«Tu as finalement préparé mes petits pâtés préférés !» — s’exclama le mari en rentrant à la maison après avoir vu sa maîtresse : mais à la première bouchée, il pâlit, car une « surprise » inattendue de sa femme l’attendait à l’intérieur du pâté

Journal intime, jeudi 3 octobre

Ce matin, jai préparé la pâte avec méthode, comme à mon habitude. Jai préchauffé le four et fariné le plan de travail tout en surveillant lhorloge au mur. Aujourdhui, tout devait être irréprochable. Les petits chaussons de pommes de terre devaient être dorés à point, aérés, exactement comme Sébastien aimait les savourer.

Autrefois, ma vie était paisible, presque monotone. Je métais habituée à la solitude, au point de croire que je finirais mes jours ainsi, sans partagée mon cœur avec personne. Jusquau jour où un homme grand, élégant, au regard assuré, est entré dans mon bureau lors dun entretien. Il émanait de lui une force tranquille qui ma troublée profondément, à ma grande surprise.

À partir de ce moment, ma vie a changé de direction. Lamour, la promesse de lunion, la sensation davoir enfin trouvé ma place. Jétais comblée, animée, jusquà me perdre entièrement en Sébastien.

Mais après deux ans, il a fait ses valises en mannonçant quil partait à Lyon pour un déplacement professionnel, juste pour un mois. Ce mois a glissé en une interminable année. Les appels étaient rares et sans chaleur, les messages, laconiques. Jattendais, je justifiais, je croyais. Jusquau jour où un ami, par hasard, a mentionné lavoir vu en ville, accompagné dune inconnue, riant dans les allées dun Monoprix. Il nétait jamais parti.

Alors, jai enfin compris. Jaurais pu hurler, demander des comptes. Mais je nai rien fait. Jai choisi le silence. La vengeance préfère le calme.

Lannée passa. Un soir, le téléphone sonna : cétait Sébastien.
« Mon déplacement est terminé, je rentre. »
Dans la foulée, dun ton désinvolte, il ajouta :
Prépare donc tes fameux petits chaussons à la pomme de terre ils mont manqué.

« Tu as tout de même refait mes petits chaussons préférés ! » sexclama-t-il en rentrant chez nous, le parfum de lautre femme encore sur sa veste. À peine eut-il croqué dedans quil pâlit soudainement : à lintérieur, il lattendait un « cadeau » inattendu de ma part.

Sébastien passa le pas de la porte confiant, presque détaché, sassit sur le tabouret de cuisine, croisa les jambes et balaya la pièce du regard comme si de rien nétait. Je lai accueilli, souriante et attentive, sans jamais trahir ma connaissance de ses mensonges.

Tu les as préparés, je vois, dit-il en désignant la pile régulière de chaussons dorés.

Il me souriait comme si tout allait bien, comme si rien de toutes ses trahisons nexistait. Il vint à table, saisit le premier chausson et croqua à pleines dents. Son visage devint livide presque immédiatement, ses yeux semplirent de panique. Il nétait pas prêt à affronter ma vengeance.

Ce matin-là, javais soigneusement respecté la recette, sauf pour un chausson. Là, sous la purée, javais glissé des éclats de verre. Lorsquil mordit dedans, il sentit aussitôt lanomalie. Il recracha précipitamment, mais cétait trop tard. Son palais se teinta de rouge, sa langue et ses gencives coupées, la douleur fulgurante.

Il sagrippa à la table, suffoqua, ne comprenant pas la cause de son supplice.

« Tu as tout de même refait mes petits chaussons préférés ! » avait-il lancé, mais à présent, son visage était décomposé de douleur et de stupeur devant la « surprise » réservée.

Je lobservais, sereine.

Cest la revanche pour tes tromperies et tes mensonges, articulai-je distinctement. La prochaine fois que tu voudras duper quelquun, souviens-toi de cette souffrance.

Il tenta de formuler quelques mots, mais seule une plainte rauque sortit de sa gorge. Il chercha son téléphone, mais je métais déjà tournée vers le couloir. Jai pris la valise que javais préparée, enfilé mon manteau et ramassé mon sac.

Aucune ambulance. Aucun mot supplémentaire. Jai fermé la porte derrière moi, quittant pour toujours cet appartement parisien. Je laissai Sébastien seul dans cette cuisine, sa bouche sanglante, avec ce souvenir amer gravé à jamais.

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