À la porte se tenait un inconnu. Depuis le lycée, Vincent était épris de Jeanne. Il lui écrivait de…

31 décembre

Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose que je n’aurais jamais anticipé. Permettez-moi de tout raconter depuis le début, afin que je puisse mettre de l’ordre dans mes pensées.

Je suis tombé amoureux de Claire au collège, dans notre petit lycée de Tours. À cette époque, je lui laissais des petits mots, je cherchais tous les prétextes pour attirer son attention, même si, bien souvent, je sentais que mon manque d’assurance me rendait maladroit.

Mais Claire, elle, n’avait d’yeux que pour François : grand, blond, star de l’équipe de volley, le genre de garçon que tous admiraient. Mes efforts passaient inaperçus, et mes notes en mathématiques n’aidaient certainement pas à me donner de l’allure.

Un jour, pourtant, François se mit à fréquenter Céline, de la classe d’à côté. Tout le monde en parlait, et Claire semblait en être affectée, mais elle restait distante avec moi.

Le temps a filé. Au bal de fin d’année, je me suis finalement décidé : j’ai demandé Claire en mariage devant tous nos amis, sous les guirlandes du gymnase. Elle m’a regardé, déconcertée, et a simplement répondu : « Non ! ». Je crois que je ne l’ai jamais vue aussi froide.

Après la fac, Claire s’est installée à Bordeaux et a trouvé un poste de comptable. Elle travaillait sous la direction de Monsieur Laurent, un homme élégant, brun, une dizaine d’années de plus qu’elle. Claire était admirative de ses compétences, de son assurance et de ses manières. Mon cœur sétreignait à chaque fois que je limaginais le lui confier.

Ils ont rapidement noué une relation, et Claire se moquait bien quil soit marié, père dun petit garçon. Monsieur Laurent lui faisait mille promesses, jurant quil divorcerait pour elle, quelle était la seule.

Les années ont passé. Claire a appris à passer les week-ends et les réveillons seule, attachée à l’espoir que son grand amour finirait par quitter sa femme. Jusquau jour où, dans un Monoprix, elle a croisé Monsieur Laurent, tenant tendrement la main de sa femme, enceinte. Il portait leurs sacs en souriant, et Claire les a vus séloigner, bouleversée.

Le lendemain, elle démissionna.

Lhiver approchait et, cette année-là, lesprit de Noël peinait à latteindre. Pas lenvie de décorer la maison, de préparer une bûche, ni même de faire des courses au marché.

Un soir glacé, en rentrant chez elle, Claire trouva sa maison particulièrement froide. Elle comprit vite : la chaudière de sa petite maison en périphérie de Bordeaux était en panne. Elle tenta dappeler plusieurs plombiers, mais à quelques jours des fêtes, chacun lui demanda une fortune, surtout à lidée de se déplacer si loin du centre.

Désemparée, elle appela sa vieille amie, Élodie. Son mari, Jacques, travaillait dans ce domaine, peut-être pourrait-il arranger quelque chose. Élodie promit dappeler Jacques dans la foulée.

Deux heures plus tard, la sonnette retentit. Sur le seuil se tenait un homme que Claire reconnut après un instant dhésitation : cétait moi, Adrien, son ancien camarade de classe.

Salut Claire, alors, quest-ce qui se passe ici ?

Mais comment tas su ?

Jacques ma envoyé. Il paraît qu’il fait un froid de canard chez toi ! Tu as pensé à couper leau pour éviter que les radiateurs ne gèlent ?

Euh, non Je ne sais pas faire ça

Tu risques de tout abîmer avec cette négligence ! Heureusement, il ne fait pas trop froid dehors.

Je vidai leau du circuit, bricolai la chaudière, puis repartis pour chercher la pièce manquante. Une heure plus tard, jétais de retour. Après quelques ajustements, la maison retrouva sa chaleur. Jen profitai pour réparer un robinet qui fuyait et changer une ampoule qui menaçait de lâcher.

Claire, il faudra dire à ton mari de faire attention à tout ça, plaisantai-je.

Mais je nai pas de mari

Ah bon ? Tu cherches toujours le prince charmant ?

Le prince charmant Jai abandonné, avoua-t-elle en baissant les yeux.

Alors, pourquoi mas-tu repoussé autrefois ? demandai-je en souriant.

Elle garda le silence.

Après avoir terminé les réparations, je la saluai et repartis chez moi, pensif. Sur la route, je ne pouvais mempêcher de repenser à ladolescente maladroite, et à la femme que Claire était devenue. Elle non plus nétait plus la même, mais son sourire restait fidèle à mes souvenirs. Jaurais voulu lui demander si elle était heureuse, si elle avait trouvé lamour, mais je nen eus pas le temps.

Le 31 décembre, alors que la nuit tombait sur Bordeaux, je rassemblai tout mon courage. Je décidai de tenter ma chance une seconde fois. Je mhabillai soigneusement, choisis des fleurs et allai frapper à sa porte.

Claire ! Permets-moi de te poser la question encore une fois. Accepterais-tu de mépouser, ou bien préfères-tu attendre un prince jusquà la retraite ?

Les larmes lui montèrent aux yeux ; elle hocha la tête, incapable de parler.

Cette fois, ma demande fut acceptée. Il ma fallu des années pour comprendre que le bonheur nest pas toujours là où on lattend, et que parfois, il attend patiemment à votre porte.

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