Chaussettes fantaisie

Chaussettes

Oh, mon petit chou! Mon trésor! Mais pourquoi les bébés sont-ils aussi adorables, hein? sexclame fièrement Françoise Morel en cajolant son petit-fils devant lobjectif.

On fête en grande pompe les six mois de Paul. Des animateurs, des ballons, un immense gâteau magnifique Les grands-parents ont mis le paquet. Camille nétait pas franchement pour. Bien sûr, cela lui fait plaisir que ses parents veuillent tant gâter son fils, mais comme lorsquelle était enfant, elle se lasse vite du brouhaha et des fêtes bondées. Paul tient sûrement delle, car au bout de trente minutes à peine, il éclate en pleurs, forçant Camille à lemmener à lintérieur. Fenêtres closes, elle se pose dans un fauteuil, berce doucement son petit : il sendort presque aussitôt.

Tu en as eu assez, mon ange. Cest encore trop tôt pour de si grands événements.

Françoise monte alors dans la chambre denfant, son paquet cadeau en main.

Il dort?

Il était épuisé Maman, je te lavais dit, ce genre de fête, cest trop pour lui.

Ce nest pas grave, il shabituera. Ma chérie, tu sais, cest un bonheur pour nous, ce petit-fils, on peut se permettre de lui offrir une vraie fête. Regarde ce que je lui ai acheté! Une merveille, non?

Le bruit du papier réveille Paul, qui bouge, grogne, à moitié réveillé.

Oh maman, tu pourras nous montrer ton cadeau plus tard? Camille se lève, commence à bercer son fils en marchant dans la pièce.

Voilà Jai mis du temps à le choisir, et toi, ça ne tintéresse même pas! Françoise pose la boîte sur la table, déçue.

Mais non, maman, ça me fait vraiment plaisir! Je suis sûre que cest magnifique. Tu pourrais me descendre un verre deau? Jai soif

Pose ton fils, viens, descends avec moi.

Il va se réveiller.

Et alors! On continuera la fête tous ensemble!

Maman, sil se réveille maintenant, il pleurera des heures, tu le sais

Camille, il faut éduquer les enfants dès le plus jeune âge. Quest-ce que cest, cette histoire de cris? Un enfant bien élevé ne pleure pas comme ça!

Camille hésite, sarrête un instant, reprise par lhabitude de la contrainte. Puis, elle reprend lentement sa danse silencieuse, fusionnant mouvement après mouvement, comme sils avaient été répétés toute sa vie. Les enfants bien élevés font tout pour plaire. Les filles bien élevées doivent être impeccables en tout. Dos droit, menton relevé, première position, et pas de discussions.

Je retourne voir les invités. Toi, couche bien ton fils et viens vite. Une maison sans maîtresse de maison, ça ne se fait pas.

Remplace-moi, sil te plaît, maman.

Françoise sen va. Camille se rassoit, serre son petit garçon dans ses bras. Que de choses a-t-elle dû traverser pour que ce bébé voie le jour!

Issue dune famille très «respectable», comme dit sa grand-mère. Le grand-père était professeur duniversité, la grand-mère, chirurgienne dans un hôpital renommé. Le père, pour ne pas rompre la lignée, est devenu médecin aussi. Camille na jamais vraiment compris par quel miracle cet homme, si cultivé et sûr de lui, sest retrouvé moulé par la volonté de sa mère. Françoise, quant à elle, sest toujours sentie étrangère au monde des sciences. Elle a péniblement obtenu son diplôme universitaire, puis la rangé pour se consacrer à une mission: trouver un mari, ou plus exactement, que sa propre mère déniche un bon parti pour sa fille. Et ça, Madame Lucienne Lambert la parfaitement réussi. Les parents se sont connus lors dun anniversaire, les présentations faites, et tout sest enchaîné. Françoise, belle, sociable, a «envoûté» Jean-Paul, et la suite sest faite naturellement: mariage fastueux, appartement coopératif offert par les familles. Camille naît deux ans plus tard, sous la vigilance exclusive de Lucienne Lambert qui prend tout en main: la nounou, le choix des activités «adaptées pour une demoiselle»: deux langues, école de danse, professeur de musique.

Chez un enfant, tout doit être harmonieux!

