«Je vais donner l’appartement à Claire et emménager chez toi. De toute façon, tu vis seule», annonça Monique sans même demander.
«C’est qui l’homme chez toi ?» — la voix sévère retentit, comme si Isabelle avait treize ans, pas trente-deux.
«La télé, maman. Tu voulais quoi ?» — Isabelle voulait visiblement en finir rapidement avec l’appel.
«Il faut qu’on parle. Sérieusement», souligna sa mère avant de raccrocher. Typique d’elle — elle impose, elle ne demande pas.
«Marc !» cria Isabelle, jetant le téléphone sur le canapé.
«Qu’est-ce qu’il se passe ?» — il apparut depuis la cuisine avec deux tasses de café.
«Ma mère. Elle vient ce soir.»
«Tu veux que je reste avec toi ?»
«Pas besoin. Je veux régler ça toute seule…»
**Les fantômes du passé**
Les souvenirs sont comme des photos dans un album — certains s’effacent, mais l’essentiel reste. Isabelle avait onze ans quand ses parents ont divorcé. Sa sœur, Claire, jouait encore à la poupée, tandis qu’Isabelle savait déjà lire entre les lignes des discussions d’adultes.
«Je n’en peux plus, Hélène», avait dit son père. «Ce n’est plus un mariage, juste son ombre.»
«Et les enfants ?» — la voix de sa mère vibrait comme un verre en cristal.
Après le divorce, son père avait rangé ses affaires en silence. Son fauteuil préféré, la tasse ébréchée, même ses livres — tout avait disparu, petit à petit.
Isabelle était devenue un pont entre deux mondes : celui, rigide, de sa mère, et celui, paisible, de son père. Claire, elle, avait simplement décidé que papa était le traître, maman la martyre.
**La vie adulte**
Isabelle était partie faire ses études à Paris. Elle avait beaucoup étudié, travaillé encore plus — déterminée à avoir, un jour, son propre logement. Claire, de son côté, avait suivi quelques formations, était devenue manucure et s’était mariée presque aussitôt.
Leur père était mort, ne laissant derrière lui que des souvenirs chaleureux et un vide.
Leur mère n’appelait que pour se plaindre ou demander de l’argent :
«Claire est enceinte, aide-la. Antoine ne gagne pas assez et au salon, elle n’a même pas de contrat…»
Isabelle soupira, épuisée :
«Elle savait ce qu’elle faisait. C’était son choix.»
**Son nid à elle**
Quelques années plus tard, Isabelle acheta l’appartement de ses rêves. Sans aide. Avec sueur et larmes.
«Bel appartement», dit sa mère en regardant autour. «Claire aurait besoin d’un endroit comme celui-ci. Elle vit en foyer avec le bébé… Et toi, tu es seule ici, avec tant de pièces. Ce n’est pas juste.»
«Parce que Claire attendait qu’on lui donne. Moi, j’ai travaillé.»
Et puis — la visite surprise, après des années :
«J’ai décidé — l’appartement ira à Claire. Et moi, je viens vivre chez toi», déclara sa mère avec un sourire, inspectant chaque recoin.
«Non», répondit Isabelle sèchement. «C’est mon appartement.»
«Comment ça non ? J’ai déjà décidé !»
«Alors va chez Claire. Ici, ce n’est pas un hôtel.»
«Tu es devenue aussi froide que ton père !»
«Merci. Lui, il m’aimait. Et il ne m’a jamais imposé quoi que ce soit.»
La porte claqua. Il ne resta que le silence… et un soulagement.
Un message apparut sur son téléphone :
**«Alors ? Comment ça s’est passé ?»**
Isabelle sourit :
**«Viens. Je t’apprends à faire un tiramisu.»**