C’est l’enfant d’Igor…

Cest lenfant dIgor…
Cette histoire sest déroulée récemment à Lyon, dans un joli appartement au quatrième étage dun immeuble de neuf niveaux. Jy vivais, un retraité actif, veuf depuis quelques années, seul, mais entouré dhabitudes rassurantes. Je mappelle Jacques.

Ma vie ne semblait rien cacher dextraordinaire. Cétait un quotidien tranquille : la retraite, un petit boulot, quelques amis, les voyages pour voir mes petits-enfants à Grenoble, et laide accordée à ma mère âgée vivant seule dans le quartier de la Croix-Rousse.

Ce matin-là nétait pas différent des autres.

Au réveil, jappelai dabord maman, pour prendre de ses nouvelles.

Un jour normal, et puis cétait le week-end. Je travaillais à mi-temps dans un cabinet médical privé, de garde une journée sur quatre, pour gérer laccueil et ladministratif.

Aujourdhui ? Il fallait préparer un petit plat et monter chez maman le rituel habituel, un peu lassant parfois, javoue. Je soufflais intérieurement face à cette corvée quotidienne.

Deux cours dimmeuble pour y aller, rien dinsurmontable. Cuisiner ? Non plus. Surtout quelle avait encore du pot-au-feu de la veille et de la tarte dans son frigo. Mais monter au cinquième étage, sans ascenseur Ah !

Et puis, les soupirs devant chaque nouvelle plainte de maman… Écouter lévolution de ses douleurs, de ses malaises, cétait usant. Rien à faire, les médecins avaient posé trois diagnostics en vingt ans, mais maman préférait la sagesse des voisines ou les conseils lus dans « Notre Temps ».

Et mes suggestions ? Peine perdue, même si javais été infirmier bloc opératoire durant près de quarante ans.

Quest-ce que tu comprends, toi ! Passe-moi mon scalpel pour voir !

Bon, un jour normal, disais-je.

Il fallait passer à la boulangerie, acheter du pain de seigle et du beurre pour maman. Je posai le sac poubelle dans lentrée, passai devant le miroir pour me recoiffer. Pour un homme de plus de soixante ans, je faisais encore bonne figure, une moustache bien soignée, les tempes grisonnantes, chemise soignée et blouson propre.

Je pensais à la liste de courses, crayon à la main, quand on sonna à la porte.

Limmeuble est équipé dun interphone. Qui ça pouvait être un samedi matin ? Peut-être Solange, la voisine, qui aime papoter.

Je mavance, ouvre.

Sur le palier, une jeune femme aux cheveux châtains attachés, marinière rayée, gilet long, baskets et sac à dos. Mais surtout, un bébé enveloppé dans une couverture marron.

Elle avait le regard tendu, les joues creuses, inspira profondément, sapprocha, me tendit le paquet et murmura :

Cest pour vous.

Je pris le bébé par réflexe, crayon en main, saisis le poids, baissai les yeux Bon sang, un vrai bébé !

Quand je relevai la tête, la fille descendait déjà quatre à quatre les escaliers.

Javançai, groggy, sur le palier.

Cest lenfant dIgor, jai cours lança-t-elle en toute hâte.

La porte de limmeuble claqua.

Et tout sarrêta.

Je restai un moment planté là, à espérer quelle revienne. Puis je rentrai, jetai un œil au sac poubelle, me disant : « Surtout, ne pas oublier la poubelle en allant chez maman »

Dans lentrée, un autre sac, que je navais pas vu la fille déposer.

Cest après, plus tard, que langoisse menvahit.

Bon sang Cest un nourrisson ! Et elle a dit « lenfant dIgor » ?

Avait-elle dit Igor ?

Mon fils unique sappelait Louis. Il vivait à Grenoble avec femme et mes deux petits-enfants. Et ma femme, Claire, est partie il y a cinq ans.