Camille passe tous ses weekends dans les musées et théâtres, sous lœil intransigeant de sa grand-mère. Elle voit peu ses parents. Son père travaille beaucoup, et sa mère na souvent le temps que de lembrasser avant de séclipser à une soirée.

La ténacité de sa grand-mère porte ses fruits : Camille entre dabord au conservatoire puis dans une grande compagnie de ballet. La carrière démarre bien, quand elle rencontre son futur mari. Guillaume, dans la famille, na convaincu que le père.

Mon Dieu, quel mésalliance! Lucienne Lambert, affalée sur le canapé, la main sur le front, soupire Ma petite, réfléchis bien! Quest-ce que tu veux faire avec ce rustre? Il nest même pas capable de sexprimer!

Mamie, rares sont ceux qui arrivent à parler correctement devant toi réplique Camille, recroquevillée dans son fauteuil, un geste qui dhabitude, vaudrait des remontrances, mais aujourdhui lesprit de Lucienne est ailleurs.

Tu veux insinuer quoi?

Juste que peu de gens sont à ton niveau intellectuel.

Regard soupçonneux de Lucienne.

Et puis, Guillaume ne me plaît pas juste comme ça. Je laime, Mamie. Et tu ne vas pas contester que lamour, cest la vraie force derrière lart, non?

Lart, lart mais comment comptes-tu vivre avec lui?

Longtemps. Et, si possible, heureuse.

Elle tient bon. Ce nest pas facile, les reproches pleuvent. Camille, en fixant Guillaume dans les yeux, dit «oui» ferme et coupe court. Aux yeux de Guillaume, Camille est une apparition: si fragile, si douce, mais il sent tout de suite en elle une force et une vulnérabilité qui nappartiennent quà elle. Il veut la prendre dans ses bras pour la mettre à labri du monde.

Je nai pas grand-chose à toffrir pour linstant, mais je veux tout faire pour ton bonheur. Ce que je peux, cest taimer.

Ces mots suffisent. Camille réalise avec stupeur quelle compte, telle quelle est, pour quelquun. Plus besoin de correspondre aux attentes.

Leur chemin commun nest pas facile. Guillaume na ni réseau, ni héritage. Son père est décédé, sa mère, Marie, a fait toute sa carrière en primaire avant de devenir directrice. Les élèves ladorent. Son fils, aussi. Marie a toujours su trouver les bons mots, le pousser à se dépasser. Elle laide à faire de bonnes études, quil réussit brillamment. En vendant son appartement pour un plus petit, elle donne à Guillaume la différence pour lancer son entreprise. Intelligent, travailleur, il fait prospérer son affaire en quelques années. Dix ans plus tard, lentreprise fait référence dans son domaine. Même Lucienne Lambert finit par admettre ses compétences, surtout après la naissance de son arrière-petit-fils.

Camille désirait un enfant de tout son cœur. Elle ne voulait pas être une étoile, juste connaître ce bonheur simple. Mais la nature en décide autrement Des années dexamens, deux interventions chirurgicales, aucun résultat. Elle pleure souvent, la nuit, cachant ses larmes à Guillaume, se disant quil mérite de devenir père. Elle prend sa décision, lannonce à son mari et sinsurge quand il éclate de rire.

Pardon, Camille, excuse-moi! Cest ma façon de réagir Tu crois vraiment que ma vie ne tient quà avoir un enfant? Que mon amour pour toi, tout ce que je vis, cest juste ça? Mais cest TOI, ma vie! Tu nas pas encore compris?

Elle pleure, cette fois de soulagement.

Comprendre que lenfant, ce serait impossible, cétait supportable. Accepter, infiniment plus dur. Elle tente de se raisonner, mais ny arrive pas. Sa mère en rajoute, pleurant que toutes ses amies sont déjà mamies sauf elle. Les copines invitent à des anniversaires où Camille sapplique à trouver le cadeau parfait. Petit à petit, lenvie fanée, Camille arrête dobserver les bambins aux squares et ouvre un cours de danse classique.

Il faut que je moccupe ou je deviens folle!

Guillaume ne comprend pas bien, mais Marie intervient.

Tu sais, il faut la soutenir Pour une femme qui aime, donner un enfant à son homme, cest le bonheur suprême. Je le sais. Quoi quelle veuille, donne-lui ce choix.

