Ce matin, une jeune fille de 18 ans vient de donner naissance à une petite fille. Juste après laccouchement, elle rédige une déclaration dabandon, commande un taxi et quitte la maternité de lHôpital Saint-Antoine à Paris, sans jamais se retourner. Elle nimagine pas une seule seconde la « surprise » qui attend cette petite derrière ces portes.
Ce soir-là, mon mari, Christophe, et moi arrivons à la maternité, lesprit bouleversé par lémotion, mais aussi remplis de bonheur à lidée daccueillir notre quatrième enfant. Chez nous, la famille Dupuis, la maison ne manque pas danimation.
Il faut dire que notre deuxième et troisième enfants sont des jumelles, ce qui avait surpris tout notre entourage : aucun précédent de jumeaux dans les deux familles. Depuis, à chaque grossesse, notre blague préférée était : « Et si cétaient encore des jumelles ? »
Lorsque nous avons annoncé la nouvelle, nos parents sont restés bouche bée et nous ont beaucoup soutenus, surtout au début. Dès la seconde échographie, la sage-femme nous rassure : cette fois, pas de jumeaux à lhorizon.
Finalement, notre quatrième « ninja » arrive, un seul bébé. Toutes les angoisses disparaissent aussitôt. Nous nous installons dans une chambre individuelle, réservée à lavance par Christophe, qui déjà règle la note : 240 euros pour la tranquillité.
Quelques heures plus tard, on me remet mon nourrisson pour lallaiter. Soudain, la chef de service, madame Lefèvre, fait irruption, lair grave, et déclare : « Nous avons un souci »
En fait, la jeune fille de 18 ans qui avait accouché au petit matin a signé une décharge, puis est partie en taxi sans demander son reste. Elle pouvait à peine marcher, mais rien ne laurait retenue une minute de plus dans ces murs. Nous navons pas eu dautre choix que de la laisser partir.
La petite fille quelle a laissée derrière elle est en parfaite santé. Je me dis alors, « Toi qui aurais tant souhaité avoir à nouveau des jumelles Et si tu adoptais ce bébé ? »
On pourrait déclarer que cest toi qui las mise au monde suggère madame Lefèvre. Mais je ne veux pas que cet enfant finisse à la pouponnière. Quelle vie lattendrait-là ? Lidée me brise le cœur Bien sûr, cest illégal.
En vrai, une adoption officielle est possible, mais cest un parcours du combattant qui prend des mois et ne garantit rien. Pendant ce temps, la petite serait placée à lASE.
Cest tellement triste Franchement, je suis bouleversée par tout cela. Je connais très bien linfirmière-chef, Madame Lefèvre une femme au grand cœur, attentive et humaine. Nous nous retrouvons souvent pour échanger autour dun café, bien loin de la maternité.
Peut-être est-ce pour cela quelle ma confié le dilemme si directement, espérant une lueur despoir pour ce bébé.
Une jeune maman décide de quitter la maternité immédiatement après son accouchement.
Le bébé, en bonne santé, a un besoin urgent damour et de stabilité.
Ladoption en urgence est compliquée et incertaine.
Linfirmière-chef tente doffrir une alternative, mue par la compassion et lempathie.
Ce moment me rappelle que larrivée dun enfant change tout, mais que le chemin de la vie est parfois imprévisible et bouleversant. Les décisions prises à laube dune naissance rappellent combien lhumanité et la solidarité sont précieuses dans les épreuves. Cette histoire poignante nous incite à ne jamais perdre de vue limportance de la bienveillance, même dans les situations les plus difficiles.