puis, il y avait la maison de campagne de Mamie Odile, la mère de son père, où elle allait rarement, sans savoir pourquoicétait un secret que les enfants ne connaissaient jamais.
Mais surtout, il y avait les vacances à la mer avec Mamie Nadège, quelle aimait plus que tout, car Nadège consacrait tout son temps à sa petite-fille. Contrairement à Odile, il ny avait pas de sujets tabous avec elle, et elle répondait à toutes les questions, ce que la mère de Claire réprouvait souvent.
Maman, mais pourquoi ? Claire est trop petite ! Elle ne comprend rien !
Tu nétais pas idiote, toi, petite. Claire te ressemble, cest tout !
Claire éclatait de rire en voyant sa mère semporter, tout en se disant quelle ne comprenait finalement pas la moitié de ce que Mamie Nadège lui racontait sur la vie, mais cétait tellement passionnant quelle était tentée de linterroger encore plus, la prochaine fois.
Elle avait ses raisons de questionner le franc-parler des adultes.
Les parents faisaient tout pour que Claire ne comprenne pas ce qui se tramait à la maison. Mais à travers la porte fermée, elle entendait parfois des disputes étouffées, puis les sanglots de sa mère. Chez Mamie Odile, celle-ci serrait les lèvres et évitait le regard de sa bru. Claire ne comprenait rien, tirant sa mère jusquà la cuisine où lon préparait toujours la fameuse tarte aux cerises.
Maman, viens ! Mamie va tapprendre à la faire, tu pourras en refaire à la maison ! Elle est si bonne, et tu ne sais pas la faire !
Sa mère secouait la tête, retenant sa main :
Non, ma chérie.
Les adultes nexpliquaient jamais la réalité à Claire. Mais plus tard, elle comprit : avoir des liens de parenté ne suffit pas à rendre deux personnes proches.
Le divorce de ses parents eut lieu à ses dix ans.
Cétait son anniversaire, la fête battait son plein quand la porte claqua soudainement. Dans lentrée, sa mère lui lança dune voix lasse :
Cest terminé
Balou, qui avait tout saisi, vint se coller à sa maîtresse en silence. Lune des amies de Claire lappela, elle courut rejoindre le groupe, sécriant quil y aurait bientôt le gâteau. Quand elle revint, la chienne et sa mère étaient debout, côte à côte, perdues dans leurs pensées. Claire osa demander :
Alors, le gâteau ?
Sa mère sursauta, se raccrocha à un sourire et répondit :
Bien sûr ! Ca va venir ! Va retrouver tes amies !
Peu après, elle arriva en souriant, le gâteau préparé la veille à la main, espérant être félicitée pour une fois sur ses talents de pâtissière.
Quand tout le monde partit, Claire sassit à côté de sa maman, qui lui tendit une cuillère :
Tu las aimé, mon gâteau ? Tant pis pour les régimes ! Tu sais quoi, Claire Voilà, cest la vie ! Peut-être quun jour, il y aura aussi un peu de fête chez nous
De quelle fête parlait sa mère ? Claire nen savait rien. Cela napporta pas plus de lumière plus tard. Avec la maigre pension alimentaire que versait son père en euros, il fallait à peine pour racheter deux robes pour ladolescente en croissance. Les seules réjouissances restaient Noël et lanniversaire de Claire. Sa mère ne fêtait plus le sien.
Mamie Nadège, sans fausse pudeur, répétait que sa fille devait reprendre sa vie en main. Mais Claire voyait bien à quel point cela mettait sa mère mal à laise. Invariablement, la réponse était :
Jai assez donné. Ca suffit.
Plus âgée, Claire se demanda souvent ce qui se serait passé si sa mère avait refait sa vie, si elle sétait permis dêtre heureuse Aurait-elle eu un frère, une sœur ? Sa mère aurait-elle oublié sa migraine et retrouvé le rire ?
Mais en vérité, sa mère avait perdu tout instinct de légèreté. Claire faisait dimmenses efforts pour ne pas répondre à ses piques, même si adolescente, elle le faisait souvent. À chaque fois, Balou surgissait, montrant ses toutes petites dents pour lintimider, et cela suffisait à calmer Claire qui fuyait vers sa chambre ou chez Mamie.
Balou mordait fort, Claire le savait. Une fois, suite à une grosse dispute, la chienne venait lattraper doucement à la cheville, assez pour lui faire mal, puis sen allait sans un regard de côté. Depuis, Claire se rappelait quil valait mieux écouter ceux qui comprenaient vraiment les gens et les chiens.
Sa grand-mère lui expliqua beaucoup sur sa mère.
Quattends-tu delle ? Toute femme finit aigrie si elle nest pas aimée.