Compris, maman.

Il lui trouve une grande salle lumineuse. Camille applaudit, émerveillée.

Cest parfait! Tu es formidable!

Préparatifs, inscriptions, cours Camille sy plonge à corps perdu. Elle ne remarque même pas les premiers symptômes, les attribuant à la fatigue.

Camille, je te demande, si tu ne veux pas répondre, dis-le-moi Marie la regarde, inquiète, lors dun café habituel près du studio. Tu ne serais pas enceinte?

Camille se fige, le regard dur. Cette question qui chatouille la plaie.

Ny pense pas! Je ten prie Cest seulement que

Tu te fais des idées! Camille se lève, mais manque de sévanouir et se rassied aussitôt. Ce petit café, elles ladorent, mais rien ne passe aujourdhui, elle a la nausée.

Marie commande un verre deau, revient et tend à Camille une boîte.

Pourquoi deviner? On verra bien!

Les serveurs samusent à voir les deux femmes, quelques minutes plus tard, sembrasser et danser de bonheur, ravies à en pleurer. Le bonheur irradie tant leur visage que lambiance gagne tout le café.

Paul naît solide et en pleine forme, mettant les nerfs du personnel médical à rude épreuve.

Vous êtes danseuse, non? demande la néonatologue à Camille.

Oui.

Il est très costaud, ce garçon. Bravo, la maman, quel bébé magnifique!

À présent, Camille se réveille chaque matin le cœur léger, se demandant si cest permis, tant de bonheur.

Mais tu nes pas seule, mon amour. On partage! On est deux à être heureux glisse Guillaume en contemplant le petit, emmitouflé dans une couverture que Françoise a choisie pour la maternité.

La sortie de la maternité vire au cauchemar pour Camille. Malgré sa résistance, Françoise mène tout à sa façon: photographes, flashs, famille et amis sur le trottoir à crier des félicitations; et à la maison, la table est déjà dressée.

Camille naspire alors quà une douche chaude et du repos.

Mais maman, pourquoi tout ça?

Voyons! Il faut faire les choses bien! Cest une fête, non seulement parce que je suis grand-mère, mais aussi pour toi! Je suis tellement heureuse!

Il est inutile de discuter. Camille monte péniblement les marches, blasée en découvrant quune autre vague dinvités lattend.

Mais ce sont nos proches, chérie!

Elle croise le regard de Marie qui grimace, compatissante. Camille tient à peine debout quand Marie la prend par le bras:

Excusez-moi, puis-je «kidnapper» la maman et le bébé? On a des confidences à se faire.

Marie fait un signe à Guillaume et file avec Camille à létage, dans la chambre.

Allonge-toi, je moccupe de tout, tu vas filer à la douche. Faim?

Camille hoche la tête, regarde son mari déposer Paul dans le berceau, puis hésite:

Je devrais rejoindre tout le monde.

Mais pourquoi? Ils sen sortiront bien sans toi. Tu as déjà fait acte de présence.

Camille souffle, et, épuisée, sendort rapidement tandis que Marie fait les cent pas.

Tu veux dormir? demande-t-elle, jetant un plaid sur les jambes de Camille. Repose-toi! Je veille sur le bébé.

Sur Paul murmure Camille, qui sendort, sans voir le sourire doux de sa belle-mère. Paul, dailleurs, sappelait comme le père de Guillaume.

Lorsque Françoise monte, furieuse, quelques minutes plus tard de trouver Camille endormie au lieu de recevoir les invités, elle tombe face à Marie.

Et ça, comment tu appelles ça?

Cela sappelle être une jeune mère qui allaite. Elle a besoin de repos, sans quoi notre petit ne bénéficiera pas du meilleur lait.

Oh, ce nest rien! Je nai allaité Camille que deux jours; elle est en pleine forme, non? tente Françoise, entrant dans la chambre, décidée à réveiller sa fille, mais Marie la retient fermement.

Et si on fêtait notre nouveau statut entre nous? On la tant attendu, non? Tu veux quil nous appelle mamie, ou par notre prénom?

Guillaume ferme la porte et remercie sa mère en silence. Entre lui et sa belle-mère, ce nest pas tout simple. Françoise profite de tout ce quun gendre peut offrir, sans jamais tenir compte de son avis. Réservé, Guillaume peine à garder patience avec elle. Avec Jean-Paul, le beau-père, lentente est cordiale, chacun reconnaît les qualités de lautre, mais sur la question du matriarcat familial, il préfère se taire.

On narrivera pas à la changer, et on ne veut pas mettre la pagaille à la maison.

Camille se réveille une heure trente plus tard, désorientée, mais le petit bouge, rit, les voix montent du rez-de-chaussée: tout revient. Après avoir nourri Paul, elle retrouve Guillaume et file à la salle de bains. Plus tard, attablée près de la fenêtre, elle savoure une délicieuse soupe préparée par Marie, linterrogeant sur les soins à donner:

Jai eu des infos à la maternité, mais cest la théorie Jai peur de mal faire! soupire Camille.

Mange ton potage! Et ne tinquiète pas. Camille, un bébé est bien plus robuste quon ne le pense, et toi, tu es sa maman. Suis ton instinct, fais-toi confiance. Jai eu Guillaume toute seule, jai fait des erreurs, mais tout le monde en fait. Crois-moi: tu sais mieux que quiconque ce dont a besoin ton enfant. Cest en toi. Essaie, simplement.

Et le temps lui donne raison. Camille prend vite ses marques et même si la crainte ne disparaît jamais complètement, elle est bien moins angoissée.

Les six premiers mois filent: Marie passe deux fois par semaine pour aider avec Paul, mais finit toujours par nettoyer et cuisiner. Au début, cela froisse Camille mais Marie la rassure vite:

Je tassure, ça passe si vite, chaque sourire, chaque nouveauté Profite! Moi, tant que jai lénergie, je fais le ménage et le repas.

Françoise, elle, vient moins souvent, mais fait de chaque visite un événement théâtral.

Regarde la poussette que jai trouvée! Exceptionnelle!

Mais maman, celle quon a est déjà superbe!

Rien à voir! Allez, on sort tester!

Impossible dobtenir que Françoise appelle son petit-fils Paul.

Où vous avez trouvé un prénom pareil? Vous nauriez pas pu choisir quelque chose de plus «normal»? Paul, franchement!

Maman, cest le nom des rois de France. Je ne vois pas ce qui te dérange.

Cest lui qui va le porter! Dans une bonne école, on sen moquera!

Alors, on ira dans une école normale! Et, il me semble, ce sont les parents qui décident du prénom, non?

Non. Cest ta grand-mère qui ta nommée, moi jaurais fait autrement.

Heureusement que cette fois, jai décidé moi-même.

Françoise hausse les épaules, prend Paul pour ses promenades. Belle poussette, bébé potelé, et elle, élégante, entendant: «Quel joli bébé, et sa maman est ravissante!» Elle aime quon les prenne pour mère et fils. Elle ajuste la couverture, mystérieuse. Les voisins comprennent vite lhistoire; Françoise sarrête net les promenades, venant seulement prendre un café et déposant au passage un baiser sur la joue de Paul: «Je serai la mamie-fête!» La chambre denfant se remplit de jouets multicolores.

Chacun prend sa place, lordre sinstalle.

Mais la fête des six mois organisée par Françoise manque de tourner au drame.

Camille rit à son fils réveillé, prend la boîte rapportée par Françoise: à lintérieur, un hochet en argent qui la fait sexclamer.

Regarde, Paul, cest si joli!

Le bébé mordille et agite le hochet, montrant ses premières petites dents.

Et mamie Marie, que ta-t-elle offert? Camille ouvre le paquet laissé par la belle-mère.

Un ensemble blanc, tricoté main par Marie, si doux que Camille le serre contre sa joue.

Et des chaussettes! Comme elles sont belles, mamie a des doigts de fée, mon cœur!

À ce moment, Françoise entre, charmée:

Mais quelle merveille! Un vêtement de créateur?

Non, cest Marie qui la tricoté.

Françoise examine la brassière.

Tu nas pas trouvé mieux quun tricot fait main? Cest une date importante, tu aurais pu acheter un vrai cadeau. Cette pingrerie Jy comprends rien!

Maman!

Quoi? Jai tort?

