Maman, je te présente ma copine, Camille tenta de dire Valentin, essayant davoir lair détaché, même si la nervosité tremblait dans sa voix. Et nous, euh On voudrait enfin tu vois quoi
Hmmm Ce que tu veux, mon cher, je le sais déjà depuis longtemps sa mère scruta longuement le visage de lélue de son fils. Mais, la question, cest : est-ce que mademoiselle veut vraiment la même chose ? Camille, vous connaissez bien mon fils ?
Mieux que personne, répondit calmement la future fiancée, sans sourciller. Comme ma propre poche.
Comment dites-vous ? La mère, surprise, se raidit et adopta un ton plus formel. Depuis quand les filles parlent-elles ainsi ?
Quoi détonnant ? En français, on dit bien aussi : « connaître quelquun sur le bout des doigts ». Mais au fond, parlons un peu de nous. Il serait peut-être utile quon se découvre un peu plus. On ne sait jamais, peut-être que nous ne sommes pas faites pour nous entendre.
Comment cela ? sétonna la mère.
Parce que, tôt ou tard, il faudra bien quon attende ensemble Valentin qui traîne à ses fameuses soirées, reprit Camille, sourire en coin. Et quon subisse à deux son ronflement divrogne quand il rentrera. Raison de plus pour apprendre à se connaître.
Mais Quest-ce que jai à voir là-dedans ? La mère peinait à retrouver le contrôle de la discussion. Tu dormiras dans ta propre chambre, jespère
Vous serez derrière la porte à attendre, comme toutes les mamans ! Cest comme ça en France, non ?
Eh oh ! sécria Valentin, pris de court par létrangeté de léchange. Pourquoi vous parlez comme ça de moi ?
Tais-toi ! répliquèrent, en chœur, les deux femmes.
Dailleurs, Madame Lefèvre, jaimerais savoir Il paraît que vous êtes plutôt du genre tempérée ? Parce que, Valentin ne veut rien mavouer à ce sujet.
Tempérée ? Que voulez-vous dire ? Sa mère écarquillait les yeux. Les femmes, se battre ? Allons donc
Oh, ça arrive, esquissa Camille, entre ironie et malice. Il y a des maris qui nont pas intérêt à traîner dans les parages trop longtemps. Ma maman me racontait parfois
Mon Dieu La mère porta aussitôt les mains à son visage. Quelles histoires Quels mots
Allons, détendez-vous, Camille glissa un regard complice à la mère de Valentin. Avouez, parfois, lenvie a dû vous prendre de coller une gifle à votre cher et tendre ? Ou même à Valentin, quand il faisait une bêtise ?
Eh bien La mère allait se confier, mais se ravisa aussitôt. Non, jamais !
Japprécie votre envie davoir lair irréprochable, sourit Camille, mais je vous crois difficilement. Comment élever un fils pareil sans jamais être tentée de le corriger un peu ? Dailleurs, lui avez-vous déjà donné une petite fessée quand il était enfant ?
Jamais de la vie ! Cette fois, la mère disait la vérité.
Eh Valentin tenta de sériger, mais, encore une fois, les deux femmes dune même voix lancèrent :
Tais-toi !
Vous avez eu tort dêtre si tendre, Madame Lefèvre Camille caressa doucement le bas du dos de Valentin. Un derrière pareil, toujours prêt à faire des sottises Il aurait bien fallu lui apprendre la vie ! Mais votre Valentin est quelquun de bien. Il nest pas trop tard pour le remettre dans le droit chemin. À propos, vous voulez un peu de thé ? On discute mieux autour dune tasse. Jai aussi apporté un petit Paris-Brest…
Le soir venu, quand le mari de Madame Lefèvre rentra du travail, elle annonça devant le fils, lair faussement solennel :
Chéri ! Notre Valentin va enfin se marier !
Seigneur ! Incroyable ! sexclama le père, fou de joie.
Du calme, je réfléchis encore tempéra Valentin, un brin gêné.
Non, mon garçon, rétorqua sa mère dune voix ferme. Cette fois, cest la bonne, tu vas te marier. Sinon, tant pis, jadopterai Camille.
Maman, elle nest pas orpheline, répondit Valentin en souriant. Elle a déjà ses parents.
Eh bien, tant pis, affirma la mère dun ton théâtral. Dans ce cas, je te rends à la maternité, en disant quon sest trompé denfant Ton père sera daccord !
Sil faut jure, je le fais ! ajouta le père, brandissant le poing dun air faussement menaçant.