Mais nous, on laime !
Ah, ma petite, ce nest pas pareil. Une femme doit se sentir femme. Cela, ni les enfants ni les parents ne le donnent. Tu comprendras plus tard. Moi, je le sais depuis que ton grand-père est parti. Javais tout juste quarante ans. Trop jeune Jai bien vécu dautres histoires ensuite Oui, ne rigole pas, jai eu des soupirants ! Mais jaimais ton grand-père. Je laime toujours. Accepter un bouquet, aller au restaurant, cest une chose. Se réveiller chaque matin auprès de quelquun, cen est une autre. Tu ricanes maintenant, mais attends de voir quand tu seras mariée ! Et vu ton caractère, ça ne tardera pas.
Mamie, jai seize ans !
Justement ! Ta mère en avait à peine dix-huit quand elle a rencontré ton père. Elle était sûre de son amour, malgré le rejet des beaux-parents. Elle a tenu le coup. Elle na jamais pardonné quune seule chose.
Quoi ?
Linfidélité. Tu sais, il vaut mieux que tu lapprennes de moi. Ta mère a beaucoup souffert. Chacun, dans la vie, a droit à la sienne, même ton père. A quoi ça sert de haïr ? Il va bien, il est heureux. Toi, tu es de lui et ta mère. Tu ne peux rien renier.
Maman na jamais dit du mal de papa.
Et elle ne le fera pas. Elle est intelligente. Elle sait quil sera toujours ton père, et que pour lui, tu resteras sa petite fille. Alors, inutile de compliquer.
Tu crois quelle laime encore ?
Oui, je le pense. Cest pour ça quelle ne tourne pas la page.
Mamie, tu crois que moi aussi Je pourrais aimer ainsi, pour toujours ?
Je te le souhaite simplement. Que tu mérites un tel amour.
Claire a rencontré Pierre comme Mamie lavait prédit. Elle courait vers son premier examen à la fac, et a heurté un grand garçon quelconque. Elle na pas eu le temps de voir son visage, mais a remarqué ses bras solides qui la rattrapaient, et cette voix amusée :
Mademoiselle, avec vous il faut être sportif ! Donnez-moi vite votre numéro avant de décoller à nouveau !
Elle ne la pas fait, mais la vu à la sortie, notant le sourire de “son sauveur”.
Vous nêtes plus pressée ?
Ils se sont mariés trois ans après. Dabord hébergés chez la mère de Claire, mais elle nétait pas convaincue par Pierre.
Programmeur ? Cest pas un vrai métier, ça. Il reste collé à son ordinateur à grignoter des tartines. Bientôt, tu auras un éléphant à la maison !
Enfin maman ! Tu ne vas pas trouver mal quil mange ?
Cest toi que je plains. Tu vas en pleurer
Pierre a mis du temps à gagner la confiance de sa belle-mère. Il a fallu dix ans, mais elle a fini par dire : « Finalement, jai un gendre en or ! »
À cette époque, Claire et Pierre vivaient dans un petit appartement. Lui, travaillait sans relâche, montait sa première boîte, et elle enchainait les visites immobilières, lessentiel du métier dagent étant de marcher. Les enfants étaient gardés tour à tour par mamie ou arrière-grand-mère, et Claire se réjouissait de les savoir en forme.
Les premiers signes dalerte sont venus lors de sa deuxième grossesse.
Claire, tu tes crue où ? Partir une heure et disparaître ! Jai du boulot ! sexclame sa mère en remuant son potage préféré de Pierre. Cest prêt ! Je men vais, la prochaine fois, tu organises nos emplois du temps !
Sans comprendre, Claire la regarde sagiter dans lentrée. Pourtant, elle nest partie quà lheure dite la veille. Sa mère avait cuisiné le matin même comme pour une fête, et soffusquait à présent en la croyant absente de la maison.
Elle refusa tous examens médicaux, malgré les exhortations de Claire.
Tu inventes des histoires ! Je suis en pleine forme ! Pense plutôt à Mamie ! Elle, elle aurait vraiment besoin dun médecin.
Sur le conseil de Pierre, Claire accepte de laisser tomber la discussion directe, et, via son père, contacte un spécialiste qui accepte de venir à domicile.
Il va falloir accepter des examens plus sérieux, mais dores et déjà, ce ne sera pas simple.
Claire sent alors le froid lui glacer les mains. Impossible ! Pas sa mère ! Elle est bien trop jeune !
Les causes sont multiples. Savoir le pourquoi vous aidera peu. Le mieux, cest dagir pour freiner la maladie, et garder du temps.
Mais cest possible ?
