Des amis ont insisté pour partir en voyage dans notre voiture en promettant de partager les frais. À l’arrivée, ils nous ont lancé : « De toute façon, vous y alliez déjà »

Des connaissances ont demandé à sincruster dans notre road trip en voiture, promettant de participer aux frais. Arrivés sur place, ils ont sorti : « De toute façon, vous y alliez bien »

Tout avait commencé comme la préparation banale des vacances dété : ma femme, notre brave Renault Kadjar, un itinéraire de plus de mille kilomètres jusquà la Côte dAzur, et cette douce euphorie du voyage à venir. On adore la route, la vraie ! Pas dhoraires absurdes, pas de bébés hurlants à larrière, ni de vols reportés à trois heures du mat. On trace notre route, on sarrête où bon nous semble, on découvre chaque village perdu selon linspiration du moment.

Mais cette année, on a commis une faute fatale on a trop parlé de nos plans.

Lors dun dîner entre amis, entre fromages et verres de rouge, jai (sentence à vie) laissé échapper quon partait mi-juillet sur la Méditerranée. Et, comble de la bêtise, en précisant « avec notre voiture ».

Ah bon ! Et vous partez exactement quand ? sest écriée une paire en face.

Cétait Étienne et Bénédicte. Pas des amis proches, mais ils trainent souvent parmi le même cercle.

On décolle le quinze, ai-je répondu, sans flairer le piège.

Justement, on a nos vacances ce week-end-là ! On cherchait des billets de train, mais il reste que des places près des WC. On peut venir avec vous ? On partage lessence, promis, et voyage avec nous, cest plus fun on est cool, jamais de drama.

Jai jeté un coup dœil à ma femme, son regard disait : non direct. Jai bredouillé que la voiture était déjà pleine, quon roulait à notre rythme, quon sarrêtait souvent, blabla

Mais on na quune seule valise pour deux ! na pas lâché Étienne. Et puis, franchement, ça divise lessence par deux. Soyez sympas !

Et voilà On a accepté, par faiblesse, et parce que largument économique mavait titillé. Pas vraiment fiers, et on allait vite le regretter durant les deux semaines suivantes.

« Vouloir rendre service, cest sassurer des emmerdes »
On sétait donné rendez-vous à cinq heures du matin devant notre immeuble. Ma femme et moi étions prêts, le coffre bien rangé : sacs, eau, outils, couvertures. Étienne et Bénédicte, évidemment, arrivent avec quarante minutes de retard.

Le taxi navançait pas, lance Bénédicte, zéro excuse, traînant une valise XXL et un cabas de « petites douceurs ».

On avait dit : le minimum, ai-je craqué.

Mais cest une fille, il lui faut des tenues ! rigolait Étienne.

Résultat : session Tetris dans le coffre, à bourrer nos propres affaires pour caser la soute dAir France de Bénédicte.

Une heure après, le cauchemar commençait. Bénédicte étouffait la clim à fond ! Dix minutes plus tard, Étienne grelottait. Ma playlist ne passait pas le casting. Puis la litanie : arrêtez-vous là pour le café, là pour les jambes, là pour la clope

Mon itinéraire, optimisé pour éviter les bouchons de Lyon et dAix, foutu en lair. On roulait comme un vieux bus régional, arrêts toutes les vingt minutes.

Le sommet du festival est arrivé à une station-service.

Je fais le plein à 120 euros, rejoins la voiture, trouve Étienne masticant son hot-dog.
On divise, hein ? que je demande gentiment.
Tinquiète, on fera les comptes à la fin. Comme ça, pas de prises de tête, il élude.

Ça ma démangé, mais ma femme a murmuré : « Pas de prises de bec, ils paieront à larrivée. » Jai haussé les épaules. Péages, pareil : jai payé, tout le monde sen fichait.

En prime, ils dévoraient leurs sandwichs maison en semant des miettes, et à mes remarques, ils répondaient toujours :
Relax, la voiture, ça se nettoie !

On est arrivés la nuit, épuisés pas façon « cest loin la route », mais façon « brouteurs de patience ».

« Juste en covoiturage, non ? »
Au matin, dans la cuisine partagée du gîte, jai sorti le carnet où je notais tout.

Alors Lessence : 480 euros. Les péages : 100 euros. Total, 580. Donc 290 pour vous.

Étienne sétrangle avec son café, Bénédicte écarquille les yeux.

290 euros ? Sérieusement ? fait-elle traîner.

Bah oui, cétait le deal. Moitié-moitié.

Étienne repose sa tasse :
Hé, tu les aurais dépensés quoi quil arrive, avec ou sans nous. Cest ta voiture, ta route. On ne fait que remplir des places vides.

Attends, je commence à bouillir. On a bien dit : tu participes. On a supporté vos arrêts, vos bagages, le pastaga sans couvercle, et vous voulez pas partager les frais ?

Mais y a pas eu de gêne ! ricane Bénédicte. Franchement, cétait sympa, entre amis. Taurais prévenu, on aurait trouvé un BlaBlaCar.

Un autre chauffeur vous aurait largués à Avignon après trois miettes sur la banquette, lâche ma femme, excédée.

Bref, conclut Étienne. On peut te filer 40-50 euros, symboliquement. Mais la moitié ?! Faut pas pousser, on a un budget serré.

Je me lève.
Laissez tomber largent. Considérez que cétait cadeau. Mais pour le retour, vous vous débrouillez.

Quoi ?! Étienne sursaute. On na pas de billets ! On avait dit aller-retour !

On avait aussi dit partage équitable. Cest mort. Bonne vacances.

Vacances séparées, retour tout sourire
Les dix jours suivants, on a à peine croisé nos « amis », sauf deux fois à la plage, où ils détournaient le regard avec lélégance dadolescents en fuite.

La veille du départ, je reçois un texto dÉtienne : « Allez, fais pas la tête. On donne 120 euros chacun pour laller et le retour, ramène-nous. Bénédicte supporte pas le car »

Je nai pas répondu.

On a rangé nos affaires, checké lhuile, et repris la route dès laube. Le retour ? Un bonheur : notre musique, nos pauses, et la paix royale.

Daprès des amis, je suis à présent « ce salaud qui laisse tomber des copains pour une poignée deuros ». Étienne et Bénédicte ont galéré en bus, dépensé bien plus, et me descendent joyeusement en ville à chaque apéro.

Mais moi, jai appris ma leçon. Maintenant, dès quon me glisse : « Tiens, vous partez ? On peut monter avec vous ? », je souris et réponds, poli mais ferme : « Désolé, on préfère voyager en amoureux. »Depuis, la route na jamais eu ce goût de victoire tranquille : chaque virage est doux, et chaque silence devient un luxe. Parfois, japerçois dans le rétro le fantôme dÉtienne et Bénédicte, valises XXL sur le trottoir, cherchant un taxi inexistant. Mais ça ne me fait plus grimacer, juste sourire doucement. Les vrais bons souvenirs, ce sont ceux quon construit à deux, fenêtres ouvertes, lodeur de la mer qui sinvite, sans la moindre fausse promesse sur la banquette arrière.

Et surtout, ce jour-là, jai compris quil y a des voyages quil vaut mieux faire léger.

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: