Tu sais, à 55 ans, je ne pensais plus tomber amoureuse comme une ado. Et pourtant je me retrouve à craquer pour un homme de quinze ans de moins que moi. Pour découvrir une vérité franchement renversante, je te jure
Tout a basculé en une minute, alors que javais commencé à croire que la vie pouvait moffrir un nouveau départ.
Après autant dannées à Paris, mon salon mest soudain devenu étranger comme si les murs eux-mêmes ne me reconnaissaient plus.
Je venais davoir 55 ans, debout devant ma valise ouverte, complètement perdue dans mes pensées, à refaire le chemin de ma vie.
« Mais comment jen suis arrivée là, franchement ? » me suis-je murmuré, en tenant une vieille tasse fêlée sur laquelle était écrit Pour toujours et à jamais, avant de la poser sur la table.
Jai caressé mon canapé. « Adieu, les cafés du dimanche et les disputes sur la meilleure garniture de pizza »
Ça bourdonnait dans ma tête, tous ces souvenirs, comme des vieilles connaissances qui squattent mais quon na plus la force de mettre dehors.
La chambre, elle, respirait le vide. Lautre côté du lit me regardait presque de travers.
« Ne me juge pas, sil te plaît », jai soufflé. « Ce nest pas entièrement de ma faute non plus »
Au fil de lemballage, je me suis mise à trier ce qui avait vraiment du sens. Sur mon bureau, mon ordi trônait, fidèle compagnon.
« Toi au moins, tu restes », souriais-je en passant une main dessus.
Là-dedans, il y avait mon bouquin, cette histoire sur laquelle je bossais depuis deux ans. Il nétait pas prêt, mais il était à moi la preuve ultime que je ne métais pas totalement perdue.
À ce moment, jai reçu un texto de Laure :
« Retraite créative. Petite île. Nouveau départ. Du vin. »
« Bien sûr, du vin », ai-je rigolé toute seule.
Avec Laure, tout drame devient proposition alléchante.
Bon, cétait dingue cette idée mais peut-être que cétait exactement ce dont javais besoin.
En replongeant dans mon email de confirmation de billet, la petite voix dans ma tête magaçait :
Et si ça me plaisait pas ? Et si jétais la vieille quon tolère ? Et si je tombais à leau et quun requin me croquait?
Et puis, une autre voix :
Et si, au contraire, cétait ce quil me fallait ?
Jai pris une grande inspiration, claqué la valise. « Allez, on y va pour la fuite en avant ! »
Mais au fond, cétait pas une fuite. Cétait un vrai nouveau départ.
En débarquant sur lîle, jai été accueillie par ce petit vent doux et le son apaisant des vagues sur les rochers.
Juste un instant, jai fermé les yeux, inspiré ce parfum diode. Cétait exactement ça quil me fallait.
Le calme, évidemment, na pas duré longtemps ! Dès que jai mis les pieds au centre de retraite, tout nétait plus que musique et éclats de rire.
Des jeunes, la plupart entre vingt et trente ans, avachis sur des poufs colorés, avec des verres remplis de cocktails plus décoratifs qualcoolisés.
« Rien à voir avec une abbaye ! », me marmonnais-je.
Un groupe près de la piscine riait si fort que des mouettes senvolaient. Jai soufflé. Merci, Laure, la retraite créative, hein ?!
Avant même que je puisse rebrousser chemin, Laure a surgi, son chapeau de travers, un verre à la main.
« Maëlys ! », a-t-elle crié comme si on sétait pas textées la veille. « Tes là ! »
« Je regrette déjà », ai-je lancé en souriant.
« Allons, arrête », ma-t-elle écartée sans pitié.
« Ici, cest magique tu verras ! »
« Je pensais à quelque chose de plus calme », ai-je glissé en haussant les sourcils.
« Pfff, tu dois rencontrer tout le monde, respirer lénergie du lieu ! » Puis, en attrapant ma main : « Faut que je te présente quelquun. »
Et me voilà traînée à travers la foule, tel une maman fatiguée à la kermesse, veillant à ne pas écraser une tong.
On sest arrêtées devant un mec qui aurait pu sortir d’une pub de parfum.
Peau hâlée, sourire invité, chemise blanche ouverte juste ce quil faut pour faire deviner, pas trop, tu vois ?
« Maëlys, je te présente Julien », lance Laure, excitée comme une puce.
« Enchanté, Maëlys », dit-il, la voix douce comme la brise sur locéan.
« Pareil », ai-je répondu, tentant de masquer mes papillons dans le ventre.
Laure rayonnait, clairement fière de son petit effet.
« Julien aussi écrit. Quand jai parlé de ton livre, il avait trop hâte de te rencontrer ! »
Jen ai rougi. « Oh, tu sais ce nest encore quun brouillon »
« Peu importe, », souffle Julien. « Y bosser depuis deux ans, cest déjà fou ! Jadorerais en savoir plus. »
Laure a filé, « Je ramène dautres verres ! », rhabillée dun clin doeil.
Jétais agacée contre elle mais au bout de quelques minutes, charme de Julien ou magie du Mistral, jai accepté sa proposition de promenade.
« Attends-moi deux secondes », ai-je dit, me surprenant moi-même.
Jai fouillé ma valise, attrapé la robe dété la moins froissée. Tant quà faire, autant briller.
Quand je suis revenue, Julien souriait. « Prête ? »
Jai hoché la tête, essayant de garder contenance alors que je bouillonnais de lintérieur.
« Montre-moi. »
Il ma fait découvrir lîle comme sil en était le gardien une crique discrète avec une balançoire dans le pin, une sentier secret menant à une falaise où la vue prenait aux tripes rien dans les guides.
« Tu as un don », ai-je lancé en riant.
« Pour quoi ? » demanda-t-il en sasseyant dans le sable.
« Pour faire oublier à quelquun quil est complètement hors de sa zone. »
Il a souri plus grand. « Peut-être que tu nes pas si perdue que ça ici, tu sais. »
À force de parler, jai rigolé plus que durant tout lhiver écoulé, je crois.
Ses récits de voyage, sa passion pour les romans tout faisait écho à mes envies.
Son intérêt pour mon roman semblait si sincère et quand il a dit, en plaisantant, quil réclamerait mon autographe un jour, jai senti naître une chaleur perdue depuis longtemps.
Mais dans toute cette joie, un petit malaise subsistait.
Julien était parfait trop parfait.
Le lendemain, réveil inspiré à bloc.
« Aujourdhui, cest le jour », ai-je soufflé, mon ordi devant moi.
Jai ouvert mon ordinateur et là, le choc.
Mon dossier ces deux années de sueur et despoir avait disparu.
Jai retourné le disque dur, tout fouillé. Rien.
« Cest pas vrai », me suis-je dit, agrippée à la table.
Mon ordi était là, mais le plus précieux de mon travail envolé.
« Calme-toi, ça doit être ailleurs. »
Mais non. Je savais.
Je suis sortie comme une flèche, direction Laure.
En traversant le couloir, des voix mont arrêtée nette.
Je me suis collée contre la porte entrouverte de la chambre dà côté.
« Suffit de le proposer à la bonne maison dédition ? » soufflait la voix de Julien.
Le sang glacé.
Je voyais Laure, penchée, la voix sucrée.
« Ce manuscrit est excellent. Tinquiète, je m’en occupe, elle ne sen rendra jamais compte. »
Un nœud dangoisse. Laure, mon amie, et Julien, ce coup de cœur inespéré complices.
Sans attendre, j’ai filé dans ma chambre, jeté mes affaires dans la valise à la va-vite.
« Cétait censé être mon nouveau départ », murmurais-je, salée de larmes qui ne voulaient pas tomber.
Lîle, magnifique, me semblait dun coup hostile alors que jattendais la navette retour. Je ne me suis pas retournée.
Des mois plus tard, la librairie parisienne était noire de monde, pleine de rires et dimpatience.
Jétais sur lestrade, mon livre serré contre moi, tentant de me concentrer sur les visages heureux.
« Merci dêtre venus », ai-je lancé, dune voix étonnamment assurée.
« Ce livre, cest le fruit de longues années et dun chemin inattendu. »
Les applaudissements étaient chaleureux, mais au fond ça remuait encore. Cette trahison, ces souvenirs du goût amer
Quand la file dautographes sest vidée et que tout le monde est parti, je me suis affalée, lasse, dans un angle du magasin.
Cest là que jai vu la petite note pliée sur la table devant moi.
« Autographe en attente. Si tu veux, rendez-vous au café du coin. »
Lécriture, jen ai eu un vertige. Julien.
Jai fixé la note, mi-intriguée, mi-furieuse, et quelque chose de flou aussi.
Jai failli la froisser puis jai respiré et mis mon manteau.
Au café, je lai tout de suite vu.
« Tas du cran, me laisser un mot pareil », ai-je lancé en masseyant.
« Du cran ou du désespoir » a-t-il souri, penché vers moi.
« Jétais pas sûr que tu viendrais. »
« Je létais pas non plus », jai admis.
« Maëlys, il faut que je texplique ce qui sest passé sur lîle Au début, je comprenais pas vraiment ce que Laure voulait. Elle disait que cétait pour taider, que tu naurais jamais osé publier toi-même. Je lai crue. »
Je nai rien dit.
« Et puis jai capté ce quelle manigançait vraiment.
Jai donc récupéré la clé USB et je te lai envoyée. »
Toujours muette.
« Laure a toujours été un peu jalouse déjà à la fac, elle se sentait dans ton ombre. Là, elle voulait prendre ce qui ne lui appartenait pas et pensait quon la suivrait. Quand jai compris, je lai laissée tomber. »
Il a soupiré profondément.
« Et maintenant ? »
« Elle a disparu. Plus de nouvelles, elle a tout coupé. »
« Tas fait ce quil fallait. »
Un silence pesant.
« Tu penses que jai droit à une seconde chance ? »
Jai doucement souri. « Un rendez-vous. Un seul. Tas intérêt à le réussir. »
Il a ri.
En quittant le café à ses côtés, je me suis surprise à sourire.
Un rendez-vous est devenu deux, puis trois.
Finalement jai retombé amoureuse vraiment, cette fois.
Comme quoi, même quand la vie commence par un sale revers, si on sait pardonner, lamour peut revenir.