Alors, vous allez me renvoyer à la maison denfants? Ma tante a dit que vous aviez agi trop vite, que vous maviez pris sans savoir quun bébé allait arriver. Et moi, je ne suis pas à ma place
Je mappelle Marine, je suis devant la cuisinière, en train de faire des crêpes. Bientôt, mon mari reviendra du bureau et toute la famille dînera ensemble.
Ce qui métonne aujourdhui, cest que mon petit Léo joue si tranquillement dans sa chambre. Dordinaire, quand je fais cuire ses crêpes préférées, il tourne en rond près de moi, me regarde dans les yeux et me demande :
Maman, une crêpe de plus?
Je lui donne une crêpe, il semble rassasié, mais, quelques minutes plus tard, il revient, les yeux brillants, et répète, en allongeant chaque syllabe :
Maaamaaa, encore?
Je comprends alors que Léo na plus vraiment faim; il veut simplement entendre ce mot doux, magnifique, «maman». Avant, je posais la spatule, je le prenais dans mes bras: il nétait encore que cinq ans, pas très lourd. Je lui disais: Alors, mon petit, on va aller chercher papa au travail?
Et Léo répondait, tout heureux:
Oui, maman, on y va!
Dans ses yeux, lémerveillement scintillait: il navait jamais connu de parents avant, et maintenant, ils étaient là.
Léo a aujourdhui sa propre chambre, son lit, même un mur descalade avec des balançoires que papa lui a offert! Des petites voitures, un robot, un jeu de construction tout ça, cest désormais à lui, rien à personne. Le soir, je lis des histoires, je caresse sa tête et je lui dis que je laime. Il déborde déjà damour, et presque, il oublie ce qui était avant.
Je voulais appeler mon fils, mais le bébé sest soudainement penché contre mon ventre.
Je lai touchéet la petite fille a de nouveau poussé.
Mon Dieu, chaque jour je remercie le ciel pour ce cadeau inattendu, tant que tout ira bien chez nous. Nous avons déjà choisi son prénom: Nicolas a proposé «Camille». Le grandpère de mon mari sappelle «Catherine», alors le prénom saccorde avec la famille.
On ma dit que je ne pourrais jamais avoir mes propres enfants et que, avec Nicolas, nous avions dû récupérer Léo à la maison denfants; un an plus tard, enfin, notre petite fille allait naître!
Jai rêvassé, presque oubliant de retourner la crêpe. Jai appelé mon fils :
Léo, mon chéri, viens vite, pourquoi estu si silencieux aujourdhui?
Mais silence. Nentendaitil pas?
Jai éteint la plaque et suis allée à la chambre des enfants.
Étrange, même la lumière était éteinte: où était Léo?
Un bruit a soudain rompu le silence. Jai rallumé la lumière et ai vu Léo, assis sur le canapé, en veste et bonnet. Il tenait un sac à dos plein à craquer de ses petites voitures préférées.
Tu te caches dans le noir? aije demandé, amusée. Allez, lèvetoi, metstoi en tenue, tu pars où? En excursion? Viens, on mange tes crêpes avec de la crème fraîche et du caramel, alors, Léo, questce qui te rend si grave?
Léo na même pas souri. Il fixait un point, le regard dun adulte, puis a demandé, soudain :
Je peux prendre ces jouets avec moi? Elle naura pas besoin de voitures?
Questce que tu racontes, Léo? Que se passetil? Où vastu? mes mots se sont suspendus, mes mains sont retombées. Suisje une mauvaise mère? Léo ne ressentil plus mon amour? Peutêtre estil jaloux de la petite qui va naître? Hier encore, il était tout content.
Alors, vous me renverrez à la maison denfants? Ma tante a dit que vous aviez agi trop vite, que vous maviez pris sans savoir quun bébé allait arriver. Et moi, je ne suis pas à ma place
Les yeux de Léo étaient humides, il se tenait à peine, le regard fuyant.
Léo, mon petit, quelle tante? je me suis rappelée la voisine rencontrée la veille. Jai essayé de dire que Dieu bénissait notre futur bébé, puis jai tourné mon visage vers Léo, les lèvres tremblantes. Vous avez été trop pressés, ma petite, trop pressés!
Je pensais que Léo ne comprenait rien, quil était encore trop jeune. Jai rapidement quitté la voisine maladroite, sans faire de vague avec mon fils. Mais Léo, à ma grande surprise, avait tout saisi.
Il sest alors senti étranger, seul, perdu.
Je lai enlacé fermement. Dabord il a repoussé, puis il sest effondré et a pleuré.
Mon fils, tu ne comprends pas, cette tante ne sait rien, ton papa et moi taimons plus que tout, on ne te laissera jamais partir!
Jai retiré son bonnet et sa veste ; nous sommes restés, enlacés, silencieux, sur le canapé.
Lorsque Camille est née, Léo et son père sont restés seuls à la maison, puis ils sont allés rejoindre la maman et la petite sœur.
Léo était inquiet: et si la petite ne laimait pas?
Mais à la première vue, il a souri, indulgent. Maman, comment vatelle, si petite, sans grand frère? Je lui apprendrai à jouer avec les voitures, on passera de bons moments ensemble!
Depuis, Léo ne quitte plus sa petite sœur, il attend quelle grandisse, et les parents prévoient de la placer dans sa chambre. En attendant, il reste le premier assistant de maman.
Ce soir, maman la appelé :
Léo, jai préparé Camille, on va vite retrouver papa au travail.
Léo, déjà habillé, se tenait dans le couloir, prêt :
Maman, je tiendrai la porte, sors le berceau!
Nous avons pris lascenseur, sommes sortis, et une femme que je reconnaissais est entrée dans le hall.
Léo a serré ma main plus fort, comme sil était tout excité.
Mon fils, aide cette dame, appelle lascenseur, regarde ses sacs lourds.
Daccord, maman! Léo a regardé fièrement la femme, a appelé lascenseur et a couru après moi.
Demain, cest weekend, toute la famille ira au parc. Dommage que Camille soit encore petite, mais elle grandira et nous irons tous ensemble sur les manèges. Et Léo, en grand frère, tiendra fermement sa sœur sil faut, car ils seront frère et sœur pour toujours.
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