– C’est fini entre nous, Nastia ! Je veux une vraie famille, des enfants. Tu ne peux pas m’offrir cela. J’ai attendu et patienté trop longtemps

Cest fini, Camille, entre nous tout est terminé ! Je veux une vraie famille, des enfants. Tu sais que tu nas pas pu me donner ça. Jai attendu, jai été patient, pendant des années. Mais là, je veux un fils, maintenant. Jai déjà lancé la procédure de divorce ! Tu as trois jours pour rassembler tes affaires. Appelle-moi quand tu seras partie. En attendant, je reste chez ma mère. Dépêche-toi, jai besoin de préparer lappartement pour mon enfant et sa mère. Eh oui, ne sois pas surprise, ma future femme est enceinte ! Trois jours, pas plus !

Camille na rien dit. Que pouvait-elle répondre ?

Elle narrivait pas à avoir denfant. Paul avait attendu cinq longues années. Trois tentatives, trois échecs.

Les médecins ? Camille en avait vu des dizaines, à Paris comme à Lyon, tous lui disaient quelle était en parfaite santé. Pourquoi ça ne marchait jamais ?

Camille a toujours eu une vie saine.

Cette fois, elle sest sentie mal au travail, ils ont appelé le SAMU tout de suite, mais tout sest passé très vite…

La porte a claqué derrière Paul, Camille sest assise, épuisée, sur le canapé.

Pas la force ni lenvie de faire ses valises. Et elle navait aucune idée doù aller avec ses affaires.

Avant de se marier, elle logeait chez sa tante à Bordeaux, mais elle était décédée et son cousin avait vendu lappartement. Retourner à la maison de sa grand-mère en Charente ? Louer un studio ? Et le boulot ?

Des questions, des angoisses il fallait se décider vite

Aux aurores, la porte souvre et sa belle-mère débarque.

Alors, tu ne dors pas ? Tant mieux ! Je suis là pour vérifier que tu ne prendras rien qui nest pas à toi.

Les vieux caleçons de votre fils ne mintéressent pas. Vous voulez quon fasse linventaire de mes dessous ?

Oh, tas du répondant maintenant ! Avant tétais gentille, polie, discrète. Mais tas tout raté. Je lai dit à Paulo après la première fausse couche, tu narriveras pas à lui donner un enfant.

Et vous êtes venue me le redire ? Asseyez-vous, surveillez si vous voulez.

Où tu vas avec ce service à café ?

Il est à moi, cétait un cadeau de ma tante, cest tout ce qui me reste delle.

Ben maintenant, il na plus sa place ici !

Je men fiche. Au moins, vous aurez un petit-fils.

Tu ne prends que tes affaires !

Mon ordi, ma machine à café, le micro-ondes, mes collègues à Nantes me les ont offerts. Ma voiture, elle était à moi avant le mariage, votre fils a la sienne.

Tas tout, sauf ce quil faut pour donner un enfant !

Ça, ça ne vous regarde plus. Je suis normale, cest peut-être le destin, qui sait

Tas même pas lair triste ! Peut-être que tout ça tarrange, au fond ?

Vous dites nimporte quoi. Jai du mal même à y penser.

Camille regarde lappartement. Il ne reste presque plus rien delle. Brosse à cheveux, maquillage, pantoufles

Il manque quelque chose Sa belle-mère la stresse, elle narrive plus à se concentrer.

Et soudain elle se souvient : la vieille statuette de chat. Une cachette : dedans, une paire de boucles doreilles et une bague pas très précieuses, mais cétait un souvenir de sa grand-mère. Paul trouvait ça ringard, il mettait tout ce quil trouvait inutile sur le balcon Camille ouvre la porte

Tas encore besoin daller là ? Tas pris tes trucs Va-ten ! Tu fais tes adieux à lappart ? Fais donc, plus rien ici ne tappartiendra.

Le chat est là, tout est à sa place. Elle peut partir.

Voilà les clés. Au revoir. Jespère sincèrement ne plus jamais croiser votre route.

Camille passe à son bureau. Elle est encore en arrêt maladie, mais demande à passer en congés.

On te soutient tous, mais sans toi, comment on va faire ? Trois semaines, ça ira ? Mais reste joignable, la moitié de nos projets risquent dêtre bloqués sans toi.

Promis, je serai dispo. Merci du fond du cœur.

Tu as besoin daide ?

Non, ça va.

Je marrangerai pour la prime et les congés payés.

Merci, vraiment, ça tombe bien.

Camille ne cherche même pas un appartement. Elle prend la route de la Charente, chez sa grand-mère, même si personne ne lattend sa grand-mère est morte il y a trois ans, sa mère, elle ne la jamais connue, morte en couches.

Et, aujourdhui, Camille ne parvient pas à donner la vie non plus…

Une heure de route. Devant la maison : un pommier, des tulipes.

Elle se rappelle la dernière fois ici, avec Paul à lautomne. On faisait griller des saucisses dans le jardin.

Elle gare la voiture, entre dans la maison. Silence. Vaisselle sale, tasses. Pourquoi elle navait pas eu le temps de nettoyer la dernière fois ?

Non, elle lavait fait ! Mais quelquun est passé après.

Deux tasses, assiettes, paquets de jus, bouteille du crémant préféré de Paul. Ça, ce nest pas dautomne dernier.