Camille ne sait où se mettre, voyant Marie, debout à la porte, ayant tout entendu. La belle-mère pose un verre de compote sur la commode et se retire discrètement. Camille reste pour calmer le bébé grognon. Quand elle descend, Marie est déjà repartie.

Guillaume, quelle honte! Je me sens si mal!

Mais ce nest pas toi qui las dit, alors pourquoi en avoir honte?

Jaurais dû réagir, trancher! Jai mal agi

Tinquiète pas, maman comprend beaucoup de choses.

Guillaume relativise, mais la vie remet vite de lordre. Camille, pendant des mois, veut sexpliquer avec Marie, qui lapaise gentiment à chaque tentative.

Arrête, Camille. Ce nest rien, vraiment. Je ne me suis pas sentie blessée le moins du monde.

Malgré tout, Camille sent quelque chose de rompu Elle veut «réparer», cherche un moyen.

Un jour, seule à la maison avec Paul dormant à létage, Camille est saisie par une douleur violente. Tremblante, elle tente dappeler Guillaume; téléphone hors service. Elle sait son père à lhôpital. Appel à la mère; pas de chance.

Coucou! Comment ça va? Paul va bien? On ne sest pas vus depuis la dernière fête. Elle était formidable, hein? Tu men remercies pas? Cest normal, je suis sa grand-mère! Oups, attends, jai un double appel!

Appel coupé. Camille tente en vain, pas de réponse.

La douleur sintensifie, la tord, lui coupe la respiration. Elle compose alors le SAMU, puis appelle Marie.

Camille?

Sil te plaît la pièce tourne, elle sent que tout devient noir. Paul

Prendre le métro en charentaises, courir dans la rue avec son sac sous le bras, jamais Marie na été aussi vive. Elle arrête un taxi à la hâte.

Faut vivre dangereusement pour traverser comme ça! grogne le chauffeur.

Ma belle-fille va mal, il faut aller très vite!

Montez!

Marie sagrippe à son sac. La voiture file.

Rassurez-vous, je conduis depuis trente ans, on y sera à temps!

Lambulance arrive juste après le taxi. Marie saute hors de la voiture et guide les secours.

Camille reprend conscience quelques minutes plus tard.

On vous emmène à lhôpital.

Où, pourquoi? La douleur persiste.

Cest nécessaire, Camille. Ne tinquiète pas, je moccupe de Paul. Guillaume arrive.

Tout se passe bien, elle reste hospitalisée deux semaines. Son père insiste:

Ne plaisante pas avec ta santé. Paul a besoin dune maman en pleine forme.

Rentrée à la maison, elle serre son fils longtemps, puis appelle sa mère.

Maman!

Ma chérie, comment tu vas?

Ça va moyen. Jai besoin de toi, tu pourrais rester un peu ici? Je ne peux pas porter des choses lourdes, il faudra maider avec Paul.

Bien sûr! Mais, Camille, je ne pensais pas que ça arriverait Tu sais, jai un voyage réservé, départ après-demain, billet non remboursable. Ça me fait de la peine, jattendais tant ce séjour!

Camille ferme les yeux puis éteint son téléphone. Il faudra se débrouiller seule. Elle nourrit Paul, sallonge, lasse. Quand la douleur sarrêtera-t-elle? Les médecins disent que ça passe, mais les points tirent toujours.

Elle séveille au bruit de pas discrets dans la pièce.

Oh pardon, je voulais pas te réveiller! Marie prend Paul dans ses bras, sourit à sa belle-fille. Tu veux manger? Je tai fait ta soupe préférée, il y a aussi de la compote et des tartes, toutes fraîches. Je pose Paul dans les bras de Guillaume et japporte tout ça. Si ça ne te dérange pas, je reste quelques semaines, le temps que tu retrouves la forme.

Camille fond en larmes.

Mais allez, ma petite, arrête, tu dois penser à des choses heureuses! Regarde ce quon va te montrer!

Marie pose Paul au sol, le regarde bien droit, puis lâche tout doucement ses mains. Et Camille oublie tout, voyant son fils avancer dun pas hésitant vers elle. Elle le serre dans ses bras, lève les yeux vers sa belle-mère.

Alors, ça, cest du bonheur, non? rit Marie. Viens, maintenant, mange. Il faut que tu retrouves des forces, car quand ce petit va passer du pas à la course, il faudra tout ton courage.

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