Rien ne collait Et puis le bébé remua dans mes bras.

Paniqué, je le posai sur le canapé, défit la couverture : un pyjama beige tout doux, un minuscule bonhomme avec une tétine grenouille. Pas plus dun mois.

Doucement, mon petit je le caressai du bout des doigts, il téta puis se rendormit bien vite.

Je cherchai des réponses dans le sac : deux biberons, une boîte de lait en poudre, des couches, du linge propre.

Une attente flottait. Elle allait revenir, toquer, sexcuser, me confier une histoire tragique, puis la journée reprendrait : poubelle, courses, maman

Je terminais de me recoiffer, surveillais la rue par la fenêtre.

Rien Quel foutoir.

Le bébé se réveilla. Je le regardais, partagé : avais-je le droit de le nourrir, changer, sagissant dun enfant confié ainsi ? Était-ce raisonnable ? Toujours rien à la fenêtre Mais il fallut lui enlever le pyjama. Dessous, une grenouillère rose.

Une petite fille.

La peur me saisit. Je compris : on mavait réellement déposé cet enfant !

Igor Igor

Et si ?

Mon fils aimait faire la fête pendant sa jeunesse, il men avait parfois fait voir. Mais cétait avant son mariage, il avait changé. À présent, il avait son entreprise, sa famille, ils avaient fini de payer leur crédit, la vie roulait.

Chut, mon cœur. On va bientôt changer ta couche.

Mais pourquoi ? Abandonnée par sa mère ?

Je nen croyais pas mes yeux. Mais les gestes revinrent vite, jétais déjà en train de la langer, la rhabillai, la pris dans les bras direction la cuisine il fallait préparer un biberon.

Coup de fil. Je jonglai, bébé dans un bras.

Tu ne répondais pas, maman sinquiétait.

Jarrivais pas au téléphone, maman.

Tes au marché ?

Jy vais, là.

Je voudrais des poires, mais pas celles de la dernière fois, celles de lavant-dernière, tu te rappelles ?

Bien sûr, maman.

Celles avec un bout fin et une tâche rouge sur le côté. Il faut quelles soient mûres, pas trop dures

La petite gigota dans mes bras.

Tu mas bien entendu ?

Oui, maman.

Quest-ce qui fait du bruit chez toi ?

La télé, maman.

Éteins-la, et va vite, sinon il ny aura plus de pain !

Je raccrochai, berçai la petite, lis les instructions du lait.

Fallait-il appeler la police ?

Et si cétait vraiment la fille de Louis ? Je lobservai, comparai avec Stéphanie, ma petite-fille. Quelques traits communs Et si cétait vrai ? Scandale familial, incompréhension, catastrophe.

Il fallait que je lapaise, la nourrisse.

Un moment de douceur menvahit alors que le bébé tétait, ses petites mains en lair.

Ensuite, je la couchai prudemment, lappelai mon fils injoignable.

Mince

Je décidais de ne rien précipiter. Pas question de faire courir des risques à mon fils. Jespérais toujours que la jeune femme reviendrait. Elle ne ressemblait pas à une fille perdue, mais à une étudiante normale.

À maman, je nen dis rien. Inutile de lalarmer.

Je téléphonai à mon petit-fils Antoine. Papa était en déplacement pour un chantier, sans réseau, de retour après-demain. Mais il appelait sa femme chaque soir, tout allait bien.

Vous auriez pu me prévenir ! grommelai-je.

Même si, au fond, je comprenais quà son âge, il menait sa barque. Mais jaurais aimé parler, là !

Jappelai Claire, ma belle-fille, demandai de dire à Louis de mappeler.

Tout va bien ? senquit-elle.

Oui, jattends son appel, cest tout.

Elle promit.

Maman, je me suis flanquée une entorse, je ne passe pas aujourdhui, mentis-je ensuite à ma mère, mais tu as du pot-au-feu et suffisamment de pain

Elle se lamenta, menaça de venir (cinq étages, tout de même), rappela cinq fois.

