Ce matin, une jeune femme de dix-huit ans vient de mettre au monde une petite fille. Aussitôt après, elle rédige une lettre dabandon, appelle un taxi et quitte la maternité de lHôpital Saint-Louis à Paris, sans se retourner. Mais elle nimagine pas un instant quelle « surprise » attend ce nourrisson laissé derrière elle.
Avec mon mari, nous arrivons à la clinique en fin de journée, le cœur palpitant démotion à lidée daccueillir notre quatrième enfant. Notre famille, déjà grande, sapprête à sagrandir encore.
Nos deuxièmes et troisièmes enfants sont des jumelles, ce fut un véritable bouleversement puisquaucune grossesse gémellaire nétait encore survenue dans nos familles. Lors de la dernière grossesse, nous plaisantions souvent : « Et si cétaient encore des jumelles ? »
Quand nos parents ont appris la nouvelle, ils ont été surpris, mais ils se sont dévoués dès les premiers jours. Lors de la deuxième échographie, le médecin nous a confirmé que ce serait un unique enfant cette fois.
Finalement, notre quatrième petit « ninja » voit le jour. Nos inquiétudes se dissipent bien vite et nous nous installons dans une chambre individuelle, réservée à lavance par mon époux et déjà payée en euros.
Quelques heures après, une infirmière mapporte mon bébé pour quil puisse téter. Soudain, le chef de service entre dans la chambre, préoccupé, et mannonce : « Nous avons un problème »
Le même matin, cette jeune femme de dix-huit ans, ayant accouché dune fille en bonne santé, a signé un formulaire dabandon et a quitté la maternité en taxi. Après laccouchement, elle avait du mal à marcher mais refusait catégoriquement de rester ne serait-ce quun instant de plus. Nous avons été obligés de la laisser partir.
Quand jai vu cette petite fille, parfaite et en bonne santé, une pensée ma traversé lesprit : « Tu as tant souhaité avoir des jumelles Et si tu adoptas ce bébé ? »
Nous pouvons faire en sorte que tu sois reconnue comme sa mère à la naissance Mais je ne veux pas que cet enfant soit placé dans un foyer. Quel avenir pour cette petite ? Cela me fend le cœur Bien sûr, ce nest pas légal.
Même si la procédure dadoption officielle peut être lancée, elle prendra sûrement plusieurs mois et sans aucune garantie de réussite. Durant tout ce temps, lenfant sera confiée à laide sociale à lenfance.
Cest terriblement triste Sincèrement, cette situation me bouleverse. Je connais bien la responsable des sages-femmes, Madame Geneviève Chabert une femme au grand cœur, attentive à chacun. Nous avons même déjà échangé hors de la maternité.
Peut-être que cest pour cela quelle a pensé à moi pour évoquer ce dilemme délicat.
La jeune mère a choisi de quitter la maternité immédiatement après la naissance ;
Le bébé est née en parfaite santé et a besoin damour et de soin ;
Ladoption légale requiert du temps et nest jamais une certitude ;
La responsable des soins a voulu aider cette petite, poussée par la compassion.
Ce genre dhistoire rappelle combien les destins humains sont complexes et délicats autour de la naissance dun enfant.
Au final, la venue au monde dun bébé apporte toujours son lot despérances et de préoccupations. Les chemins de la vie sont parfois tortueux et imprévus, nous invitant à la solidarité, à la tendresse, à la compassion. Ce récit touchant interroge notre part dhumanité dans les circonstances les plus éprouvantes.