« Allô, – Votre épouse vient d’accoucher de jumeaux ! – Mais… j’ai 52 ans… et je n’ai pas d’épouse ! – Écoutez, je ne sais pas… venez voir, elle affirme qu’ils sont à vous… »

« Allô ? Votre épouse vient daccoucher de jumeaux ! Mais jai 52 ans et je nai pas dépouse ! Eh bien, je ne sais pas venez voir, elle dit quils sont les vôtres »

Quand jai entendu ces mots, jai cru à une erreur de numéro. À 52 ans, des enfants ? Non mais vraiment Pourtant, la curiosité a été plus forte. Jai pris la voiture, un peu comme en automate, et je me suis rendu à lhôpital.

Quand je suis entré dans la chambre, mes jambes ont failli me lâcher. Allongée devant moi se trouvait mon ex-femme, Agnès. Sur le lit, de chaque côté, dormaient paisiblement deux petits anges.

Agnès cest qui ces enfants ? À qui sont-ils ?

Les tiens, ma-t-elle répondu dun ton tranquille, presque léger.

Jétais médusé, cherchant le sens derrière ses paroles.

Mais tu as bien 49 ans On sest séparés il y a longtemps

Il y a sept mois, oui. Mais à ce moment-là, jignorais encore être enceinte.

Mais comment cest possible ?

Je pensais que cétait la ménopause, tu sais Qui aurait imaginé que notre dernier adieu, si passionné, aboutirait ainsi ? Ne tinquiète pas, je ne te demande rien. Je voulais juste te prévenir.

Deux dun coup alors quon a tant espéré pendant toutes ces années, sans succès

Je nen revenais pas moi-même. Je nai même pas su que jétais enceinte avant le cinquième mois. Je croyais devenir folle avec ces mouvements dans mon ventre

Honnêtement, je nétais pas surpris. Agnès a toujours été une femme bien en chair, et personne navait rien remarqué dans son entourage. Son apparence la protégeait de tous les regards indiscrets.

Quand on sest rencontrés à Strasbourg, elle était déjà ronde, et cela me plaisait. Les femmes maigres ne mavaient jamais attiré. Notre vie était calme, on travaillait beaucoup, mais on profitait aussi des vacances : la Côte dAzur, les Alpes, Paris, Rome, toutes les capitales européennes Nous avons rêvé longtemps davoir un enfant. Agnès a suivi des traitements, elle était épuisée, mais rien ny faisait.

Peu à peu, on sest faits à lidée, et on a décidé de vivre pour nous. Mais les cinq dernières années, quelque chose avait changé. On avait accepté labsence denfant, mais avec lâge, lombre de la solitude sest installée ; la crainte de finir seuls, sans personne même pour fleurir notre tombe.

Des disputes ont commencé. Agnès avait pris encore quinze kilos. Un soir, elle a dit :

On se fait du mal, Jean. Il faut divorcer. Peut-être que tu seras père, qui sait

Au fond, ce nétait pas mon choix. Mais Agnès, elle, était décidée. Jai accepté, le cœur lourd, et je suis parti.

Ce nest quaprès quelle ma avoué combien lidée de mannoncer sa grossesse lui avait fait peur. Peur de ne pas pouvoir mener la grossesse à terme, peur pour la santé des bébés Et puis, voilà ce miracle.

Ce soir-là, en sortant de la maternité, jai filé chez le bijoutier acheter une bague et un immense bouquet de roses rouges. Je suis revenu à la clinique, le cœur battant, et je lui ai demandé de mépouser à nouveau.

Deux ans ont passé. Nous sommes à nouveau mariés. Les petits, Julien et Mireille, grandissent en pleine santé. Nous sommes heureux, à notre façon parents sur le tard, mais amoureux comme au premier jour.

Et vous, auriez-vous laudace de devenir parent à cet âge ? Pensez-vous que le bonheur a une date de péremption ?

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