Je respirai enfin, enfilai un vieux pantalon, une chemise confortable, massis près de la petite et réfléchis doucement.

Sans doute avais-je perdu la raison en prenant cette gamine. Peut-être aurait-elle été trouvée dans le hall. Mais pourquoi ne pas appeler la police ?

À dire vrai, me retenait le doute : et si cétait bien lenfant de mon fils ? Et puis la flemme de passer ma journée entre commissariat et paperasse. Mais une pensée ne me quittait pas : le regard de la jeune femme. Entre détresse, colère et cette certitude davoir raison.

Il me fallait en parler à quelquun. À qui sinon à mon amie Lucie ?

Lucie, tu ne vas pas y croire. On ma déposé un bébé

Elle neut pas peur, rationnelle, elle promit de venir.

Pas de panique, Jacques, on va clarifier tout ça. Surtout, pas derreur.

Tu crois quil ne faut pas appeler la police ?

Attends. Trouvons ce fameux Igor.

Igor ? Mais qui ça ? Il y a plein dappartements ici. Tu crois quelle sest trompée détage ?

Cest possible. Il faut absolument joindre Louis.

Jai passé la journée aux petits soins pour la fillette : jai cherché sur Internet comment nourrir, masser, même baignade, petite chanson douce

Le soir venu, Lucie débarqua, lança son enquête. Elle examina soigneusement les affaires de la petite, monta interroger les voisins, parlant vaguement dune lettre adressée à un Igor

Jai trouvé ! claironna-t-elle en rentrant.

Chut, elle dort à peine !

Mais les bébés dorment toujours, plaisanta-t-elle, avant de faire pleurer la petite, mais jai trouvé le fameux Igor.

Au sixième, dans le même couloir, vivait en effet un Igor tout désigné pour le rôle du père.

Elle a juste confondu détage, à mon avis. Viens !

Où ?

Interroger le fameux Igor, décida Lucie.

Et sil nous prend pour des folles ?

Tu veux savoir la vérité ou pas ?

Jhésitai, mais suivis Lucie, petite fille dans les bras. Nous sonnâmes.

Oui ? voix de vieille dame.

Cest pour Igor, répondit Lucie à travers la porte.

Une petite grand-mère nous ouvrit, râla et appela son petit-fils :

Igor ! On te demande encore

Un jeune homme trapu, mal rasé, sortit, surpris.

Oh, pour la tablette ?

Non, autre chose, et Lucie denchaîner, il se trouve que Jacques, ici présent, sest retrouvé avec votre enfant ce matin.

Un silence.

Mon enfant ? Mais pas du tout ! fit-il des yeux ronds.

Pour être sûr, vous êtes lunique Igor du bâtiment, insista Lucie.

Je vous assure, je nai pas denfant, répondit-il, confus.

On croit que cest une erreur, expliquai-je, un peu honteux.

Mais, je peux aider, fit-il soudain, je suis gestionnaire de communautés en ligne On pourrait lancer un avis de recherche Photo, caractéristiques, appel à témoins

Non, ça ira, le remerciai-je. Mieux vaut appeler les autorités, sil le faut.

Dommage, conclut le jeune homme.

En repartant, Lucie murmura :

Crois-moi, celui-là ne ment pas. Cest un geek rien de plus.

Toujours sans nouvelle de mon fils. Jappelai Claire :

Pardon, Jacques, jai oublié, jai couru toute la journée. Entre la piscine de Stéphanie, les affaires de foot dAntoine, puis Louis qui ma appelée journée pleine !

Ah, si tu savais à quoi ressemblait MA journée, soupirai-je.

Je décidai : demain, jappellerai la police.

Mais, couché, je revis le visage accablé de la jeune fille. Le sort de son enfant sil finit en foyer me hanta

La nuit fut agitée. Je veillai le bébé, qui réclamait du lait, ne dormais que par à-coups, marchant avec elle sur le parquet.