On sait ralentir, soutenir lorganisme, mais il ny a pas de remède miracle. On peut espérer, la médecine progresse. Lessentiel : lui éviter tout stress.
Dès cet instant, Claire comprend que toute sa vie va changer. Elle na pas le choix : il lui incombe de préserver au mieux la vie de la personne la plus chère à son cœur.
Convaincre sa mère de venir habiter chez eux ne fut pas simple. Pierre sétait démêlé pour acheter un petit pavillon, même si cela creusa les finances du foyer.
On sen sortira. On est tous ensemble désormais.
Claire cacherait son visage sur lépaule de son mari, sachant que désormais, son calme ne lui reviendrait plus.
La réalité lui donnait raison.
Sa mère ne cessait doublier où elle vivait, voulant retourner “chez elle”.
Maman, ta chambre, cest le couloir à gauche.
Pourquoi dormir dans ta chambre damis ? Jai ma maison, moi !
Daccord, mais tu me rendrais service demain pour garder les garçons, et Mamie nest pas bien. Reste cette fois, je ten prie
Bon, mais ne ty habitue pas ! Jai aussi ma vie !
Je sais, maman
Mais quest-ce que tu peux comprendre, Claire ? Avec ton âge !
Si Mamie navait pas été là pour veiller sur sa mère, Claire aurait vite sombré.
Mamie, tu crois vraiment quelle a tout oublié ?
Pourquoi tout oublier ? Lessentiel, cest ce qui reste du passé. Tu serais surprise, elle se souvient de choses que moi-même jai perdues. Dans le temps, on courait partout, crèche, école, garderie On se voyait à peine pour dîner. Je suis vraiment devenue mère avec toi, tu étais mon vrai premier enfant élevé par moi. Ta mère Jaurais voulu lui consacrer plus de temps. Mais cest peut-être par tout ça quelle finit par me pardonner, la vie, ton père Elle proteste, elle râle, mais cest du vent. Quand elle me reconnaît à peine, je sens quelle na plus mal. Elle me sourit. Cest effrayant, mais quelque part, ça me rassure. Toute mère veut voir son enfant heureux, au moins un instant. Aujourdhui, je sais quelle lest, même pour quelques minutes. Je limagine jeune, en bonne santé, la vie devant elle, lamour, toi, et les peines quelle ignore encore. Comment supporter tout ça, Claire ?
Je ne sais pas, Mamie Je ne sais pas
Claire voyait la douleur de sa grand-mère face à ce déchirement lent. Souvent, elle retrouvait sa mère assise par terre au pied du fauteuil où Mamie restait figée. Elle demandait à voix basse :
Tu veux que je lemmène ?
Non, laisse-les Ça passera vite
Mamie est partie un an après que Claire a compris que leur vie ne serait plus jamais la même.
Prends soin delle, Clairette ! Comme la prunelle de tes yeux ! Moi, je ne pourrai plus
Les larmes aux yeux, Claire promettait de ne rien laisser paraître de son angoisse.
Ne la considère plus comme ta mère. On dit bien, la vieillesse est un retour à lenfance. Cest vrai. Les enfants réagissent au cœur, non à la tête. Je ten prie, protège-la comme un enfant. Quand tu voudras hurler, vas-y, mais pas devant elle. Et pardonne-lui, protège-la, un jour tes enfants feront pareil pour toi Promets-le moi !
Je te le promets, Mamie
Combien de fois encore Claire repensera-t-elle à cette conversation ? Innombrables. Comme aujourdhui.
Elle consulte sa montre, soupire et attrape son sac. Portefeuille, clés, parapluie. Tout y est. Cest lheure ! Récupérer Luc à son cours, passer à lécole pour Charlotte, puis direction supermarché, pour les fameuses petites bananes. Celles que Mamie adorait.
Car sa maman, en voyant ces fruits, croira que Mamie est encore là. Quil suffit de traverser le couloir, ignorer le regard interrogateur de laide-soignante, franchir la porte du salon pour voir le fameux fauteuil, incongru dans la déco, mais toujours là tant quon se souvient. Et grogner :
Claire ! Tu pourrais au moins nettoyer cette housse ! Combien de fois il faut te le dire ? Tu as les bananes ? Mamie ne va pas tarder, elle les a demandées.
Bien sûr, maman ! Assieds-toi, je te fais du thé.
Et le fauteuil sera occupé. Il y aura encore des moments pour serrer la main de la mère contre la joue, croiser son regard dur, mais si doux, et sourire devant le classique :
Claire, mais tu as vu ta coiffure ? Où est ta brosse ? Apporte-la ! Que je te coiffe ! Mon Dieu, mais il est tard Au lit ! Quest-ce que tu veux pour le petit déjeuner demain ? De la semoule ou des crêpes ?