Donc, Paul était revenu. Mais avec qui ?

Peu importe maintenant

Seule Camille avait la clé de la maison. Paul a dû faire un double. Faut changer la serrure.

Nouveau départ, nettoyage à fond, un bain chaud.

Elle sest promis de laver, deffacer tout ce passé.

Quand Camille sort de leau, quelquun frappe à la porte, puis à la fenêtre.

Qui est là ?

Ça va chez vous ?

Oui Elle est surprise.

Camille sort, un homme quelle ne connaît pas est devant la maison.

Désolé, je ne voulais pas vous faire peur. Je suis votre voisin, je vous ai vue arriver et jai vu de la fumée, je craignais quil vous soit arrivé quelque chose

Merci, tout va bien.

Vous êtes de la famille de Paul ? Il est venu récemment, avec une nouvelle femme Vous êtes sa sœur ?

Non, je suis son ex-femme. Enfin, presque, la procédure de divorce est en cours.

Et la maison ?

Cest la mienne.

Ah, moi je suis temporaire ici, pour des raisons familiales. Un copain ma prêté la maison dà côté. Je suis aussi en divorce demain je suis officiellement libre. Bon, si tout va bien, je repars. Si besoin daide, nhésitez pas. Moi cest Guillaume.

Moi, cest Camille. Attendez, vous savez changer une serrure ?

Oui, dites-moi quand, je men occupe.

Le plus vite possible. Jachète ce quil faut demain.

Je vais aller voir tout de suite et je ramènerai ce quil faut, on sait jamais.

Deux semaines passent. Encore une semaine de congé, il faut retourner à Nantes. Camille sest habituée à la maison, elle na pas envie de la quitter. Paul na pas appelé ni écrit, sauf un message pour la date du divorce. Tant mieux. Elle navait aucune envie de le voir.

Samedi, Camille se lève tôt comme toujours. Guillaume linvite à marcher au bord de létang.

Elle ne veut pas démarrer une histoire. Mais une balade, cest tout.

Ils passent un bon moment, rentrent déjeuner. Devant chez elle, la voiture de Paul. Il vient juste darriver. Il descend, puis aide une femme enceinte à sortir de lauto.

Au même moment, Camille et Guillaume passent la barrière. Paul essaie douvrir la porte de la maison, mais

Quest-ce que cest que ça ?

Et vous, vous faites quoi là ? Cest pas à vous, cette maison !

Paul est sidéré.

Cest notre maison !, lance la femme enceinte.

Ah bon ? Et qui vous a dit ça, Paul ? Cest MA maison, merci de quitter la propriété.

Paul ! Quest-ce quelle raconte cette folle ? Ta vieille ex ? Vire-la dici ! crie la femme.

Camille et Guillaume ne peuvent sempêcher de rire. Paul, vexé, fait monter sa compagne dans la voiture. Ils repartent sans un mot.

Belle ambiance pour eux, dit Guillaume.

Au moins, elle va lui donner un enfant. Moi je nai pas su Trois échecs. Désolée.

Et moi, mon divorce, cest parce que ma femme ne voulait pas denfant

Quatre ans passent. Camille croise sa belle-mère au Super U.

Camille, tu es méconnaissable ! Je tai observée, je me demandais si cétait vraiment toi Mais, tu es enceinte ?

Oui, elle pose la main sur son ventre déjà bien rond.

Tu sais, Paul va mal. Son fils est né fragile, il paraît que cest de famille Sa femme la quitté, elle nous a laissé le petit. Et toi, tu veux assumer un enfant toute seule ?

Non, je ne suis pas seule. Jai une famille. Je dois y aller, on mattend.

Ah bon Pardon, pour tout, Camille…

Je vous souhaite du courage…

Lancienne belle-mère regarde Camille séloigner. Elle avance, main dans la main avec Guillaume, une petite fille à la chevelure brune les accompagnant le portrait craché de sa mamanDans le parking, Guillaume attend, appuyé contre le coffre de leur voiture, un siège auto déjà installé à larrière. Il lui sourit, yeux pétillants, lair encore surpris par tout ce quils ont traversé. Camille le rejoint, glisse son bras sous le sien, sautorise un long instant à respirer le parfum dune vie nouvelle.

Tout va bien ?, demande-t-il doucement.

Elle acquiesce, un sourire serein glissant sur son visage, la main sur son ventre, la tête légère.

Oui, tout commence, en fait.

Ils montent en voiture. La campagne défile, les pommiers refleurissent, et, pour la première fois depuis longtemps, Camille ne regarde plus en arrière.

Dans le rétroviseur, la silhouette de son ancienne belle-mère fond au loin, minuscule, floue, comme tous les souvenirs amers.

Devant, la route ondule, pleine de promesses. Dans lhabitacle, ils rient, parlent projets, futures chambres denfant, odeur de café, bouquets de tulipes.

Il y a des blessures qui noffrent pas de réponse, mais parfois, il suffit douvrir une porte et daccueillir la lumière.

En déposant la main sur celle de Guillaume, Camille se sent enfin entière, prête à offrir au monde autre chose quun enfant attendu : la douceur dune femme debout, libre, réconciliée.

Elle se tourne vers lui, ses yeux brillants de larmes et despoir mêlés. Elle murmure :

Je crois quon est chez nous, cette fois.

Le futur les attend, le cœur grand ouvert.

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