Au matin, réveil brutal par téléphone.

Et ta cheville? Tu passes?

Dun œil, je jetai un coup dœil à la petite.

Oui, maman, jarrive.

Noublie pas les poires, et du pain !

Après tout, il fallait sortir. Je la couvris avec mon écharpe, admirai ses vêtements quasi neufs. Faire les courses avec elle me troubla autant que cela me plut. Sauf, évidemment, au moment datteindre le cinquième étage

Mais cest qui ça ? fit maman, interloquée.

Cest la petite-fille de Nadia Sémon, – jinventai, je la garde, Nadia est chez le coiffeur.

Et ta cheville ?

Bah ça va mieux !

On admira ensemble la fillette. Les plaintes maternelles sarrêtèrent delles-mêmes.

Tu as vu comme elle serre le doigt, dit-elle, émerveillée. Mais, tu sais comment elle sappelle ?

On ne me la pas dit, cest pour une heure. Jai oublié de demander

Prendre un enfant sans demander le prénom ! Tu nas pas changé

Sur le chemin du retour, je me surpris à chercher un prénom.

À peine rentré, SMS : Fils joignable ! Je le rappelle immédiatement, bébé dans les bras.

Quoi ? Quest-ce que tu racontes, papa ? Tes sûr ? réagit-il après mon récit embrouillé.

Mais on ma confié ce bébé en disant lenfant dIgor. Jai pensé que Igor, ça pouvait être toi.

Papa, tu mas donné le prénom de Louis Ce nest pas à moi. Appelle la police tout de suite. Tu veux que je le fasse ?

Non, ne tinquiète pas. Jy songeais, mais cette petite Elle est si mignonne.

Papa, il faut la signaler ! Je commence à minquiéter

Cest bon, je men occupe.

Mais je ne le fis pas tout de suite. La petite voulait manger, changer la couche, puis calmer son chagrin. Tant de choses à faire Puis, seulement, jappellerai Lucie, et ensuite…

Hélas, je savais que je devrais la remettre aux autorités Quelle tristesse ! Jimaginais déjà la lourdeur de la procédure, lhôpital, la crèche Au fond, elle était si bien ici ! Mais demain, je serais de garde, et puis, cest la loi.

Le soir, nous nous sommes endormis, la petite sur mon bras. Un bonheur inattendu, doux, de dormir à ses côtés.

Cest un coup de sonnette énergique qui nous réveilla.

Sursautant, je mextirpai doucement de sous la fillette, et ouvris.

Où est-elle ? Vous lavez amenée où ? Pourquoi navoir rien dit tout de suite ?

Sur le palier, la fille qui mavait laissé lenfant : cheveux défaits, short et débardeur malgré le vent frais, haletante, paniquée.

Pourquoi avoir rien dit ? sinsurgea-t-elle.

Je croyais que cétait à moi de la garder, répondis-je, encore ensommeillé.

Non ! Vous savez où elle est, nest-ce pas ? Dites-vous le savez ! supplia-t-elle du regard.

Rentrez, lui dis-je.

Espérant entendre ladresse de sa fille, elle attendit debout, angoissée.

Elle est ici, fis-je.

Où ? Dites-moi précisément ! Vous le savez ?

Précisément sur le lit. Elle dort.

Jindiquai la chambre. Elle hésita, puis vit la petite, se jeta à ses pieds, fondit en larmes. Elle sanglotait si fort quil fallut la relever, lasseoir, la réchauffer dun thé et trois carrés de chocolat.

Entre deux sanglots, jexpliquai que je navais rien déclaré.

Jai cru quon allait me retirer ma fillette Merci Jai confondu dimmeuble

Elle raconta tout ensuite. Elle sappelait Camille, la petite, Élise.

Histoire banale Camille, jeune, débutante, étudiante en soins infirmiers, comme je lavais été à lépoque.

Lété dernier, amour de vacances avec un certain Igor, étudiant venu à Lyon pour trois mois. Il avait promis de sengager, de présenter Camille à sa mère. Après le Nouvel An, disparut, plus de téléphone.

Camille le savait inscrit à luniversité de Lyon, avait son adresse, y était allée il lui avait assuré que sa mère laiderait. Mais ensuite, il partit finir ses études à Lille. Plus de nouvelles.

Seule, enceinte, elle fut rejetée du foyer familial à Roanne, son père la traita de fille facile, plus daides.

Sa tante laida un peu, mais sans ressources, elle ne pouvait la loger bien longtemps. La naissance eut lieu à Lyon, puis deux semaines chez une amie, le temps de passer les examens. Amoureuse de son métier, Camille voulait sauver son année à tout prix.

Mais tout seffondra : plus de logement, plus de sous, impossible daller aux partiels avec un bébé sur les bras, et elle apprit quIgor saffichait, sur les réseaux, avec une nouvelle compagne.

Alors, en désespoir, elle se souvint des promesses daide de la mère erra dans limmeuble, mais se trompa dadresse : jétais à côté du vrai lieu ! Elle déposa la petite, senfuit, puis regretta toute la nuit, écrivit à Igor, comprit alors que lui navait rien su.

Terrifiée, elle revint chercher sa fille. Je ressemblais, sans le savoir, à la mère dIgor quelle avait vue en photo.

Cest bien du bonheur davoir retrouvé Élise, dis-je. Quallez-vous faire ?

Non, pas question de recommencer. Jai pas dormi de la nuit. Je vais retourner à la résidence étudiante, ensuite on verra. Désolé de vous avoir impliqué.

Pour être franc, oui, jai eu peur. Et puis, je vais devoir présenter mes excuses à ce pauvre Igor du sixième !

Je racontai notre enquête à Camille. Même elle éclata de rire.

Pauvre garçon, il navait rien demandé…

Laissez-moi, jirai mexcuser auprès de lui !

Reposez-vous. Restez ici, au moins pour ce mois ça sera mieux pour Élise et pour vous. Je vis seul, il y a de la place.

Elle hésita, dit quelle naurait jamais les moyens de louer, quen résidence elle tiendrait bien, mais au fond, je sentais quelle était épuisée.

Restez, Camille. Les examens, cest bientôt ?

Après-demain.

Alors, préparez-vous ici. Je serai absent demain, mais le frigo est plein. Élise dormira beaucoup. Je veillerai sur vous deux.

Quand je revins, elle et la petite dormaient, paisiblement.

Lucie, écoute Ce nest pas la fille de Louis, et pas celle du voisin. Cest juste la vraie mère est revenue. Et non, je ne vais pas la mettre dehors. Tu vois, jai bien fait dattendre avant dappeler la police.

***
Le lait na pas manqué. Les partiels de Camille furent réussis avec mention. Elle venait voir maman à la Croix-Rousse plus souvent.

Maman écoutait Camille, suivait ses conseils à la lettre.

Forcément, cest une jeune formée aux dernières méthodes !

Après ses études, Camille trouva un poste à lhôpital, grâce à un ancien collègue à moi. Elle consultait souvent mes conseils : la médecine, elle y brillait.

Le fameux Igor du sixième finit par recevoir des soins à domicile administrés par Camille pour sa grand-mère.

À lautomne, elle déménagea deux étages plus haut, toujours avec Élise, pour soccuper de la vieille dame, panser sa déception amoureuse et repenser sa vie avec un nouveau stylo et plus de courage.

***
Aujourdhui, jai retenu une leçon discrète, venue dune histoire anodine mais pleine de tendresse : parfois, il suffit de prendre la main quon vous tend, même par erreur, pour ouvrir la porte à un bonheur imprévu, et grandir en humanité.

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